MONSTRA ET PORTENT A
écrit M. Hobley, on trouve des personnes qui sont congénitalement impures et porte-malheur. Par exemple, si Tune de ces personnes compte des gens ou des animaux, elle attirera par ce fait même la mauvaise fortune sur ces gens et sur ce bétail : la maladie et la mort apparaîtront. LesKitui disent qu'ils n'ont pas de raisons de soupçonner une personne d'avance. Mais, s'il se produit une maladie dont on ne vient pas à bout, il leur arrivera de sauter tout à coup sur un individu qui sera le bouc émissaire. On fait venir l'accusé et on lui commande de cracher sur l'homme ou sur la bête malade : on croit que sa salive exorcisera le sortilège1. »
Il est assez difficile, d'après cette description, de savoir s'il s'agit d'une anomalie, d'un jettatore ou d'un sorcier. D'un côté, le principe malfaisant est considéré comme congénital : ce caractère se rencontre aussi chez les autres « porte-malheur »,et chez les enfants anormaux, « impurs » suivant l'expression frappante de M. Hobley. Mais d'autre part, dans le dernier cas cité, l'anomalie n'est pas visible, rien ne la trahit. Elle reste larvée, pour ainsi dire, jusqu'à ce que le malheur qui frappe autour de cet individu fasse soupçonner qu'il en porte en lui la cause : c'est précisément à cela que l'on reconnait les jettatori.
Enfin, quand on exige de ces personnes qu'elles crachent sur le malade, dans l'espoir qu'il guérira ensuite, on suit la méthode généralement employée dans les sociétés inférieures pour sauver la victime d'un maléfice, s'il en est encore temps. Lorsqu'un sorcier a été découvert et qu'il a été contraint d'avouer, on l'amène chez celui qu'il a ensorcelé, et on le force à défaire ce qu'il a fait. La transition est donc insensible entre l'enfant anormal et le sorcier, de même qu'entre l'animal thahn et le sorcier.