CHAPITRE CTV
Il ne faudrait pas voir dans les idées qui précèdent l'intention arrêtée de présenter la castration comme le traitement idéal des fibromes utérins ; il n'a jamais été dans notre pensée de la proposer comme le premier remède et le traitement par excellence de ces tumeurs. Cette étude qui a pour but de donner à l’oophorectomie le rang véritable qu'elle doit occuper en chirurgie, cherche à lui rendre le double service de la défendre contre des reproches trop sévères et des éloges exagérés.
La réprobation dont l’entourait Velpeau, qui la regarde comme une folie téméraire, est assurément injuste.
L'enthousiasme de Muller et de, Lawson Tait qui déclarent ne pas trouver de contre indications à l'opération de Battey, a le tort de méconnaître les services rendus par l’hystérectomie; 1l eût été plus sage de rendre à chacune la part de mérite qui lui revient, en faire deux alliées contre la même maladie, mais non deux ennemies, en cherchant à faire disparaître l’une par l’autre.
Voilà pourquoi il nous semble nécessaire d'établir dans quelles circonstances et pour quelles raisons 1l est préférable de recourir à l’une ou à l’autre de ces opérations.
D'une façon générale, elles ne s'adressent en aucun cas aux fibromes pédiculés hors de cause dans ce sujet : il est évident que l'extirpation directe devra leur être appliquée de préférence à tout autre opération; il ne s’agit ici que des fibromes interstitiels et sous péritonéaux.
Au mois d'août 1885 sous le titre de « Modern treatment of uterine mvoma », Lawson Tait publiait une statistique de 58 cas
dans laquelle il ne relevait aucun décès. Un tel succès survenant après les résultats publiés par le même chirurgien en 1881, où sur 26 opérations il avait eu 6 morts, lui faisait dire que la pratique de l’opération devait nécessairement diminuer sa mortalité; de 20 p. °/., proportion qu'elle devait aux fautes opératoires ; elle ne se chiffrerait plus que par une proportion de 1 p. °/, entre les mains d’un chirurgien expérimenté. Il est inutile de dire que cette espérance formulée dans un moment de succès et justifiée peutêtre par une série heureuse, est exagérée et que la généralité des faits assombrit un peu le pronostic du chirurgien anglais.
Hegar accuse 22 décès sur 100 opérations. La mortalité pour lubespder20
Battey présente 55 opérations et 6 décès, avec lui la mortalité descend à 11 °}.
Tissier donne le résultat de 170 opérations, sur lesquelles 25 Cas se sont terminés par la mort. La mortalité est de 14,6 °/.
Schleich publie 5 opérations avec 1 décès ; puis établissant une statistique des résultats obtenus par Saixinger, il donne à la mortalité une proportion qui concorde à peu près avec la précédente, 14 ch. C'est à ce chiffre qu'on s'en était tenu en 1885.
Depuis cette époque, les 61 nouveaux cas recueillis par M. Vautrin, dans les publications récentes de Tait, Muller, Schleich donnent 53 succès et et 8 morts; l'expérience semble vouloir réaliser l'espoir de Lawson Tait et la mortalité descend à 13 °/..
Le premier cas, pratiqué à l'hôpital Saint-André, vient augmenter le nombre des résultats heureux et sans vouloir à lui seul, prouver l'innocuité de l'opération, il est cependant du meilleur augure.
En résumé, il semble qu'une proportion de 13 °/, est l'expression exacte de la mortalité de l’oophorectomie à l’heure actuelle : proportion qui ne doit varier certainement qu'en mieux avec la
pratique de l'opération et les précautions antiseptiques.
robe Ce chiffre une fois établi, si nous cherchons à faire l'étude de l'hystérectomie au même point de vue, nous trouvons des résultats bien moins encourageants.
M. Schwartz à l’article « Hystérectomie » du dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, donne le tableau des observations
d’hystérectomie pour fibro-myomes de l'utérus recueillis par Bige-
low :
| Nombre de cas Guérisons Morts ATIDIOLEIR Es eee eees dresse u eescrosscee e 222 | 145 7 AMOFIQUES Cortes en esrec certe eee Fees 99 40 59 RANCE ES es ea niese es Pc 87 44 42 ANTEMANNE rade entier seen 137 70 49 RUSSIE ES aire este eat are II 5 ONE RE Tree Ne eee nettes o 3 ÉSPAg nes a ten teens ee ec 1 I ITANC ET A RE LE 6 2 4 QUÊÈLE serre nn creer ago 2 7 8 4 | 573 311 241
573 cas donnant 311 guérisons et 241 morts fournissent une proportion de 46 :/, pour la mortalité et de 54 °/, pour la guérison.
À ne considérer que ces résultats, il semble que la castration doit être préférée à l'ablation de l’utérus, comme étant une opération moins meurtrière. Une manœuvre opératoire qui comporte une mortalité de 46 °/, laisse supposer une tentative qui ne doit être pratiquée que quand elle est le seul espoir de salut.
Mais ici prend place l’objection que j'ai la bonne fortune de rencontrer dans les « Leçons de clinique chirurgicale» de M. le professeur Lanelongue, de Bordeaux : tout en reconnaissant que l’oophorectomie repose sur des données de physiologie sérieuses et sur des faits d'observation, M. le professeur Lanelongue estime que « quand on ouvre le ventre, il vaut mieux encore recourir à l'hys-
» térectomie qui supprime définitivement la tumeur, guérit assez
» souvent, qu’à une castration qui peut avoir de sérieux dangers » et n’est pas absolument sûre dans ses résultats ».
Je sais quel compte il faut tenir d’une telle objection de la part du maître habile, qui ne se décide à recourir à l’hystérectomie qu’en dernier ressort : il est certain que si la mortalité des deux opérations était sensiblement égale, il serait maladroit de ne pas accorder la préférence à l'hystérectomié qui a l’incontestable supériorité d'être une opération radicale, de s’adresser à la tumeur elle-même, cause de tous les accidents et de tous les désordres : mais on se demande si, en présence des chiffres, l’hésitation n’est pas permise ?
Nous avons vu que 72 fois sur 100, la castration ovarienne supprimait les hémorrhagies : cherchons maintenant à nous rendre compte de son influence sur la tumeur.
Sur 146 cas, on a constaté, d’après Tissier, une augmentation ou un état stationnaire de la tumeur 9 fois.
66 fois elle a présenté une diminution rapide.
Il reste malheureusement 71 cas, dans lesquels l'observation muette sur l’état de la tameur, se contente de la mention : guérison. [l est cependant permis d'établir, d’après ces données, une proportion qui a des chances de pouvoir être acceptée par les plus exigeants.
La tumeur diminuerait d’après les calculs 80 fois sur 100.
Hegar, sur une somme de 76 faits, constate 72 fois la rétraction de la tumeur.
M. Vautrin n'ayant de renseignements précis que 23 fois sur 61 cas, déclare que 16 fois la rétrocession de la tumeur a eu lieu, que 4 fois il y a eu apparence de diminution et que 3 fois aucun chan-
gement ne s’est produit.
Viedow, de son côté, constate 62 fois la rétraction de la tumeur sur 76 cas.