‹ La mentalité primitiveChapitre 125 sur 333 · A. W. Nieirwenhuis. Quer durch Bornéo, IF, p · texte numérisé non relu

A. W. Nieirwenhuis. Quer durch Bornéo, IF, p

ailleurs, il fallait, de toute nécessité, s'en assurer avant de rien risquer, et tâcher de se les concilier. Pour ne citer qu'un exemple de ces faits bien connus, à Tahiti « on attachait toujours la plus grande importance à la volonté des dieux. S'ils étaient favorables, la victoire était sûre ; mais s'ils étaient défavorables, la défaite, sinon la mort, était certaine. Pour connaître leur décision finale, on employait la divination ou la magie, et, dans ces occasions, les Tahitiens affirmaient toujours qu'ils suivaient avec une entière confiance les avis venus d'en haut... On augurait souvent le succès ou l'échec d'une expédition d'après les contractions musculaires du cœur, ou d'après le foie de l'animal sacrifié, d'après les mouvements involontaires de la victime humaine se tordant dans les affres de l'agonie, ou d'après l'aspect de la victime égorgée, après qu'elle avait été placée sur l'autel \ » Ici eneore, la divination consiste à la fois à provoquer une révélation et à solliciter unappui. La victime transmet la question etrapporte la réponse.

Le P. Alexis Arnoux a donné, dans Anthropos, une description détaillée des pratiques divinatoires en usage au~ Ruanda (Afrique orientale allemande). Elle nous permet de bien comprendre les représentations collectives qui y sont impliquées. Par exemple, la victime dont on lit les entrailles ne sert pas seulement d'intermédiaire : elle joue en même temps le rôle de cause, et c'est là une confirmation précieuse de l'interprétation que nous avons donnée des présages fournis par les oiseaux *. « A noter, dit le P. Arnoux, les paroles que Ton adresse dans un certain nombre de cas à l'objet qui fournira les sorts. Comme la lecture de ces « prières » l'apprendra, on suppose que le

1. Rev. \V. Ellis, Polynesian researches, I, p. 303. t. Voyez supra, ch. IV, p. 134-L41.

taureau, le mouton, etc. peuvent, à leur gré. modifier leur intérieur, ou leur condition d'existence, à la demande du devin. On est donc persuadé que bnana (Dieu) permet cette transformation comme bon lui semble. On est donc persuadé également que cette victime qu'on immole est capable de produire comme cause vraiment efficiente le bonheur d'un individu, ce qui indiquerait dans quel sens il faut entendre les appellations qu'on délivre. « Ub bnana, ub bnana. » « Tu es Dieu, sois donc le Dieu qui guérit1, » (bnana représente ce que j'appelle les puissances occultes) . Par suite, on adresse une prière spéciale à l'animal qui va être sacrifié, et de qui dépend, au moins pour une part, que la réponse sollicitée soit favorable. « Le devin prend dans la main droite un premier poussin. Il se met un peu d'eau dans la bouche, puis il fait passer cette eau directement dans le bec du poussin ; cette eau mélangée de salive est précisément Vimbuto (dans la plupart des modes de divination il est requis que l'objet inanimé qui fournira la réponse soit mis en contact avec de la salive donnée par le client). Puis, pour s'assurer les sorts favorables, il parle très doucement à l'oreille droite du poussin, pour que, s'il en est besoin, avant que la dissection soit entreprise, il modifie ses entrailles, et les rende « blanches », c'est-à-dire d'heureux augure. » Le P. Àrnoux donne alors le texte de la prière, qui est très longue, et qui spécifie l'aspect que les entrailles doivent présenter pour satisfaire le consultant 2. Même procédure pour la divination par les entrailles d'un bélier 3. Lorsqu'on pratique la divination spéciale pour le roi, par le sacrifice d'un taureau, celui-ci «. debout, est admonesté par un mukongori (devin d'une sorte spéciale), qui lui parle doucement à l'oreille,

1. P. Alexis Arnoux. La divination au Ruanda. Anthropos, XII-XIII, p. 10.

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