I.\ MÉMOIHE
peuvent influer cl doivent influer sur notre activité générale, mais parmi toutes celles qui agissent nous ne considérons comme nôtres que celles qui sont conscientes.
Le moi ne s’altrilme que ce dont il a conscience et pour qu’un souvenir soit conscient il doit réapparaître. Or, le somnambulisme et tous les dédoublements se caractérisent par une fragmentation du moi résultant de l’impossibilité, lorsqu’on se trouve dans l'état i, de SC ra])peler ce que l’on a fait, senti ou pensé alors qu’on se trouvait dans l’élat 2. A ce premier caractère, fragmentation du moi, par suite de la fragmentation de la mémoire de reproduction s'en ajoute fréquemment un second ; c’est l'iiyperinnésie de la fraction de la mémoire demeurée intacte dans chaque état dilTérent. Tout le monde connaît les exemples célèbres cités partout. Félida, la dame américaine de Mac iNisb'. Je transcris ce dernier parce que c'est le plus court et uniquement pour avoir un texte à discuter. « l ne jeune dame instruite, bien élevée et d \me bonne constitution, fut prise tout à coup et sans avertissement pi'éalable, d'un sommeil ju'ofond qui se jirolongea plusieurs beiires au delà du temps ordinaire. \ son réveil elle avait oublié tout ce qu'elle savait, sa mémoire n’avait conservé aucune notion ni des mots, ni des eboses, il fallut tout lui enseigner de nouveau ; ainsi elle dut réapprendre à lire, à écrire et à compter, peu à peu elle se familiarisa avec les
I. àtac Nism. Pliiloso[>liy of Slccp, i8,‘îo. I.'otisrrvation a|iparlicnl, paraîl it. à Mitcimm. cl Nott cl a |>aru po\ir ta premiiTO fois en i8i(i. D'aim'-s Nt. Binet. Les atlëralions de ta personnatité, Paris, .\tcan, i8pa. p. !\.
MAl,VniES DE LA MÉMOIRE DE REPRODUCTION 2O9
personnes et avec les objels de son enlonragc qui élaienl pour elle connue si elle les voyait pour la pre mière fois ; ses progrès furent rapides.
« Apres un temps assez long, jilusieurs mois, elle fut, sans cause, comme atteinte d’un sommeil semblable à celui qui avait précédé sa vie nouvelle ; à son réveil elle se trouva exactement dans le même état où elle était avant son premier sommeil, mais elle n’avait aucun souvenir de ceijiii s’était passé pendant l’intcr- ^alle, en un mot pendant l'état ancien, elle ignorait l'état noavcaa. C’est ainsi qu’elle nommait ses deux vies, lesquelles se continuaient isolément et alternativement par le souvenir.
« Pendant plus de quatre ans, celte jeune dame a [irésenté à peu près jiériodiquemcnt ces phénomènes. Dans un état ou dans l’autre, elle n’a pas plus souvenance de son double caiaclère que deux [lersonncs distinctes n’en ont fie leurs natures rcs|ieclives ; par exeuqile dans les périodes d’état ancien, elle possède toutes les connaissances qu’elle a aapiises dans son enfance et sa jeunesse ; dans son état nouveau elle ne sait rpie ce qu’elle a ajipris depuis son premier sommeil ; si une [icrsonne lui est pi'ésentée dans un de ces états, elle est obligée de l’étudier et de la reconnaître dans les deux, pour en avoir la notion complète. I‘]t il en est de même de toute chose.
« Dans son état ancien, elle a une très helle écri ture, celle ipi’elle a toujours eue, tandis que dans soi état nouveau, son écriture est mauvaise, gauche, en fantine ; c’est qu’elle n’a eu niletenqis, ni les moyens de la perfectionner :
« Cette succession de phénomènes a tluré quatre
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t, \ MEMfjlhE
années, et M“® H... était arrivée à se tirer très bien d’atTaire, sans trop d’embarras, dans ses rapports avec sa famille *. »
Quant h l’explication du phénomène voici d'abord celle que donne, pour le cas Félida. le D"" Azxm (d’après M. Roüillard)".
« L’oubli, dit-il, est complet, absolu, mais il n’a porté que sur ce qui est arrivé pendant la durée de la position seconde.
11 n’atteint ni les notions antérieures, ni les idées générales.
Cette altération de la mémoire, et les phénomènes qui l’accompagnent, ont pour cause une diminution dans l’apport du sang à la partie encore inconnue où doit être localisée la mémoire’ » et M. Roi ii.i.xun ajoute: « M. Azam suppose que le rétrécissement momentané des vaisseaux, qui est rinstrument de cette diminution, est jirovoqué chez Félida par l'état d’hystérie. »
Nous verrons plus loin l'explication jiroposée par NL Pierre J am;t. En atteudaiit, pour compreudre la fragmcutatioii de la mémoire dans le di'dnublement. coiu|iarous cet état anormal, à un centre normal, le sommeil .
Toutes sortes de considérations et d'observations mouireut cpie, dans le sommeil, l'activité' cérébrale continue comme, durant la \eillc: seulement l'Ib' e>t
I. .le cite, il II près M Hi.nkt. Les alli’ralions de la personiialilé. p. cl .1.
•I. M. lliniii,i.,\iU). Oft. cil., p. iiN.
d, !)'■ Amnésie pidioiliipic et ilédciiililemenl de la lie.
dans A’utnlcs niodico psYclioln ’i'iitcs. jnillel li'ipi.
M\n VIMES DE LA VlÉMOmE DE REPRODUCTIOA 21 I
moins intense à cause prohahlemenl de l’anémie relative qui accompagne le sommeil. Nous rêvons tous toutes les nuits et toute la nuit, mais tous nos rêves sont loin d’être conscients, et parmi ces derniers nous n’en retenons qu’nn certain nombre.
l’our que nos l'eprésentations, émotions et idées qui envahissent l’écorce durant le sommeil, arrivent à la conscience ils doivent satisfaire an\ conditions générales de tout phénomène mental ; avoir un minimum de durée et d’intensité.
Or, l’anémie cérébrale diminue cette intensité et cela est tellement vrai que certaines positions produisent toujours des rêves. Quand les droitiers dorment sur le côté gauche, le sang jiar suite de cette [losition même s’accumule davantage dans l’hémisphcrc avec lequel ils pensent habituellement; d’où les images deviennent assez vives pour être conscientes, l'ous les gauchers que j’ai interrogés m’allirment qu’ils rêvent toujours quand ils dorment sur le côté droit. Preuve que c’est bien l’allliix sanguin ([ni fait (|ue l’on a des rêves, et par consérpient (pie le .sommeil sans rêve est dù uniquement à l'anémie [lériodirpie.
D’innombrables témoignages allestent rpie nous avons des rêves qui se traduisent an dehors pai' des gestes ex|)ressifs, des jiaroles, des cris obsei vés par ceux f[ui nous entourent et dont nous n’avons au réveil [)as le moindre .sou venii'.
(jCt étal normal est cependant le premier degré du dédonblement.
Aecenluez les phénomènes moteurs et ajoutez une certaine b v[)cresthésie de l’im on l’antre centre sen-
soriel et vous aurez la 2° degré, c'est-à-dire le somnamhuhsme nalurel.
(( Dans le sens vulgaire et populaire du mot. dit M. Biînet*, on appelle somnambulisme nalurel l’état des individus qui se lèvent la nuit et accomplissent des actes automatiques intelligents ; ils s'habillent, reprennent leur travail de la journée, font aller un métier, ou résolvent un problème dont ils ont jusque-là vainement cherché la solution, puis ils se recouchent, se rendorment, et, le lendemain malin, ils ne conservent aucun souvenir de s'èlre levés pendant la nuit ; et ils sont souvent très surpris de voir termine un travail qui la veille au soir était encore inachevé. D’autres font des promenades sur les toits et une foule d’excentricités. Les auteurs ne sont pas encore comjdèlemenl d’accord sur la nature de ce noctambulisme, on tend cependant à admettre aujourd’hui que c’est là un ensend)lc hétéroclite de phénomènes, qui ne se ressemblent qu'en ajqiarence. et qui dilT'èrenl de naltire.
Parmi les somnambules nocturnes, il faut d'abord l'aire la jiarl des épileptiques, dont uu certain nombre peuvent présenter ce que l'on ajipelle « l'automatisme ambulatoire ».
Ün aflmet encore, au moins provisoirement, que des peisonnes saines peuvent ligurer parmi les promeneurs uoclurnes. et que ]iar consé(]uenl il existe un somnambulisme ]>bvsiologique. Mais la majorité, rimmeuse majorilé, des somnaïubules. il u'en faut ]tas douter, est fournie par l'bvslérie, ce sont îles