R. Parkinson. Dreissig Jahre in der Stidsee, p
Comment se fait-il que la mentalité primitive témoigne d'une telle indifférence, on pourrait dire, d'une telle aversion pour les opérations discursives de la pensée, pour le raisonnement et la réflexion, alors qu'à nos yeux, c'est là une occupation naturelle et presque constante de l'esprit humain ?
Ce n'est pas incapacité ou impuissance, puisque ceux mêmes qui nous font connaître cette disposition de la mentalité primitive ajoutent expressément qu'il se trouve là « des esprits aussi capables des sciences que le sont ceux des Européens », puisque nous voyons les enfants australiens, mélanésiens, etc., apprejjdre aussi aisément que les enfants français ou anglais ce que le missionnaire leur enseigne. Ce n'est pas non plus la conséquence d'une torpeur intellectuelle profonde, d'un engourdissement et comme d'un sommeil invincible,vcar ces mêmes primitifs à qui la moindre pensée abstraite semble un effort insupportable, et qui ne paraissent pas se soucier de raisonner jamais, se montrent, au contraire, pénétrants, judidieux, adroits, habiles, subtils même, quand un objet les intéresse, et surtout dès qu'il s'agit d'atteindre une fin qu'ils désirent ardemment1.
Le même observateur qui parlait tout à l'heure de leur « stupidité » s'extasiera sur leur ingéniosité et sur leur goût. Il ne faut donc pas prendre le mot « stupidité » à la lettre. Ou plutôt, il faut se demander d'où vient cette stupidité apparente, et quelles en sont les conditions déterminantes.
1. « Vous pouvez toujours être sûr qu'un indigène de la Nouvelle- Guinée tire vite les conséquences de ce qu'il voit, et rien de ce qui l'intéresse personnellement n'échappe guère à ses yeux... On est parfois étrangement surpris de ce qu'ils savent. » H. Newton. In far New-Guinea, p. 202.