Th. Hahn. Tsuni Goam, p
Lévy-Bruhl. — Mentalité. 11
le missionnaire Mackenzie, grimpe sur le toit d'une maison, aussitôt on la tue d'un coup de lance. Elle a « failli » ; elle a fait ce qu'il n'appartient pas à une chèvre de faire. Si on ne la mettait pas à mort elle ensorcellerait son maître. De même, si une vache bat de la queue pendant la nuit. C'est une affaire tout à fait grave. C'est un crime qui a un nom spécial. On dit qife cette vache a commis un acte kiba ; cela implique que ce n'est plus une vache comme les autres. Elle est ensorcelée, et elle n'attend qu'une occasion pour attirer la maladie ou la mort sur son maître ou sur les siens. Un homme riche n'hésitera pas à tuer cette bête immédiatement à coups de lance. Un plus pauvre la conduira le lendemain matin chez le missionnaire ou chez le marchand, et il offrira de la vendre *; » On voit qu'ici il ne s'agit plus du tout de prédiction, ni de malheur simplement annoncé. L'animal sacrifié a commis un acte insolite, on pourrait presque dire coupable, et en le commettant, il a révélé l'existence en lui du principe malfaisant que, faute de mieux, on appelle sorcellerie [witchcraft, Zauber). Pour échapper à l'influence funeste de ce principe, il faut tuer l'animal. Sinon, on demeure exposé aux pires dangers.
M. Junod a expliqué, avec sa pénétration et sa clarté habituelles, la conduite que les Ba-Ronga et leurs voisins tiennent en pareille circonstance. « La venue de deux ou de trois bébés à la fois est envisagée parles Ba-ronga comme un grand malheur, comme une souillure, à propos de laquelle ils accomplissent des rites très particuliers... Il est vrai que les coutumes relatives aux jumeaux varient d'un clan à l'autre. Si, dans certaines tribus, on les met à mort, dans d'autres, leur venue est considérée comme
1. J. Mackenzie. Ten years north ofthe Orange river, p. 392. (1871).
MOSSTRA ET PORTENTA 163
un bonheur... Mais toujours il y a une relation entre la naissance de jumeaux et la pluie1 . »
Dans un ouvrage plus récent, M. Junod écrit : « Les enfants anormaux, tels que les jumeaux, les enfants qui sont morts avant d'avoir subi le rite boha puri, dans quelques clans, en outre, les enfants qui percent leurs dents d'en haut les premières, ont un caractère malfaisant. Ils sont un malheur pour tout le pays, parce qu'ils sont en rapport avec la puissance mystérieuse du Ciel, et qu'ils empêchent ainsi la pluie de tomber. Le grand remède à ce mal, le seul moyen de contrebalancer leur influence, est d'enterrer ces enfants dans un terrain humide. Si on ne l'a pas fait, il faut que le chef donne l'ordre d'exhumer ces petits cadavres et de les enterrer près de la rivière... 2 »
Le signe peut-être le plus fatal est celui qui se manifeste au moment de la dentition. Livingstone n'avait pas manqué d'en faire la remarque. « Si un enfant perce les incisives d'en haut avant celles du bas, on le tue parce qu'il porte malheur. C'est là une superstition très répandue. Pendant que j'étais chez les Makololo, en 1859, une des femmes de Sekeletu défendit que l'enfant d'une de ses servantes fût tué pour cette raison. Mais peu de personnes ont le courage de s'opposer au sentiment public comme elle le fit. Dans le pays de Casembe, si l'on voit un enfant se tourner d'un côté sur l'autre en dormant, il est tué. On dit de tous les enfants qui présentent ce qu'on appelle ces tares, « ce sont des enfants « arabes », parce que les Arabes n'ont pas ce genre de superstition, et s'il y a un Arabe dans le voisinage, on lui fait cadeau de l'enfant. Autrement, il attirerait le malheur (milando) sur la famille 8 ». — « A Likwangwa,