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LIEUX DE RENDEZ-VOUS

Certes, je n'ai pas la prétention de conduire ' le lecteur partout oà se réunisserit et où couchent les nicndiants : ce serait souvent monotone et surtout trop long.

. Monotone, parce que beaucoup de ces endroits se ressemblent; trop long, parce qu'il y a plus de cinq cents bouges, tant garnis qu'assommoirs , tant auberges spéciales qu'asiles et maisons d'hospitalitéHe nuit, qui reçoivent les vagabonds de toute espèce.

Aussi me contenterai-je d'entrer avec le lecteur dans les maisons les plus intéressantes à voir, où se donnent rendez-vous les truands modernes.

A tout seigneur tout honneur.

C'est pourquoi nous allons d'abord nous

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diriger vers le Château-Rouge, le plus ancien établissement du genre, et très curieux à visiter.

Chât6au-Roug^e

Le Châtoau-Rouge, connu sous ie nom de la Guilloime, est situé S7, rue Galande.

On y rencontre, le soir, deux espèces de clients : ceux qui, ayant un domicile, ne sont que des consommateurs, et ceux qui y viennent pour dormir.

Une seule salle est réservée aux buveurs, tandis que trois salles sont mises à la disposition des dormeurs. *

En entrant, on trouve tout de suite à gauche de la porte quelques tables et quelques bancs excli^sivement réservés à de vieilles femmes en état de vagabondage et dont l'aspect a beaucoup d'analogie avec celui de la Frochard,

En avançant, à droite du comptoir, on pénètre dans une salle très bruyante et très

T^p^jy^^ ■""■

{jt6 h\ MENDICITÉ

originale où hommes et femmes, truanJs et truandes, trinquent an son de chansons obscènes.

Les baisers résonnent sur des joues couturées qui semblent avoir horreur de l'eau ; et tous ces hommes déguenillés, à la barbe inculte, ces femmes aux longs cheveux, les uns à demi suspendus sur leurs cous, lesautres tombant sur leurs épaules, ont un cadre bien digne d'eux et de leurs ébats.

En effet, ce qui frappe le plus dans cette pièce réservée aux buveurs, c'est, sur le mur du fond, la peinture d'une guillotine appuyée sur quelques centaines de tètes de morts et noire de corbeaux.

En face, on voit deux gendarmes arrêtant un gars vigoureux, ruisselant de sang.

Sur un autre mur, c'est un assassin pris de remords que l'on confronte avec le cadavre d'une femme qu'il vient d'assassiner et qui se met à genoux devant sa victime. Plus loin, enfin, des vautours se baignent dans du sang humain.

En montrant aux visiteurs ces peintures couleur locale, truands et truandes, au

nombre d'une centaine, se ruent sur eux pour leur arracher quelques sous.

Lorsqu'on est au milieu de cette salle, on îipcrçoit, à gauche, un grand trou noir: c'est l'entrée de la chambre des morts, ainsi nommée parce que ceux qui s'y couchent, moyennant 15 centimes, y dorment dans une complète obscurité, étendus par terre avec i'attitudi» de gens morts. Enfin il y a un autre dortoir au premier étage de l'établissement ; mais c'est le salon des richards qui peuvent payer 20 centimes pour y être admis et y dormir sans y être dérangés à chaque instant, comme en bas, de huit heures du soir jusqu'à deux heures du matin, moment du réveil.

De plus, il convient d'ajouter qu'au lieu d'être un sol humide, c'est l'ancien plancher de la chambre de la Belle Gabrielle qui les reçoit.

Pauvre Gabrielle! Si tu revenais dans ta chambre, quelle horreur serait la tienne en voyant allongés sur ton parquet ces mendiants étendus les uns sur les autres et exhalant une odeur qui contraste singulièrement avec celles qui enivraient ton royal am.ant !

Maison Parent

Tout près du Château— Rouge, et toujours rue Galande, cette rue qui pourrait être, à juste titre, considérée comme la Cour des Miracles de notre époque, se trouve, au n^ 42, la maison Parent, débit de vins qui mérite une mention spéciale pour son dortoir de femmes.

En effet, s'il y a dans le bas de la maison une salle où Ton boit et où l'on dort pour 15 centimes jusqu'à deu\ heures dn matin, au premicT, M. Parent a aménagé deux chambres autour desquelles sont placés des bancs et des tables et qui sont destinés à recevoir, l'une des hommes, l'autre des femmes.

M. Parent, ami de la morale, n'entend pas que les sexes se mêlent chez lui; aussi Sardc-t-il dans sa poche la clé de la porte do communication des deux chambres.

Le dortoir des hommes renferme bien çà et là quelques jupons, mais il paraît qu'ils appartiennent à des pensionnairt:s de l'éta'alissement et auxquelles on permet ainsi lit commun.

Quand je dis « lit », c'est une façon de parler, car ce n'est que par terre que peuvent s'étendre les hôtes de M. Parent.

Ah ! ce ne sont pas des mendiants rentiers qui viennent lui démander l'hospitalité pour leurs deux sous,

Tudieu ! quels costumes !

Je me souviens notamment d'un pauvre vieux, tout courbé sous ses cheveux blancs, dont la partie supérieure du corps n'était plus couverte du tout.

Un pantalon déchiré que ne dissimulait pas cm paletot trop court laissait voir le côté le plus charnu de son individu.

Et comme, étonné, je lui demandais de quelle façon il s'y prenait pour sortir sans être arrêté, il me montra une besace de toile qu'il mettait autour de lui dans la rue et qui lui faisait une tenue décente.

A chaque pas je craignais de marcher sur un dormeur, car il fallait en enjamber pas mal pour arriver à la chambrée des dames.

Enfin, je pus pénétrer dans lé dortoir féminin et examiner, à la lueur d'une bougie allumée par le patron, ces malheureuses

étendues comme les hommes sur le plancher.

Quelle tristesse de contempler ce mélange de femmes de tous âges couchées autour de tables sur lesquelles reposaient paisiblement de toutes petites filles qui faisaient, hélas ! un rude apprentissage de la vie !

Quel écœurement de voir ces déguenillées, les cheveux en désordre, les robes dégrafées et dont la plupart même n'avaient pas de chemise !

Ce qui m'a le plus étonné a été de trouver, au milieu de vieilles femmes et de mères de famille obligées de traîner derrière elles leur troupeau d'enfants, de toutes jeunes filles de dix-huit à vingt ans qui avaient l'âge et la figure qui permettent de se procurer autre chose qu'un plancher pour dormir.

Je les ai interrogées et je n^en ai rien obtenu.

Bien que vicieuses au dernier degré, elles ont avec moi joué l'innocence et fait semblant de ne pas me comprendre.

Un ami de la maison qui m'accompagnait m'a donné l'explication de leur présence chez Parent :

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« C*est, m'a-t-il dit, qu'elles gobent des types qui doivent travailler en ce moment (il était une heure du matin) et qui viendront les chercher pour rigoler si le coup, ou mieux, le travail, a réussi» {sic).

Elles étaient pourtant jolies, ces jeunes filles, et méritaient mieux que cela; mais il parait que la crasse et le vice sont tellement attachants, qu'on est impuissant à se défaire de leurs chaînes.

Il y a, rue Galande, trois autres maisons hospitalières du mémo genre et dont la description, ressemblant à peu de choses près à celle-ci, n'aurait pour effet que d'ennuyer le lecteur.

Entrons donc tout de suite au n"* 40, où noîiS allons rencontrer une vieille connaissance des étudiants de ma génération, M*"^ Gay, qui vendait, en 1877, d'excellentes pommes de terre frites au quartier Latin.

Salon Ç^y

La maison Gay renferme un petit salon propre et coquet où se rend chaque soir le bureau du syndicat des mendiants, tout comme autrefois M""^ Pierson avait préparé un petit boudoir pour y servir le roi de la Cour des Miracles et sa suite.

D'ailleurs, hâtons-nous d'ajouter que ce n'est pas seulement à Paris ou l'on rencontre de ces syndicats inconnus et incroyables, et voici un fait divers trouvé dans un journal russe qui nous édifiera à ce sujet :

UN SYNDICAT DE MENDIANTS. Saint-PéterS-

bourg, 3 décembre 1895. Les mendiants de la ville de Tioumen (gouvernement de Tobolsk> ont formé, il y a quelque temps, un syndicat dans cette ville.

Le but de ce syndicat était de retirer de la circulation les pièces de monnaie d'un copek et d'un demi-copek pour que l'aumône fût au moins de 2 copeks.

Ils ont parfaitement réussi, puisqu'on ne

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trouve plus de ces petites monnaies-là dans tout le gouvernement de Tobolsk.

Ces joui's-ci le syndicat des mendiants de Tîoumen a acheté une maison, en bois, il est vrai, où il siégera et dirigera les « travaux » de ses membres.

Cette constatation et cette digression faites je reviens chez M"'* Gay.

Nous entrons dans l'établissement précédés par l'aimable M™ Gay, qui nous fait les honneurs de chez elle.

Il est dix heures, les nienjbres du syndicat ne sont pas encore arrivés : nous pouvons donc nous installer dans leur salon et déguster à leur place un excellent vin qui ne ressemble en rien à celui qu'on boit dans la salle d'à côté où se pressent mendiants et mendiantes.

Nous pouvons aussi admirer tout à notre aise les peintures qui charment les heures de repos de ces messieurs.

C'est d'abord un commissaire ceint de son écharpe qui arrête des loqueteux se battant à coups de couteau.

€ Tiens ! m'écriai-je, c'est un syndicat moral

et honnête qui siège ici. » Mais je fus bientôt obligé d'en rabattre, car, en face de ce tableau qui aurait très bien trouvé sa place dans une des salles d'attente de la Préfecture de police, j'aperçus une peinture représentant deux femmes ensanglantées se déchirant la figure pour les beaux yeux d'un souteneur frisant un magnifique accroche-cœur.

Puis, d'un autre côté, je pus admirer deux misérables assommant un homme à quelques pas de deux gardiens de la paix fumant leur pipe et causant de leurs petites affaires.

Enfin, pour terminer la série, on voyait sur le mur une femme accoster un voyageur attardé et l'emmener rue Galande.

Et, à ce propos, la mère Gay nous raconta que ce voyageur lui devait la vie.

Conduit par une demoiselle à un endroit où l'attendaient deux de ses amis, le malheureux, à moitié étranglé et dévalisé, allait être achevé lorsque, ouvrant sa porte, l'ancienne marchande de pommes de terre frites, l'arracha à ses assassins, qui n'osèrent pas résister à la mère Gay, qu'ils connaissaient.

La brave femme nous fit bien d'autres

récits. Elle nous p irla de tous les condamnés célèbres dont les noms figuraient sur ses livres et qui tous, afilrma-t-elle, lui envoient par petites sommes de Calédonie l'argent qu'ils lui doivent- Mais minuit sonnait et on annonçait l'arrivée du syndicat.

Nous primas congé de M^^'Gay et nous nou& rendimes chez le célèbre père Lunette, situé à côté, rue des Anglais.

Le père Lunette

Si le père Lunette n'a pas Thonneur d'être le cafetier du syndicat des mendiants, il n'en a pas moins une situation exceptionnelle parmi les teneurs de bouges fréquentés pas les loqueteux, parce qu'il donne l'hospitalité à l'état-major, ou mieux, à l'aristocratie de ceux qui vivent d'aumônes.

On trouve, en effet, tous les soirs, réunis chez lui les chanteurs des cours, les musiciens ambulants, les avaleurs d'étoupes enflammées, les danseuses des places et, en gé-

néral, tous ceux qui tendent la main en amusant le public.

Pour rompre la monotonie de descriptions qui, forcément, doivent se ressembler beaucoup, je vais céder la parole à un chanteurauteur du lieu, qui va, d'un style aussi original que peu châtié, nous faire connaître la salle du père Lunette :

DESCBIPTIOIf DE LA SALLE DU PÈEE LUNETTE

Oui, quelques joyeux garnements, Battent la dèche par moments,

Chose bien faite...

Moi, dans mes jours de pauvreté.

J'ai, dit-on, pas mal fréquenté

« Père Lunette ».

Aussi, je viens vous conseiller.

Au risque de vous voir bâiller

Jusqu'aux oreilles, D'aller voir ce lieu curieux.

C'est le produit laborieux,

De quelques veilles.

A droite, en entrant, est un banc Où le beau sexe, en titubant,

Souvent s'allonge.

Car le beau sexe, en cet endroit. Adore la chopine et boit

Comme une éponge .

A droite est un comptoir d'étain Qu*on astique chaque matin.

C'est là qu'on verse Les rhums, les cognacs et les marcs A qui veut mettre trois pétards

Dans le commerce.

La salle est au tond : sur les murs, Attendant les Salons futurs,

Plus d'une esquisse, Plus d'un tableau riche en couleur Se détache plein de chaleur

Et de malice.

Un baluchard tout désolé Qu'un copain a dégringolé

N'a plus que fringue.

Anéanti sm* le pavé, Il ne trouve plus un linvé

Dans son morlingue.

Mais dans le métier de âlou Où la corde est bien près du cou

Tout n'est pas rose.

Au voleur pendu court et haut Une potence sert bientôt

D'apofhéose.

Plus loin, la maîtresse et l'amant S'en vont tous les deux flèrement

Et haut le ventre A la conquête de celui Qui sera ce soir le mari.

Disons le pantre.

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Un de ces rôdeurs qui, le soir, Se glissent lorsqu'il fait bien noir

Hors de leurs niches.

Les yeux brillants sous la Desfoux^ Tord, avec un air en dessous^ D^énormes guiches.

Si parfois' sur votre chemin

Vous rencontrez ce dogue humain^

Soyez ingambes^; En fuyant vous serez prudents, Car trop près de ses gi'osses dents,,

Gare à vos jambe» !

La charmante fleur de péché Dont le front rêveur est penclié

Sur une verte, De ses charmes dus au pastel Tient sur le boul'vard Saiiit-Michel

Boutique ouverte.

Liqueur qui tue, amour qui perd.

Prostitution, poison vert,

La même étreinte, Semble vous avoir confondus, Vous par lesquels tant sont perdus,

Catins, absinthe.

En costume de chiffonnier, Diogène, vieux lanternier.

Observe et raille.

Semblant tout prêt à ramasser.

Les hontes qu'il voit s'entasser

Sur la muraille.

Toici ia reine des ijoivrots, -Buvant sans trove ni repos,

C'est Amélie!

•Jadis, cette affreuse guenon, -Etait une femme, dit-on,

Jeune et Jolie.

-A boire I à boire ! -encor du vin î Jusqu'à deux keures du matin,

La «soif la ronge; Et sous le téton aplati, A la place du cœur parti.

Est une éponge.

Les Halles

Tous ces refuges du quartier Gîilande mettent, comme nous Favons dit, à deux heures du matin leurs pensionnaires dans la rue.

Les uns, c'est le petit nombre, dévalisent quelque voyageur égaré dans ce quartier désert, d'autres se niettent ^n quête de promeneurs isolés auxquels ils arrachent une aumône forcée.

Mais la plus grande partie se dirige vers les Halles, où des maisons hospitalières, ideniiques à celles que nous venons de voir, les

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reçoivent à leur sortie des cabinets-dortoirs de la rive gauche et leur donnent aussi, moyennant 15 centimes avec une consommation, l'autorisation de dormir sur une table et au besoin la permission de s'allonger par terre.

Un de ces bouges les plus connus est installé rue Montorgueil et porte comme enseigne : Au Saint-Esprit.

C'est à trois heures du matin qu'il faut s'y rendre, car c'est à cette heùre-là où la salle est comble et où il est vraiment curieux de regarder les tables garnies de têtes qui se touchent toutes.

Un autre établissement du même genre assez intéressant à visiter, situé rue Saint- Martin, est connu sous le nom de Caves de rEspérance.

Rue Mondétour

On pourrait, en décrivant les assommoirs des Halles, publier plusieurs volumes, et il faudrait de nombreuses pages pour donner

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seulement la physionomie du vieux et du nouveau Caveau; ces caves, comme leur nom Tindique, divisées en plusieurs compartiments et où vient boire et chanter toutes les nuits une bande de vagabonds.

L'établissement de la rue Mondétour mériterait aussi une longue étude.

H serait curieux, en effet, de connaître l'histoire de ce cabaret nocturne, véritable hangar pavé comme la rue (ce qui n'a rien d'étonnant, puisque cette boutique est une ancienne cour sur laquelle on a tout simplement posé un vitrage) et qui est en possession de deux comptoirs, comme si un seul n'eût pas suffi à l'empoisonnement des malheureux réfugiés dans cet antre.

H est trois heures du matin quand je pénètre dans la salle des comptoirs ; il n'y a plus une seule place libre sur le banc adossé à la muraille et où sont assoupis une vingtaine de loqueteux, malgré les cris et les vociférations des clients ivres.

Mais il ne faut pas trop les plaindre, car, s'ils restent là, c'est qu'ils espèrent attraper

un verre de la générosité d'une fille ou d*un souteneur.

Les autres, les plus sobres ou les plus fatigués, se rendent par un passage étroit et humide au salon de conversation situé derrière les comptoirs, où ils trouvent des bancs pour s^asseoir, des tables pour reposer leur tête et où le bruit de la salle voisine n'arrive à eux que très amoindri.

Ce sont surtout les mendiants qui composent le personnel de ce salon de conversation, mais on y trouve aussi des chiffonniers et même des grinches qui, le matin venu, vont rôder près des étalages pour y ramasser quelque objet qu'on ne surveille pas de trè& près.

Tout ce monde-là dort, appuyé sur les tables devant des verres vides, soit étendu sur le pavé.

Le spectacle est tel que la tristesse et l'angoisse vous étreignent quand vous pénétrez dans cette arrière-boutique, et qu'on se prend à parler à voix basse comme si l'on était dans la chambre d'un mort.

11 faut entrer, la nuit, dans ces repaires de

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loqueteux pour se faire une idée de ce qu'a de triste et de navrant cette misère, quelque coupable qu'elle puisse être, et cette situation d'hommes réduits à l'état de l'animal le plus immonde.

L'Hôtel Fin-d^-Siècle

Trisie aussi, cette maison Fradin, surnommée V Hôtel Fin-de-Siècle.

Fradin avait, rue de la Grande-Truanderie, «ne espèce de trou où quelques vagabonds couchaient par terre : un jour, songeant qu'il pourrait peut-être aménager un local plus grand où il gagnerait plus d'argent, il loua, 37, rue Saint-Denis, une maison entière se composant d'un rez-de-chaussée, de trois étages, de deux caves superposées et y établit YHôtel Fin-deSiécle où, moyennant i20 centimes, tout miséreux se procure une nuit et une soupe aux choux, qui peut être remplacée, soit par un morceau de pain et un peu de fromage, soit par un verre de vin, soit par un café.

Le droit de dormir et de souper est repré-

sente par un petit carton vert que le client remet au garçon qui lui apporte le plat ou la consommation qu'il a choisi.

Fradin a su très bien tirer parti de son immeuble, puisqu'il a trouvé moyen d'y donner asile, toutes les nuits, à plus de 1 ,200 pensionnaires de tous les âges, depuis seize jusqu'à soixante-dix ans. Mais cet hôtelier s'est plutôt occupé de son intérêt que des lois de l'hygiène, et l'étouffement est complet à deux heures du matin, dans tous les dortoirs de l'hôtel.

En effet, la salle du rez-de-chaussée la mieux aérée n'a, en dehors de la porte d'cn- Iréo, qu'une étroite ouverture donnant sur une courette.

Et si, au premier et au troisième étage, on a ménagé deux petites fenêtres insuffisantes, en revanche on a oublié de percer le moindre trou dans la chambre du deuxième étage.

De même, si la première cave est dotée d'un soupirail, la seconde ne prend l'air d'aucun côté.

Dans ces conditions, on juge à quel état d'abrutissement et de malaise doivent attein-

dre le matin, tes hôtes de Fradin, surtout si l'on pense que les caves et tes étages sont l)ondés de mendiants, que les anciens couloirs de la maison sont, eux aussi, occupés par des vagabonds, que les ca^veaux et les excavations où l'on ne peut pénétrer que courbé en deux sont remplis de dormeurs, et que les escaliers sont encombrés par les derniers venus.

Il faut cependant reconnaître que les hôtes de l'Hôtel Fin-de-Siècle sont mieux chez Fradin que dansles assommoirs dont nous avons déjà parlé, et, s'il eii est qui couchent là aussi par terre, ils jouisse>nt au moins d'un silence nécessaire au repos qu'ils cherchent.

Une autre justice à rendre au propriétaire de cet asile-restaurant, c'est que, malgré l'origine douteuse des légumes avec lesquels il fait la soupe, celte-ci est très appétissante, e'est qu'aussi son vin est moins frelaté que dans les autres maisons de même acabit.

Et cependant, il y a beaucoup de coureurs de bouges qui n'ont jamais essayé d'aller dormir chez Fradin. Pourquoi ? C'est que le comptoir a tellement d'attraits qu'il n'y a que

les mendiants d'une certaine catégorie qui vont frapper à des établissements comme l'Hôtel Fin-de-Siècle. Les autres ont besoin de respirer l'odeur de l'alcool, quand ils ne peuvent pas en boire.

Fradin ne reçoit que des hommes.

D'autres hôtels du même genre sont réservés exclusivement aux femmes.

11 y en a enfin qui donnent indistinctement rhospitalité aux deux sexes.

De ces derniers est la curieuse maison de M*"^ Santerre sur laquelle M. Talmeyr a écrit quelques pages très curieuses que je lui demande la permission d'imprimer ici :

Madame Santerrei marchande de soupes

Nous ne connaissions pas encore cette effrayante maison du quartier Saint-Merri, et on ne s'y doutait pas d'abord de grand' chose. Une porte à carreau dépoli où soupirait une lueur pâle, une femme postée derrière pour vous y réclamer deux sous, sans doute M""^ Santerre elle-même, enfin une petite salle

oii des figures terreuses étaient rangées h des fables, dans la vacillation d'un mauvais bec de gaz, devant des soupes qui fumaient, on ne' remarquait guère que cela. Au fond, seulement, un escalier en échelle conduisait à un étage, et là, des têtes livides, des feutres et des barbes de pauvres se serraient aussi devant des bols. Puis, il y avait encore un escalier-échelle, on montait à un second étage, ensuite à un troisième, puis à un quatrième, puis à un cinquième, puis à un sixième, et partout, jusque sous les combles, à des hauteurs qui n'en finissaient plus, on revoyait les mêmes chambrées de guenilleux et d'affamés, les mêmes tableaux de vagabonds assis là dans le même silence, sous la même lueur affaiblie qui vacillait davantage à mesure qu'on montait plus haut. Tous ces mendiants, alors, vous produisaient un effet saisissant, mais on n'était pas au bout, et lorsque nous redescendîmes, on nous proposa de visiter les caves. On nous en montra d'abord une première, puis une seconde audessous de celle-là, et nous retrouvions toujours avec stupéfaction les mêmes figures aux

mêmes tables, les unes éveillées, les antres somnolentes, mais toutes muettes comme des mannequins, quand on nous dit encore .

— Voulez-vous voir encore au-dessous?

Plus bas, en eflet, il y avait un troisième

sous-sol, et le son, dans ce caveau-là, ne nous arrivait plus qu'assourdi, comme^ il vous arrive dans les mines. 11 ne contenait d*ailleurs que quatre réfugiés, un homme à une table, une femme et une petite fille à une autre, un vieux dans une encoignure, et tous dormaient, sauf le vieux, dont les yeux nous guettaient en clignotant sous son chapeau, quand Thomme se redressa, bâilla, et nous lança d'une voix de trompette, légèrement amortie par Tcicoustique :

— Messieurs, je vrous salue bien !

Il était complètement glabre et d'une pâleur de famine, avec un gros nez en l'air et une grosse bouche mouvementée qu^il allongeait en moue, fendait vers les oreilles, ou tordait en l'égueulant vers les coins. Nous lui souhaitons le bonsoir ; on lui demanda ensuite son métier, et il nous répondit alors d'un nouveau coup de cor de chasse :

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-"— Artiste, messieurs, artiste... Mais pour le moment, vous le voyez^ simplement artiste «n punée»

Puis il se leva^ se frotta les mains pour se réchauffer, et se plantant devant nous dans une pose théâtrale :

^— Excusez-moi, reprit-il, si je n'ai pas la barbe fraiche^ mais je né Pavais pas ainsi quand je chantais à l'Européen... Tout s'en va, messieurs, tout s'en va ! On avait ici autrefois un barbier qui vous rasait poUf un sou de plus, mais l'établissement décline, la mère Santerre périclite !».. Enfin, messieurs, voilà.* La vie artistique a ses hauts et ses bas, et je suis pour l'heure dans le très bas. Quand je pense qu^il y a six mois, je logeais encore à l'hôtel Brady!... Maintenant, vous me direzpeut*être que l'hôtel Brady, c'est déjà le commencement de la décadence,.. Sans doute, messieurs, sans doute, mais ce ne sont pas encore les premiers venus qui logent là!.,.

Si vous connaissiez un directeur. .

— Mais qu'est-ce que vous chantez? lui demandâmes-nous.

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Il nous répondit avec une solennité frémissante :

— Le comique. •.

Et, se mettant à fouiller fébrilement dans ses habits :

— Tenez, messieurs, tenez...

Il avait sur le corps trois ou quatre anciens paletots d'été dont les manches effrangées dépassaient les unes sous les autres au bout de ses bras, et portait là-dessous un vieux gilet de bailli ou de seigneur de café-concert, dont les basques brodées pendaient sous son ventre creux.

— Tenez, répétait-il en tirant ses chansonnettes de ses poches, tenez, tenez, vous pouvez en juger, messieurs.... Je ne me donne pas les gants de ce que je ne sais pas faire...

Seulement, s'interrompit-il en changeant brusquement de ton et de figure, ce sont les droits d'auteur qui nous tueut !

Il replongea en même temps ses chansonnettes dans ses paletots, et, pendant que les yeux du vieux, dans le fond de la cave, semblaient pétiller d'un rire :

— Messieurs, le malheur me poursuit? Oui

messieurs!... Vous voyez devant vous un homme après qui la guigne s'acharne !... Et si c'était encore comme du temps qu'il y avait de la fraternité, du te«ips qu'on se disait ; « Mon vieux, t'as pas, moi j'ai, et ce qu'on a, vois-tu, c'est pas pour soi tout seul. C'est aussi pour les camarades, tiens, prends, et quand t'auras et que j'aurai pas, tu me diras de prendre à mon tour... » Car il a existé, ce tomps-là, messieurs, il a existé un temps qu'on avait du cœur!... Mais aujourd'hui, au beau jour d'aujourd'hui, vous croyez peutêtre que quelqu'un va traverser la rue pour venir vous offrir son saint-frusquin ? Non, messieurs, ce temps-là n'est plus ! A présent, c'est un autre genre. Si vous avez seulement l'air de n>voir pas déjeuné, on regarde de l'autre côté?... Eh bien, messieurs, je viens vous dire : c'est un tort, et c'est un tort, car le malheur, ça arrive à tout le monde. Aujourd'hui c'est moi, demain c*est un autre? Et de ceux-là dont on aurait pas pu le croire? Et des gens que si je vous en citais... Et tenez, moi, me voilà ici?... Eh bien, messieurs, j'ai occupé des positions magnifiques! Esplen-

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dides, messieurs, esplendides !

Et comme la femme, à ce momeuty levint fer tête à sa table et que nous nous retournions pour la voir, il s'interrompit :

— C'est ma femme.

Il avait lancé ce nom énergiqucment, et la femme et la petite fille se levèrent alors toutes les deux. Elles avaient Tair suppliant et souffreteux des mendiantes, habillées d'une mauvaise jupe, entortillées de loques, un fichu crasseux sur la tête. Elles ôtèrent d'abord leurs vêtements, apparurent dans des maillots, imitant les peaux tigrées qui étaient sous leur robe, étalèrent par terre un petit tapis,, et la femme commença à ramper et à Se tordre, à onduler des reins, à se dresser sur les mains, la tête entre les jambes, et à se disloquer de toutes les façons. La petite fille fit ensuite quelques contorsions à son tour, puis elles ramassèrent le tapis et le mari tendit la main, avec une dignité et une aisance toutes professionnelles, à ce que nous tirions de nos poches.

Puis, il continua sans souffler, en nous la montrant d'un coup d'oeil :

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— Et le voilà bien encore, le malheur, vous l'avez bien encore devant vous?. . . Savez-vous ce qui lui est arrivé?... Elle est comme moi artiste, et elle faisait la femme-serpent dans les cafés de la rive gauche... Eh bien, messieurs, depuis huit jours, on ne la laisse plus travailler, l'administration ne le permet plus, on ne veut même plus qu'elle entre dans les établissements!... Et cependant, s'écria-t-il en se remettant à fouiller dans ses paletots et dans son gilet à basques, quand je dis que c'est ma femme, c'est que c'est ma femme, et pas ma femme pour rire, pas celle que je pourrais avoir dans le vingt-cinquième arrondissement, non, non, ma femme, ma femme.

Et je peux montrer mon acte de mariage, et le voilà, et je veux que vous le lisiez... El puis, quant au travail, vous savez... Hortense?

— Voilà, messieurs, voilà, conclut-il avec un trémolo d'émotion, voilà... Eh bien, pours;tiivit-îl en enflant le trémolo, vous ne savez pas encore la centième partie de ce qui m'est

arrivé Vous venez de voir ma femme,

n'est-ce pas, vous la voyez Eh bien, mes-

' " f -"ir"

154 LA MEPîDiaTÉ

sieurSy c'est la seconde La seconde, la

seconde, oui^ messieurs !

11 ricanait aus^ avec des éclats de voix:

fous :

— Ah ! j'en ai eu de la veine^ moi, allez,, j'en ai eu r j'en ai eu l

Et finissant par s'étrangler dans de petits sanglots grimaçants :

— La seconde, la seconde, oui, messieurs,, lai seconde... Et savez-vous comment la première est morte ? Je m'en arracherais encore Ie& plumes quand j'y pense L.. Elle est morte subitement, messieurs» subitement,.. Elle a

été enlevée Je ne peux même pas vous

dire... A quatre heures, eile jouait encore à la manille avec moi^ et à cinq heures elle n'existait plus.

Le pauvre diable nous avait raconté sa vie et tiré des papiers de ses poches toute la nuit,, mais nous remontâmes, et nous pensions,, tout en remontant, à la colonne de misère que nous avions au-dessus de nous... Presque tous, à présent, s^étaient endormis ; des têtes reposaient, d'autres ballottaient, des soupirs sortaient des bouches, des visages s*étaient

<!Ouverls de leurs chapeaux, et on entendait les râles de certains sommeils effrayants...

— Et toi, qu'est-ce que tu fais là?

Nous avions aperçu, au milieu des dor- «leurs, deux y wx écarquillés dans une petite figure, et nous avions reconnu un petit ^garçon.

— Allons^ réponds^ pourquoi es-tu ici?

II grattait la table de son ongle et finit par «ous dire :

— Tai été abandonné p^v mes parents.

— Toi?

— Oui, ni'sieu.

— C'est bien vrai? ça tfest pas toi qui les ^ quittés ?

— Oh ! non, m^sieu, oh ! non.

— Bien vrai ? bien vrai ?

— Oh ! oui, m'sieu, oh ! oui*.. Mon père a «été à l'hôpital, ma more, pendant ce temps^là, est partie avec un autre homme, alors mon père a vu ça et i' m'a quitté à son tour.

Nous remontâmes encore et regagnâmes enfin la porte, mais il nous fallut, en partant, déranger un homme au passage, et il nous

sembla alors qu'il était assez bien mis, propre, et qu'il avait l'air d'un « monsieur »...

— Pardon...

11 s'empressa de se lever pour nous laisser sortir, se tourna seulement de façon à rester la figure dans l'ombre, et, sans ouvrir la bouche, nous salua très poliment*

Uhôtel ambulant

Il y a aussi, ai-je dit, des entrepreneurs de dortoirs pour femmes seules.

Un des plus connus est M. Jules, ancien porteur aux Halles.

Cet industriel opère d'une façon tout à fait économique.

Dès qu'il trouve, dans les environs du Jardin des Plantes, un hangar, un magasin en réparation ou abandonné par le locataire, il le loue immédiatement, s'engageant à l'abandonner aussitôt qu'un preneur sérieux se présentera ; puis, après avoir jonché le sol d'une épaisse couche de paille, il fait annoncer dans les milieux fréquentés par sa clien-

LA MENDCITIÉ 157

lèle qu'un nouveau dortoir pour femmes vient d'être ouvert.

Les hôtes de M. Jules payent invariablement 10 centimes pour une nuit. C'est bon marché ; aussi les clientes ne manquent-elles pas à notre homme, bien qu'il transporte souvent son hôtel d'une rue dans une autre.

Ainsi, hier, il était rue Censier ; aujourd'hui il a sa maison rueDaubenton, demain il recevra peut-être à un kilomètre de là.

Mais si Timmeiible change, l'aspect du dortoir et (les dormeuses reste le môme.

Chaque fois, en effet, que je suis entré dans un des hangars improvisés en dortoirs par M. Jules, j'y ai reconnu les mêmes figures ridées et les mêmes poses de vieilles femmes écroulées les unes sur les autres.

Chaque fois, aussi, j'ai interrogé plusieurs pensionnaires, et tous mes interrogatoires m'ont prouvé que la plupart des femmes tombées devaient à elles seules leur chute, dans laquelle apparaît souvent Tinfluence du souteneur.

L'une, par exemple, institutrice, avait épousé un veuf chez qui elle instruisait des

entants, et s'était fait ruiner par un jeune garçon, sans position avouable, qu'elle avait aimé après le décès de son mari.

Une autre, ancienne domestique, maîtresse et héritière du patron, s'était f it croquer sa fortune par un bellâtre des boulevards extérieurs.

Une grande, à I allure assez distinguée, me raconta de son côté qu'elle avait été rejetée par sa famille pour s'être fait enlever par un ténor de café-concert qui, à la mort de ses parents, lui avait dissipé tout ce qu'elle en avait reçu.

Cependant, j'ai trouvé quelquefois parmi ces mendiantes des malheureuses vraiment dignes de pitié. Témoin «la Folie», comme on l'appelle dans ce milieu, parce qu'elle ne parle pas, parce qu'elle ne boit pas, et parce que, traînant sa misère sans jamais se plaindre, elle montre toujours une figure impassible.

Un jour je me hasardai à lui adresser la parole. Elle me toisa d'abord longuement, puis mon aspect lui inspirant sans doute con-

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fiance, elle voulut bien me résumer ses infortunes.

Elle m'apprit brièvement et d'un œil sec (elle avait tant pleuré) que son fils après l'avoir mise sur la paille, était monté sur l'échafeud.

C'était autrefois une petite rentière ne sachant aucun métier et, par conséquent, réduite aujourd'hui à tendre la main,

M. Jules trône au milieu de toutes ces victimes du vice, de la débauche ou du malheur, mais le voila pris lui aussi du désir des grandeurs.

En effet, il y a quelques semaines, il m'a annoncé qu'il allait avoir, comme Fradin, un hôtel à lui-

On le voit, tout se transforme et tout se modernise, même la cour des Miracles,

La corde

Un autre dortoir pour vagabonds dont on a beaucoup parlé il y a quelques années s'appelait € la corde. »

Dans cet établissement, situé place Maubert, on pouvait, en payant un sou, s'asseoir sur un banc et appuyer sa tête sur une grosse corde bien tendue qu'on détachait à six heures du matin.

La pioche des démolisseurs a détruit ce refuge de mendiants, qui a emporté, en disparaissant, les regrets des habitués qui trouvaient la corde plus favorable au sommeil que la table.

Et, en eifel, la corde, moins dure que le bois, tient la tête moins raide et évite au dormeur des engourdissements qui sont toujours la conséquence d'un sommeil prolongé sur une table.

Un miséreux a chanté la disparition de la corde dans un poème intitulé la Place Maii-bert. Les couplets en sont d'un style risqué et cependant, je les cite tout de même afin de donner au lecteur un tableau vrai.

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