‹ La MennaisChapitre 16 sur 65 · UNE DICTATURE DANS I. 'ÉGLISE · texte numérisé non relu

UNE DICTATURE DANS I. 'ÉGLISE

composé par le R. P. Buffîcr, de la Compagnie de Jésus. On sera moins frappé des différences entre nos deux enseignements, pensa La Mennais, que des points nombreux sur lesquels l'auteur et moi nous nous accordons. Peut-être les Jésuites vont-ils se croire obligés de soutenir maintenant l'honneur du sens commun ! Le polémiste estima qu'il était d'une bonne tactique de les ranger parmi les anciens et les plus clairvoyants adversaires du cartésianisme. Ah ! s'il avait pu convertir à ses idées la puissante société ! Il y comptait bien quelques partisans, mais ses adversaires y dominaient. Un Quimpérois, « puissant esprit », théologien « consommé », vertueux et bon (suivant M-"" Dupanloup), homme « incroyable de mahgnitc et d'imposture », jésuitisme incarné (selon notre abbé), Rozaven, puisqu'il faut l'appeler par son nom, était assistant pour la France du général des Jésuites. Son manque de bienveillance vis-à-vis de la doctrine nouvelle était avéré. La distance alla s'accroissant chaque jour entre la marche de La Mennais et le pas des ReUgieux. Au commencement de 1830, le fossé qui séparait le jésuitisme et le ménaisianisme était de ceux qui ne se franchissent guère. C'est alors que le Malouin surnomma les Révérends Pères grenadiers de la folie.

La philosophie bretonne était une belle construction oratoire, séduisante par la fusion qu'elle opérait entre la philosophie et la religion, et par la façon hardie dont elle brisait quiconque se refusait à prononcer le mot credo. Elle se perfectionna en face des contradictions, s'expliqua et se corrigea peu à peu, se revêtant de formes agréables, sérieuses et pieuses, dans les livres de l'abbé Gerbct, prenant des formes faciles et quasi populaires sous la plume de l'abbé Rohrbacher, et se codifiant dans le Sommaire d'un système des connaissances humaines. Les antagonistes semblaient n'être que des vieux et des impuissants, universitaires.

gallicans, sulpiciens, irrités d'être bousculés hors de la routine classique, tandis que les jeunes, et ceux dont les yeux cherchent avidement toute aurore de salut trouvaient quelque chose de chaud et de lumineux, de simple et de décisif, dans le système du sens commun.

Par malheur, celui-ci se prêtait à des objections frappantes. Car, s'il est une fois constaté que la raison individuelle ne peut donner que des probabilités et qu'elle reste toujours suspecte, de quel droit s'affirme-t-elle infaillible, quand elle proclame l'empire de la raison générale ? D'ailleurs, cette dernière, dont le métaphysicien chante l'autorité, ne le condamne-t-elle pas dans le mépris qu'il attache à la valeur des sens, et de l'évidence, et de nos moyens ordinaires de connaître ? Enfin, sa croyance à la tradition des vérités suppose préalablement la démonstration de l'existence de Dieu et de la révélation primitive. Avec quoi argumentera-t-il ? Avec sa raison individuelle ? Alors, le système s'écroule. Avec l'attestation du genre humain ? Alors, la base même de la philosophie ménaisienne est dépourvue de preuve et se réduit à une affirmation solennelle. Encore, cette affirmation de l'humanité relativement à Dieu et à sa Parole dans le monde, par quel procédé l'étabhr, si nos méthodes d'investigation manquent d'efficacité ? — N'insistons pas : la théorie de l'abbé ne compte plus d'adeptes ni dans l'Eglise ni en dehors de l'EgUse.

Du moins, elle eut le mérite de ramener l'attention sur le problème de la certitude, qui est un des plus graves, et sur les rapports du cartésianisme avec la fibre pensée. Enivrée de cette tradition, où se précipitaient M. de Bonald et Joseph de Maistre, en réaction contre l'individuaUsme et le rationahsme du xviiie siècle, et contre l'idée de Rousseau sur l'excellence de l'état de nature, opposé à l'état

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de société, la doctrine de l'Autorité formait un système religieux de la Restauration. Après tout, son rôle a été celui de toutes les nobles hôtelleries qui arborent le pavillon de la vérité sur les chemins de la pensée humaine ; elle a servi pour un temps de caravansérail à quelques-uns des pèlerins de l'Infini.

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