‹ La mentalité primitiveChapitre 137 sur 333 · Rev. J. Chalmers. Pioneering in New-Guinea, p · texte numérisé non relu

Rev. J. Chalmers. Pioneering in New-Guinea, p

dans ces cas, et dans une infinité d'autres analogues, ne diffèrent pas essentiellement de ceux qui servent quand il s'agit de connaître et d'assurer un certain résultat à venir.

Cette ressemblance s'explique d'abord par ce qui vient d'être dit de la représentation du temps propre à la mentalité primitive, quand elle perçoit des présages ou qu'elle en provoque, et quand elle interroge les puissances mystiques de qui dépend l'avenir. L'action de ces puissances lui paraît immédiate, au sens plein de ce mot. Elle s'exerce sans intermédiaire, par conséquent tout de suite, et l'événement futur qui sera produit par elle est déjà senli comme présent. S'il en est ainsi, les mêmes procédés de divination peuvent servir, qu'il s'agisse du succès de la campagne prochaine, ou de retrouver un cheval qui a disparu la nuit dernière. En outre, dans le cas d'événements à venir, les pratiques divinatoires impliquent une demande de secours et d'appui, et comme une prière adressée aux puissances invisibles. Ces éléments de la divination sont encore présents quand elle porte sur des faits passés ou des objets cachés. Seulement, au lieu de prier pour qu'une chose arrive, c'est-à-dire pour que les puissances invisibles la réalisent, le primitif leur demande de lui faire voir l'objet perdu ou le fait dont il n'a pas été témoin, mais que cette puissance peut lui révéler immédiatement. Peu importe donc que l'événement appartienne au futur ou au passé : il semble que, pour la mentalité primitive, le champ d'action des puissances mystiques constitue comme une catégorie du réel qui domine celies du temps et de l'espace, où les faits se rangent nécessairement pour nous. C'est en ce sens que leur expérience est plus ample, sinon plus riche que la nôtre. Elle contient davantage à la fois. Elle a des cadres moins rigides, ce qui lui permet de loger dans la même

Lévy-Bruhl. — Mentalité. 15

réalité le visible et l'invisible, ce que nous appelons la nature et le surnaturel, en un mot, ce monde et l'autre. De là, les caractères communs à toute divination. Même quand il ne s'agit pas de l'avenir, ses procédés ne tendent pas seulement à connaître ce qui est présentement ignoré, ils s'efforcent en même temps d'obtenir l'aide des puissances qui peuvent lever le voile.

Quelques exemples mettront cela mieux en lumière. En Nouvelle-Guinée allemande, « le concours d'un sorcier est d'une importance particulière quand il s'agit de découvrir un voleur. Un vol a-t-il eu lieu, sans qu'on puisse désigner le coupable, on se rend chez celui qui possède le charme capable de le révéler. Ce sorcier prend sa hache, et il en frappe une liane, en prononçant un nom à chaque coup. Si la hache atteint la liane, le nom est celui d'un innocent; si elle la manque, l'homme nommé juste à ce moment est le coupable. Ou bien, il prend des feuilles, prononce sur elles des formules magiques, et frappe avec ce rameau sur son bras gauche. Si une feuille se détache, l'homme nommé en même temps n'est pas le coupable; mais si toutes les feuilles, malgré le coup, restent attachées au rameau, l'homme nommé à ce moment est le voleur », » Tout prës de là, chez les Kai, « quand un vol a eu lieu, pour en trouver l'auteur, l'indigène consulte le sort. Les procédés sont extrêmement variés. Par exemple, on attache au bout d'une corde une noix de coco pleine d'eau, et on lui imprime un mouvement de rotation, pendant que l'on prononce les noms de tous les habitants du village. Celui au nom de qui l'eau se répand au dehors est le coupable. Ou bien, on plante un bâton dans le sol et l'on place un vase dessus. On appelle les noms des habitants du village. Tant que celui du voleur

1. R. iNeuhauss. DeutschNeu Guinea, HT, p. 251-i>2. (Environs du cap Kônig Wilhelm).

Page 1