‹ La mentalité primitiveChapitre 138 sur 333 · DÉCOUVRIR LE COUPABLE D UN VOL · texte numérisé non relu

DÉCOUVRIR LE COUPABLE D UN VOL

n'est pas prononcé, le vase oscille et menace de tomber; au nom du voleur, il se tient en équilibre et reste immobile1. » Chez les Bukaua, voisins des Kai, «pour découvrir un voleur, les indigènes prennent une marmite dont le fond est rayé de rouge. Une tige est plantée dans le sol, au milieu de la place du village, et la surface supérieure de cette tige, rayée elle aussi de rouge, est parfaitement lisse. Un habitant du village essaye de faire tenir la marmite sur cette surface, et en même temps il appelle à tour de rôle les noms de tous les autres. Les indigènes, qui sont irrités par le vol, sont assis tout autour, et surveillent l'opération. La marmite menace continuellement de tomber : aussitôt que le nom du coupable est prononcé, elle s'arrête et demeure immobile. Aussitôt on fouille le filet du suspect, et l'on perquisitionne dans sa maison du haut en bas. Que l'objet volé s'y trouve ou non, le soupçon reste attaché àlui : l'opprobre esteffroyable. Cethommeestobligé de quitter le village, sinon pour toujours, du moins pour longtemps, jusqu'à ce que l'affaire soit insensiblement tombée dans l'oubli2. »

Là où nous ferions une enquête, le Papou « consulte le sort ». Mais on sait que, pour lui, « sort » ne veut pas dire « hasard ». Au contraire, c'est un appel aux puissances mystiques, et le caractère magique de l'opération en garantit l'infaillibilité. Elle commence toujours par des rites qui mettent le sorcier, les assistants, et tout ce qui va s'accomplir en contact avec le monde invisible. On est ainsi transporté dans la région du sacré, et, par suite, la révélation qu'on obtiendra sera nécessairement véridique. Peu importe que l'expérience la confirme ou non. Si l'on analyse les représentations collectives qui sont ici en jeu, on verra que les méthodes employées découlent naturelle-

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