OBSERVATION XXII
(Jean Troisier : In Trib. médicale, 9 janvier 1909, n°1, p, 1) | 2
Résumé
S.., 37 ans, ouvrière en Jalousies, entrée le 21 juin 1908 à Fhôpital Cochin, service du docteur Chauffard, salle Delpeuch, numéro 17 (Résumé).
S..., depuis 4 ans, peint à la céruse les jalousies. Elle ne manie que la céruse liquide et n’est pas exposée aux poussières de peinture, les vieilles jalousies état simplement léssivées.
Cette femme n’a jamais été malade auparavant; pas de syphi- His ni tuberculose, ni d’éthylisme. Ar
Son mari travaille dans la même fabrique depuis 15 ans et est saturnin depuis 12 ans. T1 est entré en même temps que sa femme à l'hôpital pour une colique de plomb. Fe L’afection actuelle à débuté en septembre 1907 par de la cépha-
lée, accompagnée de paroxysmes, Cette céphalée est bientôt devenue très intense et elle subiste encore à l’heure actuelle.
En décembre 1907, vives douleurs abdominales avec constipation et vomissements (colique de plomb).
Dès lors, elle reste alitée trois mois. |
En janvier 1908, cinq ou six crises (perte brusque de connaissance, suivie ou non de mouvements épileptiques).
En mai, légère amélioration.
En avril, le malade s’alite de nouveau et entre à l’hôpital le 21 juin en pleine méningo-encéphalite.
Elle se plaint surtout de douleurs de tête qui sont devenues intolérables. Cette céphalée, surtout frontale, est continue et présente des paroxysmes qui arrachent des cris plaintifs à la malade; elle est exagérée par les mouvements de la tête et par la station assise. Depuis plusieurs jours, la malade ne dort pas et refuse toute nourriture (vomissements) et est très constipée.
Le 22, au moment de la visite, la malade est prise d’une violente crise épileptique. Elle pousse un eri strident et tombe la tête la première sur le sol. On la remet aussitôt dans son lit toute contracturée. Les membres sont dans l’extension ou régidité absolue. Les mains sont à demi fléchies, le pouce en abduction. La bouche est contracturée en ouverture. Les pupilles sont dilatées, et les globes oculaires en stratisme convergent. La respiration n’est bruyante qu'au début et bientôt elle cesse, le thorax restant sans mouvement. Le pouls baisse de 76 à 48, et les extrêmités se cyanosent. La mort paraît imminente, mais au bout de quelques minutes, la respiration spontanée se rétablit, quelques mouvements convulsifs apparaissent dans les membres et la régidité générale s’accentue. La malade à uriné sous elle, mais ne: s’est point mordu la langue (la bouche est restée largement ouverte pendant tout l’accès), Elle reprend connaissance une demiheure après et se plaint vivement de la tête.
L'examen de la malade révèle de la contracture de la nuque et Le signe de Kernig.
J1 n’y a aucun trouble de la motilité de la sensibilité et des ré-
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flexes (entre les crises). Le psychisme, par contre, est nettement altéré. La malade est inerte dans son lit, comme indifférente à ce qui se passe autour d'elle. Il faut lui arracher ses réponses, qui parfois sont contradictoires. La mémoire, surtout pour les faits récents, est troublée, et sans le secours de son mari, elle nous induisait plusieurs fois en erreur dans l’histoire de la maladie.
Le liquide céphalo-rachidien est en hypertension (coule en jet). Il contient 1 gramme d’albumine par litre (Esbach) et de nombreux éléments cellulairesj (une quinzaine par champ d’immersion, Zeiss 1/2 oc. comp. 6) presque tous des lymphocytes.
Liseré de Burton extrêmement net. Ventre souple, un peu douloureux. Foie normal, pas trace d’ictère. Pas de splénomégalie.
Poumons normaux, cœur normal. Le pouls est à 76. La tension artérielle (sphygmo-signal de Vaquez) 12,5, chiffre sensiblement normal avec Jappareil.
Pas trace d’albumine dans les urines (acide trichloracetique) ni de sucre. [/élimination du bleu de methylène injecté sous la peau se fait dans les délais normaux (2 jours 1/2) mais avec une
oscillation très nette de la courte, presque une intermittence à la fin du premier jour. Jamais d’urobiline.
L'examen du sang donne:
G. R.: 3.500.000. Hémoglobine : 55 p. 100 (sahli).
Les globules rouges présentent les modifications de taille et de teinte habituelles de l’anémie saturnine. (Anisocytose, polychromatophilie), en particulier beaucoup d’entre-eux présentent les granulations décrites par Grawitz et Sabrazès (hématies ponctuées). Sur lames simplement séchées, le réactif de Pappenheim décèle 4 0/0 d’hématies munies de granulations de Chauffard et Fressinger (hématies dites granuleuses).
A la suite d’une deuxième crise épileptique (27 juin) l’état mental de la malade s'aggrave considérablement. Elle délire à peu