FRERES
rut on trouve les ovaires rouges, congestionnés et les vésicules de Graaf en déhiscence ; or, il est de connaissance vulgaire que chez certaines espèces animales cet état s'accompagne d’un écoulement sanguinolent par les organes génitaux. Que, pour une raison quelconque on châtre une femelle domestique ; en même temps que le phénomène de rut disparaîtra l'écoulement ne se montrera plus.
Autre exemple. Il y a chez la femme deux périodes qu’on peut appeler physiologiques, qui suspendent le molimen menstruel : la grossesse et la lactation : or on sait que l'ovulation n’a pas plus lieu chez la femme enceinte que chez la nourrice.
En somme, il est possible que l'hémorrhagie périodique de la menstruation soit un phénomène essentiellement épithélial : il est possible que l’épithélium utérin soit soumis à une mue menstruelle : que le mécanisme de lhémorrhagie s'explique par la mise à nu des vaisseaux de l’utérus gorgés de sang à cette époque où tout le système génital est en turgescence, c’est encore possible; mais la chute épithéliale, cause première de l’hémorrhagie, n'est-elle pas sympathique du processus ovarique qui détermine la ponte de l'œuf?
Ce n'est qu’à partir de l’année 1840 que la première opinion émise par Néorier sur l'ovulation eut un caractère vraiment scientifique. Avant cette époque, elle appartenait à la fable.
Lorsque Négrier eut établi la théorie ovulaire, les physiologistes poursuivirent ses études et la période qui s'étend depuis 1840 jusqu’à nos jours à vu naître plusieurs idées qui n'ont pas donné du phénomène une explication exacte.
À l'opinion généralement admise, qui fait de l'ovulation la cause efficiente immédiate de l'écoulement menstruel, se rattachent les noms de Coste, Gendrin, Raciborski, Bischoff, Pfluger, Mathias Duval, Spencer Wells, Simpson, Marion Sims, Gaillard
Thomas.
Beigel en Allemagne, Jackson en Amérique, nient absolument toute relation entre les deux actions ; à leurs noms peuvent s'ajouter ceux de Nœgerath, Ritchie, Slavianski.
M. de Sinéty, qui s’est fait en France le champion de cette théorie, s’autorise de l'observation d'une jeune phtisique, qui n'avait pas eu ses règles depuis 6 mois et chez qui il trouva à l’autopsie un follicule de Graaf venant de se rompre : l'ovaire avait continué ses fonctions sans provoquer l'écoulement des règles.
De ces divergences il ressort que, dans l’état actuel de la science, on ne saurait faire de réponse catégorique à la question, et que chacune des opinions trouve dans l'observation des faits qui viennent la corroborer.
Les défenseurs de la théorie de Névrier se réclament des résultats chirurgicaux pour affirmer leurs idées, tandis que leurs adversaires cherchent à démontrer, en s'appuyant aussi sur des observations chirurgicales, l'indépendance de la fonction utérine et de la fonction ovarienne.
Il semble que l’ovariotomie double, qui est devenue une opération de la pratique journalière, devait fournir un champ de recherches assez vaste pour étudier l'influence de l’ablation des ovaires sur la suppression ou la persistance des règles. Malheureusement, les faits relatés par les observations nombreuses et contradictoires laissent la question encore entourée d’une quasi obscurité et ni les recherches des savants d’un côté, ni la pratique des chirurgiens de l’autre n'ont pu donner satisfaction à la physiologie en lui permettant d'édifier une théorie conforme à ses lois.
- Si l'opinion de Négrier était vraie, disent ses adversaires, toute femme opérée d'ovariotomie double devrait voir ses règles suspendues à tout jamais. Or, il résulte des observations de Péan, Kæberlé, Terrier, Terrillon, Tillaux, Duplay, Spencer Wells, Gaillard Thomas, que des ‘opérées de double ovariotomie ont
Jen 2.
présenté chaque mois, plusieurs années de suite, uné hémorrhagie mensuelle.
Outre que ces faits sont susceptibles d’une interprétation rationnelle, il faut avouer que la thérapeutique est malheureusement obligée de se montrer moins exigeante que la physiologie.
Supposez un principe physiologique que l’expérience ne consacrera que 53 fois sur 59; ce sera un théorème inacceptable et qui ne pourra être érigé en loi par une science exacte. Qu'un agent thérapeutique atteigne son but dans les mêmes proportions, 1l sera accepté comme un médicament de choix.
(B) Or, si nous jetons les yeux sur les statistiques dressées par M. Lebec, nous constatons que sur 59 ovariotomies doubles, pratiquées d’après les idées de Battey, il y a eu :
Ménopause... ER REA 53 fois.
EC IMENÉIEUERN ER. te et PAR UE Menstruation régulière... RATE UNE ES:
et encore faut-il ajouter que dans l’un de ces derniers cas, l'ovaire avait été imparfaitement retiré.
Sur 145 cas d’oophorectomie pratiquée pour mettre un terme à des métrorrhagies rebelles chez des femmes atteintes de fibrome utérin, et recueillis par Tissier, il y a eu :
Ménopause... PC RS D OCT OU 89 fois.
Atténué....….....…. »
Flux menstruel... 3
MENSTUATIOM FÉSUIIÈTES. cesse eee Fr
25 fois l'observation est muette sur le sort ultérieur de la menstruation.
Depuis ces résultats qui datent de 1885, une statistique plus récente a été présentée par M. Vautrin. C'est son tableau, rectifi-
cation faite des erreurs dues à l'impression ou à des calculs
inexacts, qui donne le résultat le plus précis de l'oophorectomie
au point de vue de la persistance des règles.
OPÉRATEURS N. de cas [Mén. comp AE no nee |Rés. inconménop. règles EE ———— À D RS PRE PE CONTES 2 # 1 I 20 FTERAT RER Meteo ess 28 20 4 3 I Belinea M Are 9 4 3 2 ARE SE ES Te M 4 3 3 DPIÉPEIDET PE eee sers dore 3 “ I 13 EVE AS CESR EN SRE De PRO RCE 6h 7 IS SR RS SRATO ES PEUR 4 4 SAR PER se rene entre : 3 1 Martin MEL EUIRR 2 2 NN enr 76 61 6 2 7 HuSSier er en remit ae 145 89 24 25 VANÉLINE MR MM Sirsseneseree 32 7 2 18 D'AQNETRRR NRnsdieÉ I 1 350 211 45 23 71
Résultats connus : 270.
Si le tableau ne renferme par les noms des chirurgiens de Paris, comme Terrillon, Terrier, Duplay, etc., qui ont pratiqué l'oophorectomie, c'est que ces noms sont compris dans les 145 cas de M. Tissier.
Il ressort de cette statistique que sur 279 cas, dont le résultat est connu, 211 fois la ménopause a succédé rapidement à l’opération, 45 fois elle n’est arrivée que plus tard, après quelques hémorrhagies irrégulières; 23 fois seulement, elle a persisté. En somme, 256 fois sur 279 l'opération en est arrivée à l’une de ses fins : suppression des hémorrhagies.
Un calcul très simple, nous donne le résultat pour 100.
Ménopause complète... antess o rte OO OUT Ménopause après quelques hémorrhagies. 15,28 °/,
Le total qui doit être considéré comme un total de succès est
dé72,50 2}.
La persistance des règles qui a été constatée 23 fois sur 279 cas, donne une proportion de 6,57 °/..
Ces résultats ne concordent pas avec ceux donnés par M. Vautrin et la raison en est bien simple. Cet auteur nous dit, qu'aux cas de M. Tissier, il en a ajouté 61 nouveaux ; dans ces 61 cas, nous avertit-il, il y en a 29 qui appartiennent à Lawson Tait; il dresse son tableau et y introduit en première ligne, les 29 cas de Lawson Tait; il additionne les résultats et donne le total; puis après avoir dressé cette statistique, il y ajoute (et c’est là qu'est l'erreur) les 61 cas qu'il a recueillis ; 1l oublie donc d’enretrancher les 29 cas de Lawson ‘Fait qui figurent déjà dans le tableau et qui ont double emploi; ce n’est pas le nombre 61, mais 32 qu’il fallait ajouter.
De plus, les 20 cas qui figurent dans le tableau de M. Vautrin, sous la rubrique : « résultats inconnus» sont considérés par lui comme des insuccès. Je ne dis pas qu'un certain doute ne doit pas planer sur eux; mais il peut être aussi bien interprété en faveur de la guérison que de l’insuccès.
Est-ce à dire, maintenant, parce qu’une opération pratiquée 350 fois est restée 23 fois impuissante, 71 fois douteuse et n’a eu que 256 succès, qu’elle doit être rejetée sous prétexte qu'elle s'appuie sur un principe de physiologie encore discuté?
Bien plus, il est possible que des femmes opérées d’ovariotomie double continuent à être réglées (1) sans que pour cela la théorie classique de l'ovulation soit démolie (Lucas Championnière). |
M. Lebec donne les résultats obtenus par l’ovariotomie double
pratiquée pour des kystes de l'ovaire sur 70 malades.
Néyra en:
Ménopause sise uitent RTE ETS Messe MONO FrÉpURERE ER: ons Flux menstrue....…. 2 menstrues.,. ii. UE, L Menstes ss SO ES NMenetination) TÉgulière. rentree 14
RC RE (1) Lucas Championnière : Bulletin et Mémoire de la Société de Chirurgie de Paris, 1885.
RE
Comparons ce tableau à celui qui a été dressé par le même auteur pour l’oophorectomie et qui a été signalé plus haut; la différence que l’on constate dans l’état de la menstruation, après l’opération, est d'un enseignement précieux. Il sera admis partout le monde que dans l’ovariotomie pour kystes de l'ovaire, on est beaucoup plus exposé à oublier une parcelle de cet organe, que quand on opère sur des ovaires sains.
L'examen des pièces enlevées qui, dans le dernier cas, donnera la preuve certaine d'une extirpation totale oupartielle, sera, dans le premier, entouré de difficultés et ne permettra, le plus souvent, aucune affirmation.
N'est-ce pas là l'explication la plus acceptable de la persistance des règles, entretenues-par les débris ovariens échappés au bistourt.
On pourra objecter qu'il existe des cas d’ovariotomie normale où l'ovaire sain a été enlevé, où l'examen post-opératoire a bien démontré l’ablation totale de la glande et dans lesquels les règles n'en ont pas moins persisté; ces faits, confirmés par des observations qui ne peuvent pas être mises en doute, seraient un bon argument pour les adversaires quand même de la castration ovarienne, s'ils ne trouvaient aussi des interprétations rationnelles. Est-il inadmissible, en effet, que le système génital, longtemps le siège d'une fonction mensuelle qui a accru son activité, Paccomplisse encore par une sorte d’accoutumance physiologique et d’une façon spontanée, malgré la perte d’une de ses parties ?
M. Lucas-Championnière va plus loin et se demande si ce ne sont pas des hémorrhagies intermittentes plutôt qu'une menstruation proprement dite; ilest porté à considérer ces écoulements de plus en plus rares comme un mode de disparition lent du sang menstruel.
Un fait plus rare, il faut le dire, mais qui dans le cas particulier
présente son importance, est la présence d’ovaires surnuméraires. Lan
ER URee À. Puech (Des ovaires et de leurs anomalies, Mémoires de l’Académie de médecine de Montpellier, 1870-71) en signale plusieurs cas. Îl cite Beigel (1) qui en a trouvé 23 exemples sur 500 autopsies et il n'y a pas longtemps que Winckler publhait l'observation d’une ovariotomie triple nécessitée par la présence d’un troisième
ovaire.
(1) Anatomie der Weiblichen Unfruchtbarkest, von Herman Beigel ; Braunschweig, 78.