‹ La mentalité primitiveChapitre 132 sur 333 · lbd., II, p · texte numérisé non relu

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natte étendue sur le sol. Je leur fisla remarque que c'était là un jeu de hasard, et qu'ils feraient mieux de renoncer à cette coutume. L'un d'eux me répondit : « Mais c'est là « notre livre ; nous n'en avons pas d'autre. Tulistous les « jours dans ton livre parce que tu y crois ; nous faisons la « même chose, nous avons foi en notre livre1. »

La réplique est frappante. Elle rappelle l'expression du jésuite de la Nouvelle-France disant que les songes sont la Bible des Indiens. Pour la mentalité primitive, il n'y a pas de hasard. Ce que nous appelons fortuit, est, au contraire, à leurs yeux, chargé d'une signification mystique. Jeter les osselets ne saurait donc être une occupation blâmable, futile ou même indifférente : aucune ne pourrait mieux employer le temps des indigènes ni mériter plus sérieusement leur attention. Le missionnaire peut-il faire mieux que de s'entretenir avec Dieu ? Dieu lui parle dans la Bible. (Un livre a, pour les indigènes, un caractère magique très prononcé.) Eh bien ! les ancêtres « parlent » aux indigènes par les osselets. Ou plutôt, la Bible parle, et les osselets parlent. Les consulter, ce n'est donc pas pratiquer un art absurde, ou s'amuser comme des enfants, c'est avoir la sagesse de ne rien risquer sans l'aveu des ancêtres.

Il n'est pas toujours aussi facile qu'en Afrique du Sud de discerner à qui les questions s'adressent, et quel secours est invoqué. Néanmoins, le sens des pratiques divinatoires reste le même, et celles dont l'interprétation n'est pas douteuse permettent d'en expliquer qui demeu-

1. E. Thomas. Le Bokaha. Bulletin de la Société de Géographie de Neuchâtel, VIII, (1895) p. 162.

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