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A LA PLACE HAUBERT

Depuis qu'on construit la me Monge, Je me demande à quoi Ton songe Et à quoi que cela vous sert

De monter des statues

De démolir nos rues,

A la place Maubert I (bis)

Pour trois sous, chez V Père Lunette, On chantait la môme Toinette, Et puis Ton s' payait le concert Pour trois autr s ronds au Château-Rouge :

. On ronflait dans ce vieux bouge, A la place Maubert I (bis)

Quand on n*ayait pas de marmite^ On bouffait chez V Père La Frite, Sur la corde on ronflait son air :

Le soir on s' payait un' pétasse, Un choléra sans limace, A la place Maubert I (bis)

Aussi, vrai, là, je me demande Quand il n'y aura plus d' ru' Galande, Qu'on n'aura plus a'hôtel Colbcrt, Où voulez-vous donc qu'ils aillent.

Les purotins qui r

A la place Maubert I (bis)

Le jour qu'ils refll'ront la cloche,

ils auront tous dans la poche

A la main le surin ouvert;

Ce jour-là, les camarluches.

Gare aux du lacromuches De la place Maubert ! {bis)

Garnis

En dehors des assommoirs, des hôtels et d«s dortoirs bizarres dont nous venons de parler, il y a, pour les mendiants qui peuvent dépenser 30 centimes, 321 garnis aménagés à Paris.

Au lieu du sol ou de la table, le vagabond

y trouve pour se reposer un lit de camp, quelquefois une paillasse, ce qui lui permet néanmoins un repos plus complet qu'au Château- Rouge ou à l'Hôtel Fin-de-Siècle, bien que ces garnis ne soient guère confortables, car ce sont pour la plupart de véritables trous où le locataire ne peut pas se tenir debout et où l'air et la lumière font totalement déf^'^t.

J'en ai visité quelques-uns, et après chacune de mes visites, je me suis toujours demandé à quoi servait la commission d'hygiène.

Cités et Impasses

Je me suis posé la môme question en parcourant les cités et impasses de Clichy, où ont élu domicile une partie de ceux qui s'abattent, jour et nuit, sur la générosité de Paris*

Il est, en effet, difficile de comprendre que tout près de la place Wagram, à la porte d'un des quartiers les plus riches, on ait laissé subsister des bouts de rues, comme l'impasse Trubert, comme l'impasse Jemmapes, où, à côté de chiffonniers logés dans des taudis

à 2 francs la semaine, on rencontre des mendiants se roulant sur de la paille au milieu d'une demi-douzaine d'enfants dans un déshabillé peu gracieux.

En général, tous ces logements entourent une petite cour où les locataires, avec des morceaux de planches ramassés un peu partout, font bouillir la soupe. Mais, si nos loqueteux n'ont pas la jouissance d'une cour, ils ne sont pas embarrasses pour cela, et ils font cuire leurs repas dans la rue; aussi, quelle que soit Tépoque de Tannée, cette rue est toujours pleine d'une boue grasse et nauséabonde que le plus chaud soleil n'a jamais séchée.

La classe dirigeante de ces impasses se compose des chanteurs, hercules, diseurs de bonne aventure et coureurs de foire qui, pour vingt ou trente sous par semaine, obtiennent le droit d'installer leurs voitures dans une des cours dont je viens de parler, et y séjournent pendant la morte-saison.

Comme, en visitant une de ces habitations roulantes appartenant à la directrice d'une troupe de six chanteurs, je m'étonnais de

lel

Texiguïté du logement et surtout du lit, elle me répondit, indignée, qu'elle couchait seule depuis la mort de son mari, et que lorsque ses enfants n'avaient pas de logis, elle les autorisait, la bonne mère, à passer la nuit sous la voiture.

Je me retirai en la félicitant.

En quittant Clichy et en suivant le boulevard Victor-Hugo du côté de Saint-Ouen, on rencontre beaucoup d'autres cités de mendiants, dont la plupart ne contiennent même pas, comme les impasses que nous venons de nommer, de mauvaises maisons construites en pierres, mais dont les habitations sont dv simples cabanes en planches où nos paysans ne mettraient pas leur bétail.

J'ai fait de ce côté-là, il y a quelques mois, une visite intéressante, avec un écrivain très distingué, M. Montorgueil , qui a raconté notre expédition dans V JE clair.

Son récit est tellement original et en même temps si exact, que je ne résiste pas au plaisir de substituer sa bonne prose à la mienne.

« M. Georges Berry est, pour le bon motif, dit M. Montorgueil, un curieux de nos Lapins-

Blancs. Il s'est fait une spécialité des mystères de Paris, qu'il cherche à percer, par amour des pauvres diables et de leurs petits,

« II fait la guerre aux mendiants au bénéfice des pauvres honteux et, sans fausse sensiLlerie, s'efforce de ne dispenser l'argent des cœurs compatissants qu'à l'indigence qui le mérite.

« Nous devons à cette sollicitude un très remarquable travail qui vient de paraître au Conseil sur l'exploitation des enfants. C'est le fruit de longues et délicates enquêtes dans les bouges et dans les cités équivoques. Nous savons par expérience comment opère M, Berry, il nous a été donné une fois ou deux d'accompagner dans ses explorations l'édile de la Chaussée-d'Antin — plus souvent à Saint- Ouen ou à Belleville qu'en son élégant quartier, >

Tableaux de misère

« Nous avons vu des tableaux poignants et, certes, plus de misères que de vices. Il paraît

qu'il faut une certaine application pour distinguer sous cette crasse de pauvreté l'infamie de certaines gens et de certaines choses.

Serait-ce pourquoi nous sommes sortis de cet enfer plus émus qu^'indignés? M. Georges Berry était moins facile à apitoyer. En telle femme qui nous venait voir, geignarde, sa nichée aux jupes, il devinait la mère sans scrupule, faisant argent de sa progéniture. « Nous n'avons vu que ses larmes, entendu que ses plaintes : à quoi avez-vous vu son infamie ? » Et l'explorateur sagace nous disait : « N'avezvous point remarqué la cadette? Les cheveux trop pommadés, les yeux déjà bistrés par le cold et les fatigues excessives, avec des boucles d'oreilles clinquantes, de fausses bagues et des rubans trop voyants. Toute sa gracile personne éveillée et souffreteuse trahit la petite marchande qui vend des bouquets le soir et ne s'en tient pas là. Or, c'est la mère qui lui a enseigné l'état, cette Mater dolorosa de contrebande.

« Dans un campement de chiffonniers nous entrons, et aussitôt on nous entoure; les enfants attendent des sous, les parents des se-

cours, à la fois chacun nous expose sa détresse. « Entrez chez nous », nous dit une belle grande fille, vêtue d'un caraco d'étoffe mince qui se tend sur une gorge rigide qu'elle présente avec un orgueil légitime peut-être, mais tout de même inquiétant. On la suit, on entre. Sur un grabat, décharné, jaune, la mort logée dans les cavités de l'orbite et le creux des joues, un vieux travailleur agonise. Cette misère pour le coup n'est pas simulée : ce malade n'est point un faux malade, c'est incontestable, mais il fait recette, la miséricorde qu'il inspire s'ajoute aux revenus, et on le refuse à l'hôpital qui le prendrait.

« Et cette aveugle à la charge de ces malheureux? Cette aveugle a vingt sous par jour de l'Assistance publique ; c'est une rente pour la maison. On pourrait la placer, mais, pour ce qu'on lui donne à manger, il y a bénéfice à la garder, et on la garde.

Paul et Virginie

« Ailleurs, nous entrons dans une cité qu'il est inutile de désigner clairement. Nous visi-

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tons un intérieur d'une propreté absolue, L^homme est jeune et vigoureux, c'est un portefaix ; sa compagne est gentillette ; leur logis est d'un blanc lilial. C'est ici la maison de Jenny l'ouvrière mariée. Jenny glisse de notre côté des yeux timides en repassant un jupon blanc.

On chanterait la romance : « Salut ^ demeure chaste et pure ! » Le conseiller a pris des informations. Ce jupon, repassé le jour.

Servira au travail du soir; son blanc aguichera des messieurs d'âge respectable. Ils s'approcheront, ne seront point repoussés et le jeune mari, de loin, suivra ce manège, enchanté si le vieillard a l'aspect cossu.

« A la vérité, ceux-là dont l'abjection même n'est pas sans excuse, — la pauvreté, dit Champfort, met le vice au rabais, — sont une exception. Ces colonies de pauvres êtres donnent la consolation d'une somme de vertu qui résiste aux coups cruels du destin. Dans une cité que la peur du choléra a fait détruire, la concierge disait qu'elle n'eut jamais qu'un locataire exécrable. Il vendait ses filles et buvait avec le produit de la vente. On l'eût ex-

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puisé manu militari, raais on n'aime point mettre la police dans ses affaires : on se borna à faire des trous au plafond par lesquels on coula de l'eau, et l'ivrogne, pour éviter d'être noyé, n'eut qu'à décamper au plus vite.

Le massacre des Innocents

« On ne se fait pas une idée de la misère dans ces réduits. Nous voyons une bonne femme serrant sur ses haillons un enfant demi-nu. « C'est mon quatorzième », dit-elle. « Quatorze enfants à élever, comment faitesvous? j>

« Elle nous répond : « Les treize autres sont morts. »

« C'est la loi commune. II en coûte peu à ces gueux d'enfanter; la misère les allège, et ils sont si bien accoutumés à ce massacre des innocents que devant les petits cercueils leurs yeux restent secs.

« Songez donc à leurs gains; ils sont dérisoires. Six ou sept sous par jour, le loyer

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payé. A ce prix-là, dans l'immonde taudis sans fenêtre, où nous sommes entrés, vivent Philémon et Baucis ; deux bons vieux, épicuriens à leur manière, doux aux bêtes, dont deux chats intelligents sont toute la famille. Ils ont leur fierté : comme ils sont mariés en légitime noce, c'est de le dire. L'acte précieux qui leconstateest glissé entre les deux matelas. C'est à peu près toute leur fortune dans cette Cellule, qui serait sans ornement, si un fragment de glace brisée ne le décorait.

L'épicurienne

« Un logement sans fenêtre, ce n'est pas un paradoxe; nous en avons vu plusieurs, inspirés de l'architecture de la cabane à lapins. On en ouvre une, et sur un tas de chiffons une femme est accroupie : c'est la locataire. On dirait la Sachette du Trou-aux-rats. Elle est gaillarde, rit de bon cœur, parle du mauvais état des affaires — le chiffon ne vaut plus rieîî — et ajoute en clignant de Tœil vers le

prêtre qui nous accompagne qu'heureusement Dieu a fait de bonnes choses et que tout ancienne qu'on soit on n'en est pas privée.

« Et nous en rapportons cette impression, ayant vu cette marmaille et entendu ces gais propos, que des puissances de ce monde, c'est encore l'amour qui fait à ces pauvres gens la plus large aumône. »

Ponts. — Fours à chaux. — Refuges de nuit.

Tous les lieux de rendez-vous des mendiants que nous avons jusqu'ici passés en revue ne sont fréquentés que par ceux qui ont quelques sous dans la poche ; cependant il en est' qui ne possèdent rien et qui doivent tout de même trouver à coucher»

Ceux-là, nous les rencontrons, l'hiver, sous les ponts, sur les fours à chaux et dans les refuges municipaux ou privés.

Par les nuits de la mauvaise saison, lin grand nombre de vagabonds se réunissent

SOUS les arches des ponts, se mettant autant que possible à l'abri des courants d'air.

Et alors on peut voir hommes et femmes se serrer, sans la moindre pudeur, les uns contre les autres, pour conjurer le froid, et ne s'iaquiétant pas assez de la propreté de leurs voisins ou voisines, dont ils conservent souvent un cuisant souvenir.

Je l'ai constaté, un matin, que, me trouvant dans un asile-ouvroir, jevis se présenter une jeune femme qui déclara avoir couché trois nuits sous un pont en nombreuse compagnie, et qui montra sur sa peau une couche de vermine tellement épaisse que le surveillant fut obligé de se servir d'une palette en bois préparée à cet effet pour débarrasser la malheureuse de sa saleté.

Les plus intelligents dédaignent les ponts pour se rendre aux fours à chaux, qui semblent plus confortables.

En effet, ces fours, situés rue de Bagnolet, sont chauffés toute la journée. Aussi, quand le soir, les malheureux viennent y chercher asile, s'ils sont exposés à des courants d'air dangereux, en revanche ils s'endorment, les

membres engourdis par une douce chaleur. On peut croire que par les temps froids il y a foule sur les fours à chaux de la rue de Bagnolet, d'autant plus qu'en échange d'une bonne nuit, on impose à ces vagabonds la seule corvée d'apporter quinze fagots du bûcher aux fours.

Mais ce qu'il y a encore de plus recherche par les sans-asiles, ce sont les refuges de nuit où les malheureux trouvent gratuitcirient une bonne soupe et un bon lit.

Il en existe aujourd'hui à Paris neuf, tant pour hommes que pour femmes, créés soit par l'association de l'Œuvre de l'hospitalité de nuit, soit par la Ville de Paris.

Ces établissements, organisés dans le but de rendre service aux ouvriers sans travail, sont surtout fréquentés par les malfaiteurs, les paresseux et les mendiants professionnels, qui, très au courant des heures d'admission, savent faire à temps la queue aux portes de l'asile pour en éloigner les nécessiteux.

Seulement, ce qui les navre, c'est qu'ils n'ont droit qu'à trois nuits tous les trois mois, soit dans les refuges municipaux, soit dans

les refuges de l'Hospitalité de nuit, et qu'ils ont ainsi bien peu souvent l'occasion d'échapper aux ponts et aux fours à chaux.

Bancs, Fortifications

L'été, ponts, fours à chaux et même asiles de nuit sont abandonnés par les mendiants, qui se rendent en masse aux fortifications, s'arrêtant cependant quelquefois sur les bancs qu'ils rencontrent, lorsqu'ils sont trop fatigués.

On peut dire que les fortifications sont le palais d'été des mendiants, qui, dès neuf heures du soir, pendant la belle saison, se dirigent en bandes vers les différentes portes de Paris, regagnant chacun l'endroit où il a l'habitude de camper.

Les hommes ne quittent presque jamais leur campement ; les femmes seules changent parfois de douars.

Quand on a vu cette foule de dormeurs envahir les fortifications, on se demande où

iront tous ces vagabonds le jour où tomberont ces fortifications ; et on prend peur pour nos squares et promenades qui commencent déjà d'ailleurs à recevoir fréquemment la visite des loqueteux.

Il y a même des squares où Ton remarque depuis quelque temps la présence continuelle de certains mendiants, dormant ou faisant semblant de dormir, mais surtout s'y défaisant de leur vermine et éloignant ainsi de ces jardins les promeneurs et les enfants.

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