‹ La Méningite SaturnineChapitre 12 sur 43 · MÉNINGITES FRUSTES · texte numérisé non relu

MÉNINGITES FRUSTES

Si la méningite saturnine est parfois latente, il existe bien des cas où la réaction méningée se laisse soupçonner en clinique par quelque symptôme léger : ce n’est pas le tableau de la méningite, mais c’est un ou plusieurs symptômes qui viennent se surajouter à la symptomatologie de la colique de plomb, par exeinple. Si l’on a déjà l'esprit éveillé du côté de la méninvite saturnine, beaucoup de cas latents deviennent des cas frustes. Aussi nous avons vu dans deux observations des chapitres précédents (obs. 3 et 9) l’existence d’une céphalalgie, qui d'ordinaire ne fait pas partie du tableau clinique légitime de la colique de plomb).

La méningite fruste, se révèle le plus souvent par de la céphalalgie, et mérite. le nom de forme céphalalgique de la méningite saturnine. A la céphalagie se joint un peu de torpeur, de somnolence. Quant aux

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autres symptônies, ce sont les vomissements ou la constipation: mais s'ils font partie du trépied méningitique classique, il est difficile ici de savoir si c’est l’atteinte méningée qui le provoque: il est plus prudent, il est plus réel de dire qu’ils révèlent la colique de plomb banale. =

Parfois cette forme céphalalgique est passagère, elle se manifeste lors d’un accident saturnin, disparaît avec lui et ne reparaît plus.

Ailleurs, la céphalalgie, la méningite fruste à forme céphalalgique récidive À chacune des coliques de plomb subséquentes, (Obs. 12); enfin la forme céphalalgique peut n'être que le prélude d’une forme plus sévère de la méningite.

Cette forme céphalatgique est habituellement précoce; c’est dans les quelques moïs, les quelques semaines même qui suivent le début de Fintoxication que survient cet accident. Habituellement secondaire à quelque autre manifestation (colique, liseré de Burton), la

méningite fruste est exceptionnellement primitive.

Dans l'un et l’autre cas, elle peut survenir isolément,.

en dehors de toute manifestation aiguë du saturnisme, mais le plus souvent elle suit immédiatement, une atteinte de colique de plomb, qui peut être marquée.

La forme fruste peut être tardive, — ïil en était ainsi dans une des anciennes observations de M. le Docteur Mosny. — C’est l’exception.

La réaction leucocytaire du liquide céphalo-rachidien présente rien de bien particulier. Elle n’est pas plus abondante que dans la forme latente; elle est mé-

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me d'ordinaire modérée. On compte 8, 10, 20 éléments par champ. Il n'y à pas de relation entre la richesse du liquide en éléments blanes, et l'intensité des symptômes cliniques. Habituellement lymphocytaire, la réaction peut devenir lécèrement mono et même polynucléaire. |

Enfin, la présence de globules rouges permet de surprendre dans certains de ces cas une légère hémorragie méningée toujours fugace et passagère.

Nous rapportons d’abord une observation de Ma- Zin, d’après Mosny et Malloizel, où l’on trouve réalisé — quoique sans ponction lombaire, — Je tableau clinique de la méningite fruste: le seul symptôme signalé ici est la céphalée. À remarquer ici la précocité d’apparition des symptômes nerveux chez les poudreuses de porcelaine, précocité et fréquence que nous retrouverons à propos des formes aiguës de la méningite saturnine.

OBSERVATION XI (Mazin, Th. Paris, 1900)

Anna D.., 19 ans, ertre à l'hôpital le 19 juillet 1900 pour coliques de plomb. Elle est entrée à l’atelier de poudrage au milieu de février. Au bout de 4 mois, elle commence à ressentir les premiers symptômes de l’intoxication; grande lassitude, anorexie, quelques vomissements. Elle quitte alors son travail, et se met au régime lacté. Mais malgré tout, les vomissements deviennent de plus en plus fréquents. À ce moment, déjà, elle éprouve un peu de céphalée.

Vers le 30 juin, apparaît la colique avec le syndrôme habituel,

puis, à l’hôpital, en même temps que les douleurs tendent à s’amender, apparaît une céphalée très vive, continue, s’accompagnant d’insomnie, d’hébêtude assez douloureuse pour que la malade réponde mal aux question. Il n'existe aucun autre signe de lésions nerveuses. Cette céphalée persiste quelques jours après la fin des douleurs abdominales, puis cesse et les SRE morbides dis--

LS paraissent ‘progressivement.

Voici comme exemple de forme fruste à récidive une observation de MM. Mosny et Malloizel.

OBSERVATION AN (Mosuy et Malloizel (loc. cit.)

D... Pierre, 34 ans, peintre en bâtiment, fils de saturnin porteur d’une double paralysie radiale, entre le 19 mai 1905 à l’hôpital St-Antoine, dans le service du Dr Mosny.

I] a indépendamment des troubles professionnels, une bonne santé; marié depuis 10 ans, il a eu 4 enfants bien portants dont les deux derniers sont jumeaux. Il est peintre depuis l’âge de 12 ans, c’est-à-dire depuis 22 ans. Il s’est beaucoup servi de céruse et de minium. Îl prépare lui-même ses côuleurs. Pendant 5 ans il a fait l’enduit, et souvent, il fait du ponçage à sec.

I] eut, en 1889, sa première colique qui fut peu intense.

De 1890 à 1895, il fit son service militaire. Six mois après, il eut une nouvelle colique qui fut très intense.

Depuis lors, les accès reparurent une dizaine de fois en eroissant touojurs d'intensité, En octobre 1904, il fut soigné à St-Antoine, pour une colique accompagnée de gonflement temporaire et indolent des deux parotides et de la glande thyroïde. I1 fut alors présenté à la société de l’Internat par M. Jacquet (27 oct. 1906). En 1899 il avait eu une première poussée parotidienne, depuis

lors chaque colique s’accompagnant de parotidite. En mars 1904

‘il a eu une étauche de paralysie radiale droite, uniquement mo-

trice, qui disparut en 8 jours sans traitement. La crise actuelle date de 8 jours; elle s'accompagne de constipation, de vomissements, de rétraction du ventre. Ces phénomènes s'accompagnent d’une constricture violente à la partie supérieure du thorax et surtout à la région précordiale. À l’examen, le liseré de Burton est très marqué, les parotides et le corps thyroïde sont gros,

mous et indolents Le foie est nettement rétracté On note une lé-

gère insuffisance aortique Le pouls est à 64, bondissant, égal, régulier. T. A. 15,5. Il y a des traces d’albumine dans l’urine.

Les réflexes rotuliens sont exagérés des deux côtés, la sensibilité cutanée est normale. Il n’y a ni eéxophtalmie, ni aucun stigmate d’hystérie,

Le malade a ressenti un moment après de certaines de ses coliques, une céphalée relativement peu intense, Actuellement, il ren a pas.

22 mars. Le foie est encore rétracté et le malade vomit un peu le matin.

24 mars. Le malade est guéri et sort le 95.

La crise urinaire a été normale.

La ponction lomtaire, pratiquée le 20 mars, a montré un liquide s’écoulant en jet, légèrement albumineux, contenant 4, 6, jusqu'à 8 lymphocytes par champ optique.

Le 15 juillet 1905, le malade rentre à nouveau dans le service de M. Mosny pour une nouvelle colique. Celle-ci s’es installée in-. sidieusement, le malade éprouvant 2 jours avant le début de la colique une sorte d’aura, caractérisée par des démangeaisons douloureuses des pieds et aussi par des troubles dyspeptiques; constipation et anorexie.

Le 13 juillet, brusquement, les douleurs deviennent beaucoup plus intenses; elles sont classiques, un peu irradiées aux lombes. La constipation est absolue. Les vomissements bilieux, répétés, abondents, surtout la nuit, affaiblissent beaucoup le malade. L’ahdomen et le foie sont rétractés.

Pendant la cerise, l'agitation est vive à cause de l'intensité des

Op

douleurs. Le faciès est pâle et grippé. L'oligurie est plus manifeste que d'habitude et l’urine est albumineuse Il n’y a pas de nouveaux troubles nerveux depuis la dernière crise, mais depuis 2 jours, le malade accuse une céphalée atroce contre laquelle l’antipyrine est sans effet

21 juillet. La céphalée persiste atroce; mais l’agitation diminue, en même temps que les coliques ont cessé. Le foie est encore rétracté, mais le ventre est moins dur et facilement palpable. Il y a encore quelques vomissements bilieux et de la constipation. Au cœur on trouve un bruit de galop gauche, le pouls est à 62, la pression artérielle à 16.

Le 24 juillet. La céphalée a diminué et le malade demande à sortir. La secrétion urinaire est encore diminuée et le malade n’a pas fait de décharge chlorurée.

La ponction lombaire pratiquée le 18 juillet a montré un liquide hypertendu, limpide, contenant jusqu’à 15 éléments par champ et une moyenne de 10. En somme réaction plus forte que précé-

demment.

Enfin voici une observation dans laquelle la céphalalgie fut tardive et où l’on put constater une hémorragie méningée.

OBSERVATION XII (Mosny et Malloizel) (loc cit.)

L... Alfred, 49 ans, peintre en bâtiments, entre le 7 octobre 1905 à l’hôpital Saint-Antoine, dans le service du docteur Mosny pour sa vingtième colique. On note une polyléthalité familiale et conjugale due à la tuberculose. Le malade lui-même a eu une pleurésie et a quelques signes pulmonaires.

Il est peintre depuis l’âge de 12 ans, a fait et fait encore du

ponçage à sec. Comme prophylaxie, il se lave les mains et prend

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