CONSULTATIONS PAR ALTERNATIVE
reraient énigmatiques, si l'on ne voyait la transition dos unes aux autres.
Considérons, par exemple, les procédés de divination qui sont d'un usage quotidien chez les Papous de la Nouvelle-Guinée allemande. « Avant d'entrer en territoire ennemi, le Kai consulte le sort. Il y a recours également quand il flaire un danger quelconque. D'après le résultat de la consultation, il se trouve confirmé dans sa crainte, ou tranquillisé. Quand les Kai veulent savoir s'ils sont menacés d'une attaque imprévue, un homme prend une certaine racine, prononce sur elle une formule magique, et la plie. Sebrise-t-elle? il n'y a pas de danger qui s'approche. Reste-t-elle entière?, il faut être sur ses gardes. — On fait cuire des fruits des champs dans un pot sur lequel on a prononcé des formules magiques : le côté où l'eau commence à s'élever en bouillant est celui d'où le danger menace. — Ou bien, avant d'entrer en campagne, on empile toutes les armes qui seront employées sur un échafaudage élevé à la hâte, et on place au sommet un coquillage de guerre avec une amulette de guerre. Ensuite, on secoue l'échafaudage aussi longtemps qu'il faut pour que le coquillage tombe à terre. Tombe-l-il du côté qui est dans la direction du village des ennemis? c'est un signefavorable pour l'issue de la campagne que l'on entreprend. — Avant que les guerriers se mettenten marche, ils arrachent déterre un arbuste, enjoignant leurs forces. Ont-ils la chance de l'enlever du sol avec ses racines intactes ? leur attaque réussira. — Un procédé divinatoire qui s'emploie dans lescirconstances les plus diverses est le suivant : un bâton, auquel est attachée une poignée d'herbes, est tenu par deux hommes, qui lui impriment un mouvement violent de va-et-vient. Si l'herbe se détache, le sort sera favorable; si elle résiste, c'est mauvais signe. — Pour savoir si un malade peut espérer guérir ou non... on prononce une formule magique sur
une bande cTécorce d'arbre, et on passe cette écorce sur le dos du malade. Si elle a de la peine à glisser, comme si elle collait sur le corps, il faut s'attendre au pire, etc. l. » Dans une tribu voisine, chez les Jabim, « avant d'entreprendre une expédition, on essaie d'abord d'avoir une certitude sur son issue parle moyen d'un oracle. On prononce une formule magique sur un certain oignon, et on le met dans un pot plein d'eau avec des feuilles d'arbre, sur un feu. Les hommes se tiennent autour pour observer quand l'eau montera. Avant qu'elle soit bouillante, on fait, avec du rouge, un trait en diagonale sur l'ouverture du pot. Une moitié est désignée comme appartenant à l'ennemi, l'autre comme appartenant à la tribu elle-même. Le contenu du pot commence à écumer et bientôt à bouillir. Si c'est leur côté qui s'élève en écumant, tandis que, du côté de l'ennemi, le liquide déborde tout de suite, de sorte que leur côté, d'une certaine façon, recouvre celui de l'ennemi, le présage est heureux. Si c'est l'inverse, ou si le contenu du pot déborde également des deux côtés, on reste chez soi \ » — Pareillement, dans la même région de la Nouvelle-Guinée allemande, chez les Bukaua, « avant de partir, le corps expéditionnaire fait une tentative pour savoir s'il est à propos de risquer l'attaque. Au milieu de la place du village, on met sur le feu un pot qui est rempli de plantes d'espèces acres et amères. Quand l'eau commence à bouillir, la bande des guerriers se range sur un côté, et attend que l'écume du pot déborde. Déborde-t-elle de leur côté, c'est un signe que les ennemis sont sur leurs gardes : on renonce à l'expédition... En cas contraire, les guerriers boivent de ce liquide, qui doit leur infuser du courage 3. »
i. R. Neuhauss. Deutsch Neu Guinea, III, p. 132-33.