lbd., LIV (1669-70), p
Lévï-Bbcbl. — Mentalité. 12
tretient avec eux. Le jeûne l'a rendu capable de recevoir ces visions. 11 a une vertu purificatrice : il fait passer, selon l'expression de MM. Hubert et Mauss, de la région du profane à celle du sacré. Il exerce même une action sur les êtres du monde invisible.
S'agit-il, par exemple, d'obtenir dans un rêve provoqué ce que l'Indien de la Nouvelle-France désire le plus au monde, la révélation de ce qui sera son génie tutélaire, son totem individuel ? Voici comment, disent les pères, ils « créent la divinité ».
« Quand un enfant est parvenu à l'âge de dix ou douze ans, son père lui fait leçon et lui donne les .instructions nécessaires pour trouver qui sera désormais son Dieu. Premièrement, il le fait jeûner pendant plusieurs jours, afin qu'ayant le cerveau creux, il puisse plus aisément rêver pendant son sommeil. Car c'est alors que ce Dieu fantastique doit se découvrir à lui, de sorte que toute leur industrie et tout leur travail est de voir en dormant quelque chose extraordinaire qui leur tienne ensuite lieu de divinité *. » Le songe a pour fonction essentielle de faire voir qu'une certaine puissance mystique a consenti à devenir le totem individuel du jeune Indien, comme il devait révéler que le manitou-orignal voulait bien que les orignaux se laissent atteindre àla chasse. Ce n'est donc pas une pratique exclusivement divinatoire : elle ne doit pas être séparée des rites et des cérémonies qui la précèdent, et qui sont destinées à en assurer la véracité et la vertu.
Aujourd'hui encore, chez les Indiens de l'Amérique du Nord qui ont conservé leurs traditions assez pures, on retrouve des faits analogues à ceux que les pères jésuites du xvne siècle ont rapportés. En voici un recueilli chez les Hidatsa. « Mon père avait à peu près trente ans, lors-