P. Pogge. Im Reiche des Muata Jamuco, p
FONCTION MYSTIQUE DE l/oRDALIE 263
mourez, poules, c'est que mon frère aîné a tué mon second frère. Si le poison ne vous fait aucun mal, mon frère est innocent, et mon autre frère n'a fait que mourir... » Naturellement toutes les poules moururent, et l'accusé fut amené devant les chefs1. » Ceux-ci ont dû le soumettre à une ordalie pour laquelle il ne lui était pas permis de se faire remplacer.
Cependant, l'épreuve divinatoire qu'est l'ordalie, qu'elle porte sur le prévenu lui-même, ou bien sur un esclave, un enfant, un chien, un coq qui le représente, a la môme valeur, en vertu de la participation établie entre lui et son substitut. Il faut donc, dans les cas où l'autorisation e~t refusée, que l'ordalie, outre sa fonction divinatoire, ait encore un autre objet, et qu'il ne puisse être atteint que si elle s'exerce sur la personne même de l'accusé.
En fait, ceux pour qui l'épreuve par procuration n'est pas admise sont, presque exclusivement, les accusés suspects de sorcellerie. Il faut qu'ils subissent eux-mêmes l'ordalie. Or, dans ce cas, d'après des témoignages nombreux et formels, ellen'a pas uniquement pour objet de révéler si l'accusé est coupable ou non. Elle a encore une autre fonction, non moins importante que la première : elle doit combattre et détruire le principe malfaisant qui est logé dans le sorcier, et la véritable cause de tous ses crimes. C'est pourquoi, même quand le sorcier est démasqué, confondu, condamné, même quand il a avoué, il n'en est pas moins nécessaire que l'ordalie ait lieu. S'il ne s'agissait que d'obtenir une certitude, si l'opération était purement divinatoire, elle serait désormais sans raison. Pourtant on la regarde encore comme indispensable : c'est donc qu'il ne suffit pas de se défaire du sorcier. Il importe autant, sinon davantage, d'atteindre et d'annihiler le principe nocif dont