lbd., III, p
ment de la mentalité des indigènes, et qu'ils ne peuvent pas ne pas avoir en elles une confiance inébranlable.
Pourquoi sont-ils animés d'une telle colère contre le voleur inconnu, et si désireux de le découvrir? Agissentils au nom d'une justice sociale qui exige que la violation d'un droit soit suivie d'une sanction ? Obéissent-ils à un sentiment impérieux, qui réclame le respect de la propriété privée? — Mais, dans les sociétés du genre de celles des Papous, la propriété, comme on sait, diffère de ce qu'elle est dans les nôtres. Le nombre des objets qui peuvent être possédés tour à tour par diverses personnes est extrêmement petit. A l'intérieur du groupe social, il n'y a guère d'achat ni de vente, ni de vie proprement économique. Si Ton fait abstraction de ce qui est propriété commune — les territoires de chasse, par exemple — chaque individu possède bien quelques objets qui sont à lui : mais ils lui « appartiennent » en un sens mystique, et plus profond que celui où nous prenons le mot. Ils participent plus ou moins de son essence. Ils lui appartiennent comme sa tête et ses membres, comme sa femme et ses enfants, comme les rognures de ses ongles, ses cheveux, ses poils, sa graisse, ses excréments. Le pagne dont il se couvre est imprégné de sa sueur, et par suite, fait partie de lui-même '. Pareillement, la lance dont il se sert à la chasse, le filet qu'il emploie à la pêche : qui y touche, touche à lui-même. Qui cherche à les prendre, est suspect des intentions les plus sinistres. Qui s'en est emparé, a désormais le pouvoir de lui faire tout le mal possible, et lient sa vie à discrétion. En quelles mains vont tomber ces véritables parties de sa personne? Qui sait si le voleur, ou un complice, ne l'a pas déjà « condamné » ?
1. G. LanJtman. The folk laies of the Kiwai Papuans. Acla socielalis scientiamm fennicœ, XLVII, p. 313-3. Cf. Ibd., p. 268.