Ibd., p
individu de s'en aller sans en informer le chef, — bien mieux, sans que le chef soit certain que le voyageur peut se mettre en route sans inconvénient.
Gomment s'en assure-t-il? Par une opération que nous désignerions également bien sous le nom d'offrande, de consultation, ou de divination. C'est une offrande, puisque le chef présente de la nourriture à une puissance du monde invisible, à un mort (que le missionnaire appelle un dieu). C'est aussi une consultation : le mort est prié de dire s'il approuve l'entreprise projetée. Enfin ce n'est pas moins un procédé divinatoire, puisque, d'après la forme queprend le cône de farine, suivant qu'il est tronqué ou non, on saura si le voyage sera heureux ou non, on partira ou l'on y renoncera. Il faudrait même ajouter que c'est une prière, au sens habituel du mot quand il s'agit des primitifs : c'est-à-dire une demande de protection et d'assistance, rémunérée par une offrande, avec le sentiment plus ou moins obscur d'une action exercée sur la puissance que l'on prie.
Ailleurs, par exemple chez les Kavirondo de l'Afrique orientale anglaise, l'offrande estprésentée d'abord, et l'opération divinatoire a lieu ensuite, bien que l'opération ait lieu encore sur l'offrande même. « Un autre remède contre la maladie consiste à attraper vivant un petit animal appelé ifukho. Le malade et sa famille se réunissent devant la porte de la cabane. La personne qui a attrapé la taupe la tient par une patte, et le malade d'abord, puis cette personne, puis les autres crachent sur elle, chacun à son tour, en disant : « 0 nos ancêtres, assistez-nous, et faites que « cette taupe enlève la maladie. Nous, nous n'avons pas un « mouton à vous donner, mais acceptez cette taupe qui est « comme un mouton de la brousse. » (Les Kavirondo appellent Yifukhu mouton sauvage, bien que cet animal ne ressemble nullement à un mouton.) La taupe est alors placée
vivante dans un trou, et un pot renversé posé sur elle. Si elle se creuse un chemin sous terre dans une direction qui l'éloigné de la cabane, le malade guérira ; si c'est dans une direction contraire, le malade mourra : les ancêtres ont été sourds à la prière \ » Ce dernier mot est significatif. Ce qu'on demande aux ancêtres, ce n'est pas seulement de faire connaître « l'événement à venir » d'une affaire, c'est d'en accorder et d'en garantir le succès.
1. K. H. Dundas. The Wawanga and other tribes of the Elgon district. (British East Africa), J. A. I. XLIIT, p. 45.