PENDANT LA DERNIÈRE PARTIE DE SA VIE
Quand il entreprit son Introduction à Dante, La Mennais avait soixante-dix ans. Sa vue, dont il s'était toujours plaint, devenait plus pénible. Il éprouvait de la fatigue à déchilTrer l'écriture d'autrui, et bientôt il lui fut à peu près impossible de lire ou d'écrire à la bougie. Pourtant, disait-il, il faut vivre de l'esprit aussi longtemps qu'on peut, car c'est la dernière chose qui reste, le débris flottant de la barque fracassée, que le flot ne tardera pas à jeter sur le rivage.
Les indications ne manquent pas pour l'histoire nosologique de l'écrivain. Elles abondent dans sa correspondance. Nous connaissons même les ordonnances de ses médecins. En 1826, le docteur Mabit lui trouvant une névrose du cœur préconisait contre les douleurs l'emploi de gouttes d'éther digitalisé. En 1841, on lui reconnaissait une hypertrophie du cœur et on voulait le mettre au régime de l'acide prussiquc. Ce que j'éprouve, disait-il en août 1849, c'est une grande faiblesse, une sorte de défaillance et quelquefois d'angoisse, qui a son siège dans les nerfs près de l'estomac
et en trouble les fonctions. Il lui vint de la surdité, au moins passagère. En 1852, il se croyait guéri d'une toux nerveuse, et de la goutte, mais celle-ci, en 1853, le rendit impotent des pieds. On a raison de dire que la santé est le premier des biens, écrivait-il, « celui-là je ne l'ai jamais eu, et ne l'aurai jamais ». Notre âme, ainsi que notre corps, tient à tout et dépend de tout : « du soleil qui luit, du nuage qui passe, du léger souffle qui agite à peine le roseau ». Disons plus : notre âme et notre corps se confondent trop souvent, et qui ne sait pas l'état de l'un, ne comprend rien à l'état de l'autre.
L'abbé était très sensible au froid, détestait le bruit, avait besoin de beaucoup de sommeil, et les moindres contrariétés piquaient en pointes d'épingles sa chair d'écorché. Ennuis de logement, de ménage et de domesticité, détails de l'odieuse prose quotidienne qu'est l'existence, toutes ces petites misères, observait-il, « troublent plus et font plus de mal que des choses en elles-mêmes de tout autre importance ». Célibataire, obligé de s'occuper de la tenue de sa maison, et toujours « âme tendre et expansive », il sentait vivement le désert de son foyer. Pour ce qui est de ma vie, disait-il, « elle sera triste partout, étant, quoi qu'il arrive, destiné à la finir dans l'isolement ». Il disait encore : « Il est triste de vieillir seul. Il le sera tous les jours davantage. » Et il répétait à M°i^ Ligeret : « Remerciez Dieu de n'être pas condamnée à ce qu'il y a de plus dur dans la vie humaine : vieillir seul. » — Hâtons-nous d'ajouter que les petits présents, signes d'amitié, ne lui manquèrent jamais. Tantôt, ]V£me Dessoliaire lui envoie des châtaignes ; tantôt, M™^ Ligeret lui adresse d'Amérique des fruits et des fleurs ; une autre fois, c'est M^^ Geoffroy Saint-Hilaire qui lui olïre un joli rosier ; une autre fois, c'est le capitaine ÉUe qui lui fait parvenir un excellent pâté de bécassines. Il avait son
couvert chez M. de Vitrolles, depuis un temps immémorial. David Richard, le noble cœur, emploie les procédés les plus délicats pour venir en aide au maître embarrassé. Macé de la Villéon, le bon vieux cousin, lui propose l'hospitalité la plus cordiale et la plus entière dans son manoir de la Villemilcent. La Chênaie ne lui est point fermée. S'il le préférait, Trémigon serait la résidence bretonne où son neveu, Ange Blaize, lui assurerait une parfaite tranquillité. Jusqu'à la hn, il a autour de lui des amis dévoués. — Peutêtre oubUait-il ce qu'il avait écrit jadis : u On devient exigeant avec l'âge. » Puis, en vérité, le malheur est beaucoup moins de vieillir seul que de vieillir.
Il lui aurait fallu le repos des champs, le grand air, la nature où il se plongeait avec tant de délices. Il constatait lui-même que la nécessité « de sortir tous les jours pour aller à la Chambre » lui faisait du bien. Et David Richard, qui était médecin, insistait pour qu'il fît « le plus souvent possible quelque bonne promenade » dans la belle saison. Fatalement, il se ressentait de ces négligences physiques auxquelles les intellectuels s'abandonnent. En outre, dans sa façon de vivre, il était j^arfois d'une austérité imprudente, au moins quand il se privait de feu.
Comme il hésitait aussi à s'acheter une paire de souliers, on en vient à se demander si ce vieillard, ordonné dans sa dépense, qu'il surveillait de près, était vraiment menacé d'une quasi indigence. Examinons la question. Chaque vie a son efTigic monétaire.
« Les hnances que j'ai toujours sues », disait M. de Chateaubriand, dans ses Mémoires d'Outre-Tombe. La Mennais aurait volontiers répété le même mot. Rien ne lui était plus agréable que d'écrire un article sur Vomnium, association de crédit général, ou de composer, en collaboration avec Auguste Barbet, un Projet de constitution du crédit social.
310 LA MENNA.IS
Il se croyait apte aux affaires et aux combinaisons productives, si bien que, dans la première partie de sa vie, il marcha de procès en procès, et que, dans la seconde, il passa d'aventures en aventures. Ses litiges avec les libraires et ses plaintes contre les éditeurs furent interminables. Sans l'amitié sincère d'un avocat comme Berryer, sans l'attachement dévoué et l'expérience de son beau-frère, Ange Blaize, sans les indications prudentes et l'aide cordiale de son cousin par alliance, Adrien Benoît (plus connu sous le nom de Benoît-Champy), à quelles extrémités n'aurait-il pas été réduit ? Tandis qu'il s'imaginait facilement être lésé par sa famille et se mettait en garde contre elle, il accordait sa confiance à des individus dont la vertu était problématique. Puis, quand un désastre se produisait, il s'écriait : « Le monde, de haut en bas, est aujourd'hui une caverne pire que celle de Rolando. Malheur aux Gil Blas, simples 'et naïfs, tels que, depuis soixante-douze ans, j'ai l'honneur d'être ! « Car sa puissance d'étonnement et d'indignation en face des hommes et des choses resta toujours intacte. Béranger et George Sand ont noté combien il était facile d'aborder La Mennais et de l'encercler. Un petit protégé, ou de véritables cuistres, pouvaient acquérir de l'ascendant sur lui. Dans ses dernières années, il se laissa entraîner dans des spéculations sur l'achat et la revente des tableaux. Il apportait en peinture un sentiment esthétique de littérateur, qu'il ne faut pas confondre avec la science de l'artiste, ou les connaissances techniques de l'expert, qui sait distinguer un original d'une copie et se prononcer sur l'authenticité d'une œuvre. QueUe somme l'abbé engagea-t-il dans cette affaire ? Il est impossible de le dire exactement. Mais il s'imaginait que la galerie qu'il avait formée valait plusieurs millions. Or, après la mort du possesseur, elle se vendit environ 14.000 francs.
Bonald rappelait autrefois à La Mennais le mot de Bossuet au maréchal de Bellefonds : « Je perdrois plus de la moitié de mon esprit, si j'étois à l'étroit dans mon domestique. » Eh bien ! le sociologue breton, qui ne cessa jamais d'être un désintéressé, rêvait « d'être à l'aise pour écrire ». De là, ses combinaisons plus ou moins sagaces, ses placements plus ou moins habiles, ses économies plus ou moins exagérées, et, à mesure qu'il vieillissait, des calculs ou des réclamations qui étonnaient son neveu, et une sorte de terreur du dénûment. Il touchait pourtant une rente annuelle de 6.000 francs, pour son Imilation, et avait au total de 10 à 12 mille francs de revenu. Mais la mauvaise gestion de son avoir et ses doléances faisaient dire à Ange Blaize, le 8 décembre 1853, dans une lettre (inédite) à M™^ de Kertanguy : « A la manière dont vont ses affaires, il est fort possible qu'il ne laisse rien après lui. » Cependant, à sa mort, on trouva chez l'écrivain 13.000 francs en espèces, environ, et l'on calcula que la succession représentait au moins un actif de 225.000 francs.
Quels que fussent ses ennuis et ses désirs personnels, il n'oubliait pas que la prévoyance ne doit point dépasser les justes bornes, et il demeurait soucieux de la misère des autres. Dans les débuts de son sacerdoce, lorsqu'il séjournait à Paris, sa charité pour les pauvres était notoire. On n'ignorait pas qu'il visitait et veillait les malades indigents. Au moment de sa grande crise d'âme, pendant que certaines gens le traitaient de monstre, la sincérité de ses doctrines humanitaires se manifestait dans des lettres comme celle-ci, qui n'a rien de littéraire, assurément. Elle est inédite, et adressée à Benoît-Champy :
« La Chênaie, 3 décembre 1834. — Je viens, mon cher « ami, vous prier de m'aider à rendre, s'il se peut, un bon « oflice à quel([u'un de très malheureux. Voici ce dont il
« s'agit. Il y a environ deux mois, je reçus de la maison
« centrale de Melun une lettre signée H. Journet. Cette
« lettre annonçoit de bons sentiments, le regret d'une faute
« qui avoit conduit celui qui l'écrivoit, jeune homme appar-
« tenant à une famille honorable, laquelle jusqu'à présent
« ignore et sa détention et le déht qui l'a provoquée, dans
« une prison infâme d'où il ne sortiroit que pour se trouver
« sans ressources aucunes au milieu de la société qui le
« repoussera, après s'être vu officier d'état-major à 24 ans
« et décoré de la croix. Il paroissoit surtout éprouver un
« profond dégoût pour les hommes hideux d'immoralité
« qui l'entouroient, et me demandoit quelques-uns de mes
« livres pour faire diversion à cette société hideuse, relever
« et soutenir son âme abattue. — Je lui fis envoyer ce qu'il
« me demandoit, et je lui écrivis même pour lui témoigner
« un intérêt que je pensois pouvoir être pour lui de quelque
« consolation et de quelque secours. Il m'a répondu pour
« me remercier, et c'est dans cette seconde lettre que se
« trouve la plus grande partie des détails que je viens de
« vous donner. Il ajoute que sa peine expire dans trois
« mois, mais que, devant ensuite rester pendant plusieurs
« années sous la surveillance de la police, il éprouvera des
« difficultés sans nombre et qui se conçoivent assez, pour
« vivre, comme il y est résolu, en honnête homme de son
« travail. Car tous ceux à qui il s'adressera, lui deman-
« deront d'abord qui il est, etc., etc., et que répondra-t-il ?
« Ayant cru que ces inconvénients, fruits en partie de notre
« mauvaise législation, seroient moindres à Paris qu'ailleurs,
« il a sollicité du ministre la permission d'y séjourner
« après sa libération. Le ministre a répondu que les règle-
« ments s'y opposoient, à moins qu'auparavant il ne déposât « le cautionnement voulu de 100 francs. Mais nul moyen « pour lui de se procurer cette somme. Je la lui donnerois
« volontiers. Ce seroit peu de chose pour sauver peut-être « un malheureux jeune homme. Toutefois, il me semble « prudent de savoir d'abord : 1° si les faits relatés ci-dessus « sont exacts. — 2° Quel degré de confiance on peut avoir « dans la sincérité de M. Journet, et s'il y a lieu, en eiïet, « d'espérer qu'il effacera ses torts passés par sa conduite « future, s'il en a du moins l'intention réelle. — 3° Si, ceci (' posé, il lui est véritablement avantageux de séjourner « à Paris.
« Je vous connois trop, mon cher Adrien, pour m'excuser « à vous, afin d'obtenir ces éclaircissements que, par le « genre de vos relations, vous vous procurerez, je crois, « plus aisément et plus sûrement que tout autre. Je ne « répondrai à M. Journet qu'après les avoir reçus, et je ne « répondrai point du tout, dans le cas où, à mon grand « regret, ils lui seroient défavorables.
« ...Je n'irai point cet hiver à Paris. Ici je travaille un « peu et je suis tranquille ; j'aurois à Paris beaucoup de « fatigue et j'y perdrois entièrement mon temps. Ce sont « deux bonnes raisons pour rester... Vous aurez sans doute « occasion de voir MM. de Musigny, Déranger, Arago. « Veuillez me rappeler à leur souvenir et à leur amitié. « Tout à vous, mon cher Adrien, et de tout mon cœur. —
« F. DE LA MeNNAIS. *
« Si les renseignements que je vous prie de prendre « étoient favorables à M. Journet, auriez-vous la bonté (' de lui écrire un mot, à la maison centrale de détention à « Melun, pour lui dire que l'on trouvera son caulionne- « ment ? Cela le tranquilliseroit plus tôt, et je vous ferois « sur le champ remettre ces 100 francs. »
Quelques mois plus tard, sans se soucier du qu'en dira-t-on, il se rend à Paris, pour prendre part à la défense des accusés d'avril, républicains ou révolutionnaires ; il s'acquitte en
conscience de sa mission d'humanité, adresse au public une lettre pour l'exciter à secourir les familles indigentes des détenus politiques, reçoit en retour les injures du parti religieux et conservateur, puis rentre à La Chênaie.
Il disait : « Au risque de tous les inconvénients qui pourraient en résulter pour moi, je voudrais, s'il m'était possible, soulager ceux qui souiïrent. » — J'ai suivi tes conseils, lui écrivait en octobre 1850 son cousin Macé de la Villéon, « je m'occupe des pauvres, c'est une si grande jouissance que de faire du bien ! »
Dans les cahiers de comptes de M. Féli, je vois : « Alexis a commencé ses fonctions le 1" septembre 1852. Ses appointements sont de 2.000 francs par an. » t^e secrétaire, vrai calUgraphe, est « l'excellent M. Gérard », dont parle David Richard dans une lettre du l^'" août 1853. Or, qui s'était occupé de l'instruction d'Alexis Gérard, enfant pauvre ? Qui l'avait suivi au cours des années avec affection et en lui donnant de sages avis ? Qui lui faisait parvenir à l'occasion quelque mandat ? Qui se préoccupait de lui procurer une situation meilleure ? Notre philosophe. — J^u décès de ce dernier, Philippe Faure, le proscrit, divulgua le trait suivant : « J'ai été chargé, à diverses fois, de porter, de la part de Lamennais, des secours à des réfugiés qui s'adressaient à lui par lettre, et dont il ne voulut pas être connu, me défendant même de dire que je venais de sa part. Il était loin d'être dans l'aisance, à cette époque. »
Ce penseur qui a mis la noblesse de la vie dans la diffusion des idées sociales et dans l'exercice des vertus où s'exprime la charitas generis humani, est en même temps le directeur spirituel des fidèles de la République. A ce point de vue, ses lettres à Dessoliaire, son tailleur, sont dignes d'une analyse particulière. Elles offrent l'enseignement le plus élevé, avec des conseils pleins de raison, et nous montrent
une patience étonnante à répondre à des interrogations, qui sont provoquées par le manque de culture intellectuelle.
Vous avez besoin de votre état, écrit La Mennais, « et vous vous devez à votre famille. Réglez votre conduite là-dessus. Le zèle le plus pur, comme le plus ardent, est subordonné au devoir, et les premiers devoirs de père de famille sont envers les siens ». Aussi bien, la vérité se répand peu à peu, et « le Temps est le premier ministre de la Providence ». Est-ce que l'Evangile ne nous invite pas à être prudents ? « Qui se précipite, tombe ; qui marche, arrive. » Tâchez donc d'amortir les haines injustes : « Ne choquez personne inutilement. » Pourquoi se tracasser de difïicultés avec le presbytère ? « La tyrannie odieuse qui pèse sur les consciences durera peu désormais. » Les grandes misères de l'existence viennent de ce que les hommes ne veulent pas être frères, « et c'est pourquoi ils portent la peine de leur égoïsme et de leur dureté ». La Mennais encourage Dessoliaire à la pratique de la charité, et lui donne l'exemple, en lui envoyant une petite somme pour un père qui gagne peu. — Il ne craint pas de descendre à des avis minuscules, qui, malgré leur banalité apparente, sont toujours salutaires, comme de ne pas trop veiller, comme de ne lire aucun ouvrage de médecine : « Ces sortes de lecture ne sont pas sans danger. Un bon régime quand on se porte bien, un bon médecin quand on est malade, il n'y a d'utile que cela. » Il met aussi son adepte en garde contre la séduction de la capitale, et l'exhorte à rester dans son village.
Bien entendu, il ne le détourne pas de Faction. Quand l'heure sonne, les ménaisiens doivent être à leur poste. « Préparez-vous aux élections », insiste-t-il, « tout le monde y votera ; que l'on s'entende pour ne nommer que des hommes voulant le bien, des hommes d'honneur et de pro-
bité, attachés de cœur à la République » ; défiez-vous, dans ces conjonctures, des intrigants de toute sorte ; en politique, les plus tapageurs ne sont pas les plus sûrs : « On peut avoir des princif>es solides sans faire beaucoup de bruit. »
Il éloigne l'artisan des systèmes communistes ou terroristes.
Il cherche à établir la paix intime de son disciple dans la soumission à la volonté divine. « Le repos après le travail, et le travail aussi longtemps que Dieu, selon les vues de sa sagesse pleine de bonté, nous en imposera le saint devoir », voilà le sommaire du ménaisianisme. La mort ne compte pas, ou, plutôt, elle est le terme désirable, car, après les longues heures de fatigue, qui ne verrait avec joie le soir venir ?
Cette correspondance est, assurément, une belle chose dans l'histoire de la démocratie française. — Autour de Dessoliaire, qui est en quelque sorte, dans son chef-lieu de canton (Neuvy-Saint-Sépulchre), le truchement du grand homme, on voit un groupe de partisans : Alexis Camus, à qui La Mennais rend service, et qu'il excite à se faire « apôtre » par les œuvres et par les exemples, Hivernaud, Robin, Patureau. Rozier, Limousin, et autres, qui confient leurs noms ou leurs lettres au tailleur, pour que celui-ci les transmette à Paris.
Entre ceux qui admiraient le rédacteur du Peuple Constituant, accordons un souvenir à Pierre Vaux, qui s'était nourri de ses écrits, et qui voulait, maître d'école dans la commune de Longepierre, coopérer à la fondation d'une répubhque morale et généreuse. Le gouvernement réactionnaire de 1849 le révoqua. Mais il resta le chef de son parti dans la localité. Après le 2 décembre, accusé faussement d'incendies nombreux, il fut condamné aux travaux
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forcés et mourut à la Guyane. — Mieux que Henri Heine, certes, il eût mérité d'entendre de son maître cette parole si haute : « Mon enfant, il manque toujours quelque chose à la belle vie qui ne finit pas sur le champ de bataille, sur l'échafaud, ou en prison. »
Et cette maxime nous remet en mémoire quelques lignes de Lamartine, qui termineront comme il convient ce chapitre de vie intérieure. Je lis l'abbé de Lamennais, écrivait le poète de Jocelyn à son ami Virieu, « j'ai du respect pour « cet homme, bien que son esprit excessif en tout ne se « combine jamais avec le mien, modéré par bon sens et « par praticabilité. Mais, c'est une conscience de martyr, « toujours prête à s'immoler à ce qu'il croit la vérité, une « conscience qui, comme la mienne, ne le laisse pas dormir, « mais qui l'éveille en sursaut, quelquefois au milieu d'un « rêve qu'il prend pour une réalité... »