Missions évatiç/éliq ues, LXIV, p
2. Dalton. Descriptive Elhnology of Bengal (Hill Miris), p. 31.
3. Fiilleborn. Dos deutsche Njassa und Ruwumagebiet . Deutsch Osl Afrika, IX, p. 310 (note).
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Le missionnaire Schumann se sert ici du mot oracle pour désigner une ordalie, qui est en effet, évidemment, un présage provoqué.
Voici encore, à ce sujet, une observation caractéristique, recueillie dans l'Inde, chez les Khonds. « Le serment •(ordalie) de la poule. Ceci est un petit serment pour voir s'il y a lieu d'en faire un plus grand. On veut forcer une personne, par exemple, de faire le serment du tigre ou du fer. Que fera cette personne? Elle prendra une poule, et lui plongera trois fois les pattes dans l'eau bouillante en disant : « Bura d'en haut, Bura d'en bas, tu as créé la terre, tu as fait les feuilles, les arbres, les vaches, etc., aujourd'hui je fais un serment : si je suis coupable, que les jambes de cette poule soient brûlées! » Siellessontbrûlées, il se croira coupable et rendra l'objet contesté : sinon, il fera le grand serment du tigre i. » Ainsi, avant de se soumettre à une ordalie qui peut être mortelle (passer la nuit hors du village, exposé à l'attaque du tigre), .l'indigène en pratique lui-même une autre, d'où il fait dépendre sa décision : celle-ci est, sans aucun doute, une simple pratique divinatoire, par alternative. Mais le « grand serment » n'eslii pas, à ses yeux, exactement de même nature que le « petit serment », au danger près? Autrement, comment l'indigène pourrait-il, sans hésiter, préjugerd'après le petit quel sera le résultat du grand"?
Pour conclure sur ce point, on lit dans le dictionnaire de la langue du Congo, composé par Bentley, que l'ordalie (parle poison, par le fer chaud, par la perle introduite dans le coin de l'œil, etc.), s'appelle nkasa, et que la consultation du sort, par un procédé quelconque, se désigne aussi par le mot nkasa, en y joignant le nom des instruments employés à cette consultation. Nkasa za nianga
i. P. Rossillon. Mœurs et coutumes du peuple Kui (Khoads). Anthropos, VII, p. 661-62.
consulter le sort par le moyen de l'herbe nianga L. Le même mot sert donc à exprimer l'idée de divination et celle d'ordalie. Entre les deux, l'indigène du Congo ne distingue pas, du moins quant à l'essence de l'opération. La matérialité des procédés peut différer : — elle est déjà très variée en ce qui concerne ce qu'on appelle proprement divi* nation; — mais la fin poursuivie demeure la même. Toutefois, il serait peu exact de dire que la divination est un genre dont l'ordalie est une espèce. Ce mode de classification convient mal aux formes d'activité de lamentalité primitive, qui n'est guère conceptuelle. La divination et l'ordalie appartiennent toutes deux à un même type de pensée et d'action, où cette mentalité se met en contact avec les puissances invisibles dont elle sollicite à la fois la décision et l'appui.
S'il en est ainsi, l'ordalre servira à trancher les litiges les plus divers. Par exemple, à Bornéo, chez les Dayaks, « deux jeunes gens étaient rivaux et se disputaient la main d'une jeune fille : ils se lancèrent un défi. Le vainqueur serait celui qui pourrait rester le plus longtemps sous Feau. Cette sorte singulière de duel n'est pas particulière aux Kantu Dayaks, elle se pratique aussi chez les Batong Lupar, les Seribas et dans d'autres tribus de Sarawak... Au premier signe d'asphyxie que donne un des deux rivaux, les seconds qui sont là tout près les retirent de l'eau tous les deux. En général, aucun ne voudrait revenir de sort propre gré à la surface de l'eau, et ils aiment mieux se noyer que de s'avouer vaincus : c'est un point d'honneur pour eux de ne pas être battus dans une épreuve de ce genre. » On y recourt en maintes circonstances, et en général quand il n'y a pas moyen de régler autrement un conflit. « Le plus souvent, avant cette épreuve, on essaie
4. W. H. Bentley. Dictionary and grammar of the Kongo language,
p. îi05-6.
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de trancher la question par un combat de coqs ; s'il ne donne pas de résultat satisfaisant, on en vient alors à l'épreuve plus grave de la plongée '. »
Cette dernière ordalie sert donc, en quelque sorte, de seconde instance, la décision étant d'abord demandée à un combat de coqs. Or ce combat a pour but de faire apparaître de quel côté sont les puissances invisibles. Le coq vainqueur ne l'emporte sur l'autre que par le consentement et l'appui de ces puissances, et, en vertu d'une participation constante, chacun des deux adversaires est identifié avec son coq. L'épreuve est donc de tout point comparable à la divination par alternative : l'ordalie par plongée, à laquelle on recourt en appel, est du même type.
En voici une autre, « qui règle pacifiquement beaucoup de disputes. On fait deux petites chandelles de cire, d'égale longueur et d'égale grosseur. On les allume en même temps, et l'on fait tenir Tune par le plaignant, l'autre par le défendeur. Celui dont la chandelle s'éteint la première a tort, et, autant que j'ai pu voir, il accepte toujours la sentence sans murmurer. Sir Spenser Saint-John cite aussi cette forme d'ordalie 2. » On ffe peut s'empêcher de penser à Brid'oison qui, dans Rabelais, juge les procès au sort des dés. Mais sa méthode serait loin de paraître ridicule aux primitifs. À leurs yeux, c'est la plus naturelle, au contraire, la plus simple et aussi la plus sûre. L'opération magique par laquelle on « consulte le sort », quel qu'en soit l'instrument, chandelle, dés, osselets, coqs, etc., équivaut à la vision que l'on obtient dans un songe, ou à la réponse que donnent les ancêtres quand on les évoque. Elle fait connaître, en un mot, en cas de lutte entre les
l.O. Beccari. Wanderings in the forests of Bornéo, p. 177, p. 179. — Cf. Spenser Saint-John. Life in the forests of the Far Easl, I, p. 191. i. W. Chalmers, in H. Ling Roth. The natives of Sarawak, I, p. 235.
2a6 LES ORDALIES
deux hommes, lequel triomphe, lequel succombe. Chalmers dit expressément que la sentence est toujours acceptée sans difficulté. Le perdant s'incline. 11 ne proteste pas au nom de son bon droit. L'épreuve a précisément pour effet défaire voir de quel côté est le bon droit. Refuser de se rendre à son résultat équivaudrait à se déclarer en révolte contre les puissances invisibles qui se sont prononcées par elle. L'indigène ne discute pas, et il n'a garde de s'obstiner; il ne pourrait qu'attirer sur lui de nouveaux malheurs. Pour nous faire quelque idée de cet état d'esprit, qui nous paraît si étrange, remarquons qu'il n'est pas très loin de celui des joueurs. Eux aussi, ils sollicitent le verdict des dés ou des cartes. Si le jeu a été loyal, le perdant peut être affligé, atterré, furieux ; il ne proteste cependant pas contre leur décision. La seule façon qu'il conçoive de la remettre en question est de recommencer la partie, s'il le peut, et de tenter encore une fois le sort. De même, en certains cas, on en appelle d'une première ordalie à une seconde.
En cas de contestation pour des dettes, ou dans d'autres litiges de médiocre importance, on emploie souvent à Bornéo (SarawaK) une des ordalies suivantes :
« 1° Deux pièces de monnaie de même grandeur et couvertes de cire, mais dont l'une a été nettoyée et rendue brillante, sont mises dansun vase plein d'eau et de cendres. Alors les deux parties tirent chacune du vase une des pièces, et la remettent aux mandirs (juges). Ceux-ci déclarent que celui-là a dit la vérité qui a réussi à retirer la pièce brillante.
« 2° Les deux parties sont plongées dans l'eau et y sont maintenues par une canne placée horizontalement sur leurs têtes. Celui qui sort de l'eau le premier est considéré comme coupable.
« 3° Les deux parties sont placées dans des stalles à une
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distance de sept toises l'une en face de l'autre ; ces stalles sont faites de planches et arrivent à la hauteur de la poitrine. Puis on leur donne à chacun un bambou pointu de la longueur d'une lance, qu'ils doivent jeter sur leur adversaire à un signal donné. Celui qui est blessé est considéré comme coupable.
« 4° A une distance de deux toises l'un de l'autre, deux chemins parallèles sont tracés, d'une longueur de soixante-dix toises. Au bout de ces chemins, au milieu de l'intervalle qui les sépare, on plante une lance verticalement dans le sol. A un signal donné, les deux parties prennent leur course. Celui qui arrive au but le premier et qui touche la lance est regardé comme innocent.
« 5° On choisira deux poules, de même taille et de même couleur ; chacune représente la cause d'une des parties. On les place de façon que leurs cous soient parallèles et que la tête de l'une touche l'épaule de l'autre. Puis on tranche les deux têtes d'un seul coup. Celui dont la poule meurt la première a perdu sa cause... etc.. l. »
11 serait facile d'allonger la liste de ces ordalies : celleslà suffisent sans doute à en montrer la diversité apparente et l'identité foncière. Il s'agit toujours de faire apparaître qui est « coupable », qui est « innocent », termes équivalents à ceux de « perdant» ou de « gagnant ». Quelle que soit l'épreuve, son caractère mystique en garantit l'infaillibilité, puisque, comme les pratiques divinatoires, elle révèle la décision des puissances invisibles. Par exemple, si l'un des deux adversaires gagne la course, ce n'est pas parce qu'il est plus agile que l'autre et court mieux que lui ; c'est que les puissances qui lui sont favorables l'emportent sur celles qui protègent son adversaire. Ici encore, si nous rapportons les effets à leurs causes que nous
i. C A. L. M. Schwaner. Ethnographical notes in Ling Roth ; The natives ofSarawafi, II, p. CLXXXVIII.
Léw-Bhuhl. — Mentalité. 17
appelons « naturelles », nous nous écartons du chemin que suit la mentalité primitive, et alors elle nous parait absurde. Mais, au contraire, elle est conséquente avec ellemême, puisque, sans prêter attention aux causes secondes, elle s'est attachée exclusivement à la considération des forces mystiques. L'ordalie, comme la divination, a pour objet de provoquer une manifestation de ces forces.
On trouvera donc, dans nombre de sociétés inférieures, des épreuves semblables à celles que l'on a observées à Bornéo. Au Congo, par exemple, « si deux hommes sont en litige, obstinés chacun dans leur prétention, sans qu'on puisse tirer la chose au clair, le juge les cite à comparaître en sa présence. Eux venus, il leur pose à chacun sur la tête une carapace de tortue, frottée de certaines poudres, et il leur commande à tous deux en même temps de baisser la tête. Celui qui, pour son malheur, laisse le premier tomber la carapace, est traité de grand menteur *4,
Si nous revenons maintenant aux ordalies employées en matière criminelle, elles sont si semblables aux autres qu'on ne saurait guère les interpréter différemment. Au reste, la notion même des affaires criminelles reste vague. Sans doute, ces sociétés Connaissent aussi des contestations que nous appellerions de droit civil. Celles-ci se règlent en général par des palabres, où chacun des intéressés défend sa cause qu'il plaide lui-même abondamment, fait comparaître des témoins, etc., et le jugement est rendu par le chef, le plus souvent assisté des anciens. Mais il arrive que ces procès aboutissent, eux aussi, pour
4. Merolla da Sorrento. Relazione del viaggio nel regno di Congo (1692), p. 100-101.
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"être tranchés, à une ordalie, et presque toujours les parties peuvent l'exiger. La confusion constante que j'ai signalée tout à l'heure entre « coupable » et « perdant », montre assez que des distinctions juridiques tout à fait élémentaires à nos yeux demeurent étrangères à la mentalité primitive.
« Lorsqu'une personne est accusée de quelque crime, et que les accusations ne sont pas assez claires, l'accusé est obligé de se purger par serment (c'est-à-dire par une ordalie) : ce qui se fait de cinq manières différentes, les quatre premières dans des affaires civiles et. de peu de conséquence, et la dernière dans des affaires criminelles, comme le crime de trahison ou d'attentat sur la vie du roi, et d'autres crimes de cette nature. Il n'y a que les personnes de considération à qui il soit accordé de faire ce dernier serment, et encore faut-il qu'elles aient pour cela le consentement du roi.
1° On conduit l'accusé chez le prêtre qui prend une plume de poule, et, après l'avoir graissée, en perce la langue de l'accusé : si la plume perce facilement, c'est une marque d'innocence, et le trou que la plume a fait guérit et se ferme sans douleur. Mais si l'accusé est criminel, la plume ne peut passer, et on le condamne tout aussitôt.
2° Le prêtre prend un morceau de terre, dans lequel il fait entrer sept ou neuf plumes de poule, que l'accusé est obligé de tirer l'une après l'autre ; si elles sortent facilement, c'est une marque de son innocence, mais si elles ont de la peine à sortir, c'est une preuve qu'il est criminel.
3° On fait entrer dans les yeux de l'accusé du suc de certaines herbes ; si cela ne lui fait pas de mal, il est innocent ; mais si cela rend ses yeux rouges et enflammés, il est obligé de payer l'amende à quoi il est condamné.
4° Le prêtre prend un bracelet de cuivre tout brûlant, et en frotte trois fois la langue de l'accusé; et on juge dans la suite si cela lui a fait du mal ou non pour le condamner ou pour l'absoudre.
« J'ai vu faire ces quatre épreuves pendant que j'y étais, mais tous ceux sur qui on les fit furent déclarés coupables... Pour la dernière et cinquième épreuve, je ne l'ai pas vu faire, car à peine en voit-on un exemple dans vingt ans ; ainsi je n'en sais rien que par ouï-dire l. »
Dans ces ordalies, comme dans les précédentes, on reconnaît tout de suite le type des pratiques divinatoires par alternative. Après avoir accompli les rites de passage qui ouvrent l'accès de la région des forces mystiques, le « prêtre » pose la question de telle sorte, que l'événement manifestera leur réponse par oui ou par non. Mais ces ordalies diffèrent de celles qui ont été citées tout à l'heure, en ce que toutes (à l'exception de la seconde) s'exercent sur la personne même de l'accusé. C'est la réaction qu'il présentera — s'il est blessé ou non, si la blessure guérit vite ou lentement, etc. — qui révélera s'il est innocent ou coupable. Il n'est pas indifférent que l'ordalie porte ainsi sur l'accusé lui-même, car nous voyons que, dans certains cas, elle peut avoir lieu par procuration : il est loisible alors à l'accusé de se faire remplacer et représenter. Dans d'autres cas, au contraire, cette faculté lui est refusée, et il faut qu'il subisse l'épreuve en personne. Quels sont ces cas ? L'examen de cette question permettra peutêtre de démêler un peu mieux la nature de ces ordalies.
« Pour des délits sans gravité, dit Macdonald, le poison peut être pris par procuration, on peut l'administrera un chien ou aune volaille, ou à quelque animal représentant l'accusé. En ce cas, l'animal est lié par une corde au cri-