ACTE V, SCENE VI
quel bon ange avait fait ouvrir les portes de ma prison î ce bon ange c’est vous !
THÉRÈSE
Non, Jean-Paul, non!... s’il n’avait fallu pour racheter ta liberté que donner les quelques jours qui me restent, j’aurais avec bonheur payé ta rançon ; mais la pauvre Thérèse n’avait pu rien obtenir; une autre personne...
JEAN-PAUL
Une autre personne! vous me la nommerez?
THÉRÈSE
Te la nommer... non... cette personne veut et doit rester inconnue pour toi !
JEAN PAUL
Inconnue?
EVRARD
Je vous l’avais déjh dit, monsieur Berghen... Acceptez le bienfait, gardez-en le souvenir au fond de votre cœur, mais n’essayez pas de découvrir votre bienfaitrice.
jean-Paul, à lui-même.
Ma bienfaitrice! (Haut.) Quelle qu’elle soit, je bénis la main qui a brisé mes fers, car, à présent, je pourrai peut-être... (Regardant sa mire comme s'il n’osait l'interroger.) Ma mère, vous ne m’avez pas encore parlé de Marie, n’avez-vous donc rien découvert? Eh quoi! pas de nouvelles... pas de traces! thbrèsb, pleurant.
Ni traces, ni nouvelles!
jean-Paul. *
Du courage... Regardez-moi, ma mère... je ne pleure pas et pourtant, je vais vous quitter !
THÉRÈSB.
Me quitter?
JEAN-PAUL
Oui, pour chercher Marie... Si Dieu m’a laissé vivre, si une sainte femme m’a fait libre, c'est que je dois retrouver Marie... Oh l ma vie a un but, maintenant : je parcourrai la Saxe, la Prusse, toute l’Allemagne, s’il le faut, mais, je vous le dis, ma mère, je retrouverai Marie.
ÊVBARD. '
Oui, monsieur Berghen! espérez, et si je puis vous aider dans vos recherches, comptez sur mon entier dévouement.
JEAN-PAUL
Met ci, monsieur, merci... Oh! je suis plein de courage... je partirai, aujourd’hui, tout à l’heure... Vous me pardonnerez,
ma mère, de donner si peu de temps à votre tendresse, mais vous auriez aussi tout quitté pour votre enfant !
Oui, mon ami, pars, et que Dieu te conduise... que je revoie Marie, ne fût-ce qu’un instant, que je l’embrasse, ne fût-ce qu’une fois, et j’aurai assez vécu, et je mourrai bien heureuse.
JEAN-PAUL
Monsieur le pasteur, avant de me mettre en route, je veux, je dois remercier celle que mon cœur a devinée... Oh ! rassurezvous, son nom ne sortira pas de mes lèvres... Ce nom, ma main ne l’écrira pas; mais pour cette généreuse inconnue, je veux vous laisser une lettre, vous ne refuserez pas de vous charger de celte lettre.
ÉVRARD
Non, monsieur Berghen, non...
JEAN-PAUL
Merci !
évrard, appelant.
Lisbeth! Lisbeth! (Lisbeth paraît.) Conduis monsieur Berghen dans mon cabinet, vous trouverez là tout ce qu’il vous faut.
TnÉRÈSE.
Je t’accompagnerai jusqu’à Leipsick.
JEAN-PAUL
Oui, ma mèrel
ÉVRARD
Jusqu’au départ de votre fils, entrez ici, madame, et prenez au moins quelques instants de repos...
Tu me promets, Jean-Paul, de ne pas partir sans moi?
JEAN-PAUL
Je vous le promets, ma mère! A tout à l’heure. (Il sort à droite.)
bvrard, à demi-voix, à Lisbeth.
Avant de laisser partir mes hôtes, tu leur offriras...
LISBETH
Une collation... j'y avais déjà songé.
ÉVRARD
Bien, ma sœur, bien ! ( Thérèse et Lisbeth entrent dans la maison à gauche.)