Rev. J. Macdonalil. A f ricana, I. p
3. H. A. Junod. The life of a South African tribe, I, p. 416-17.
aussi : « Le cadavre seulement est resté, son vrai moi a été volé et mangé. » Il a été « enlevé » (comme une feuille emportée par le vent). Le lendemain matin, il se lèvera, et quelques jours après, il mourra, mais ce qui mourra n'est plus que son ombre : lui-même, il a été tué pendant cette terrible nuit. Il a déjà été mangé... Ici nous retrouvons l'idée de la dualité de la personne humaine. Comment est-il possible qu'un homme qui a encore des jours ou des mois à vivre soit considéré comme entièrement mangé, je ne prétends pas l'expliquer. Telle est. en tout cas, l'idée des indigènes. Un de mes informateurs essaya de résoudre la difficulté en disant que ce que le sorcier prend pour le manger, c'est l'intérieur du corps, les boyaux; la carcasse extérieure subsiste seule, et l'homme ne tardera pas à mourir. La plupart des indigènes, quand vous leur expliquez l'absurdité de leur idée, se mettent à rire, et c'est tout1. »
Elle est loin d'être absurde pour eux. Ils ignorent le rôle physiologique des organes internes; ils n'y prêtent aucune attention. A leurs yeux la vie, comme la mort, dépend avant tout de conditions mystiques. Et ne savons-nous pas que, dans leurs représentations collectives, les morts vivent? Qu'y a-t-il alors d'impossible à ce que des personnes qui sont déjà en grande partie des morts, sous l'action magique du sorcier cannibale, gardent l'apparence extérieure de vivants pour quelque temps encore ?
Mais voici ce qui épouvante peut-être le plus les indigènes. Ces sorciers contre qui il est si malaisé de >e défendre, et qui sont, au témoignage de M. Junod, « nombreux dans chaque tribu », qui peuvent se charger de crimes pendant de longues années sans être découverts, peuvent aussi s'ignorer eux-mêmes. Ils agissent alors en
i. lbd., 11, p. 466-67.
instruments inconscients du principe qui habite en eux. En fait, « ils mènent une existence double, l'une de jour, où ils sont des hommes comme les autres, et une nocturne, où ils font leur besogne de sorciers. Savent-ils dans la journée ce qu'ils ont fait pendant la nuit? Il est difficile de répondre à cette question, car il ne semble pas que l'esprit des indigènes possède une idée claire sur ce point. Cependant l'idée traditionnelle, véritable, est que le sorcier ne sait pas ce qu'il fait; il ne sait même pas qu'il est sorcier tant qu'il n'a pas été décelé comme tel... Il est donc inconscient. Une fois revenu à sa vie habituelle de chaque jour, son activité nocturne ne lui est pas connue. Par exemple, mes informateurs m'assurent que, pendant qu'il agit en sorcier, un homme peut avoir envoyé un crocodile tuer un autre homme, et qu'il sera le premier à témoigner sa sympathie au pauvre blessé, et à déplorer ce triste accident. Et quand le devin le désignera comme ayant causé cette mort par sa sorcellerie, dont il était parfaitement ignorant, il sera frappé de stupeur. Toutefois il semble que les sorciers qui ont exercé leurs horribles pratiques pendant longtemps soient au courant de ce qu'ils font, et même qu'ils en soient fiers, par conséquent, plus ou moins conscients de leur vie en partie double. Il y en a qui vont même plus loin : ils renoncent à leurs méfaits et deviennent magiciens (au bon sens du mot) mettant à profit le savoir qu'ils ont acquis pour déjouer les maléfices d'autres sorciers1. » — Des idées toutes semblables sont répandues, comme on l'a vu plus haut, en Afrique équatoriale. Ainsi, « les Bushongo partagent la croyance, qui règne à un si haut degré en Afrique, que les individus peuvent devenir possédés, même sans le savoir, par un esprit malin, et causer ainsi la mort d'autres personnes.