‹ La mentalité primitiveChapitre 111 sur 333 · Relations des jésuites, LVII (1672-3), p · texte numérisé non relu

Relations des jésuites, LVII (1672-3), p

3. Cf. une remarque profonde de Codrington : « 11 est certainement très difficile, sinon impossible, de trouver dans une langue mélanésienne un mot qui traduise immédiatement c< prière », tant la notion d'action efficace est liée étroitement à la forme employée. » The Melanesians, p. 145-6.

RÊVES PROVOQUÉS i"77

divination. « 11 s'en trouve qui jeûnent plusieurs jours auparavant que de jouer : la veille, ils s'assemblent tous dans une cabane et font festin pour connaître quelle sera l'issue du jeu... On choisissait pour manier le plat quelqu'un qui avait songé qu'il gagnerait1... » Ainsi on jeûne pour obtenir de rêver que l'on gagnera, comme l'on fait pour obtenir de voir en rêve le gibier ou les ennemis : avoir un rêve de ce genre équivaut à posséder un charme qui assure le gain. Pareillement, « une troupe de jeunes gens qui ont noirci leur visage (c'est une peinture de guerre) entre en notre cabane sur le soir, et ils disent qu'ils viennent doumir dans la chapelle, afin que Dieu leur apparaisse, et leur parle pendant leur sommeil, et leur promette de leur livrer leurs ennemis2. » Ces jeunes gens veulent obtenir du Dieu des pères une faveur semblable à celle que l'on demandait tout à l'heure au manitou-esturgeon, ours, cerf, etc. Le père ne dit pas si cette nuit de sommeil dans la chapelle avait été précédée de cérémonies propres à amener les rêves désirés. Mais on est en droit de le supposer, d'après l'usage généralement suivi en pareil cas.

Pour provoquer le rêve, les Indiens, le plus souvent, recourent au jeûne. «Ils (les Hurons) estiment que le jeûne leur rend la vue perçante à merveille, et leur donne des yeux capables de voir les choses absentes et les plus éloignées 3. » Il y a des rêves qui ne signifient rien, et sur la foi desquels on ne se risquera pas. Le rêve qui se produit à la suite du jeûne a une valeur mystique. 11 est nécessairement véridique, il est, à proprement parler, une vision. En cet état, l'Indien « voit » les êtres et les objets du monde invisible. Il entend ces êtres et il s'en-

Page 1