‹ La mentalité primitiveChapitre 170 sur 333 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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gène un trait fort aimable : c'est qu'il ne reste pas d'animositédans leur cœur, et qu'ils ne se dérobent pas au châtiment. À la fin d'un combat ou châtiment (il s'agit évidemment d'une ordalie telle que Dawson Ta vue), on peut voir ceux qui ont infligé les blessures occupés maintenant à les sucer et donnant aux blessés tous les soins que leur état exige1. »

L'ordalie même est décrite par Thomas en termes tout semblables à ceux de Dawson : « La punition d'un meurtre consiste en ce que tous les membres de la tribu jettent une lance et un wonguim sur le meurtrier. S'il s'en tire sans blessure grave, le plus proche parent mâle de la victime peut, avec son bâton ou*Ieonile frapper le meurtrier à la tète (mais pas ailleurs), jusqu'à ce qu'il en soit fatigué. Pendant ce châtiment, le meurtrier n'a le droit de lancer aucune arme ; il peut seulement parer les lances, etc., avec son bouclier. J'ai connu un cas où une centaine de lances furent jetées sur un homme qui sut les parer toutes". »

W.-M. Thomas parle de « châtiment » etde « punition » ; l'épreuve n'a donc nullement pour objet de faire connaître si l'homme est coupable ou non. Comme les autres observateurs, il insiste sur ce fait que ce qui importe le plus, ce n'est pas le résultat de l'épreuve, c'est que l'épreuve même ait lieu. Que le meurtrier réussisse ou non à parer toutes les lances, ce point reste secondaire. L'essentiel est qu'il ait été soumis à l'ordalie selon les règles. Ce n'est donc pas non plus ce que nous appellerions, à proprement parler, un châtiment.

Dans la même région, certains cas d'adultère sont suivis d'une ordalie analogue aux précédentes. « Si la femme abandonne son mari pour suivre un rival préféré, il appar-

1. W. M. Thomas. A brief account of tke aborigines of Australia felix, xaLetters from Yictorian pioneers, p. 08. ■2. Ibd., p. 67.

tient à sa famille de punir le couple coupable : la femme, d'ordinaire, est frappée à coups de lance par son père ou son frère, et si le châtiment n'a pas de conséquences fatales, rendue à son mari légitime. L'homme doit subir l'épreuve d'un certain nombre de lances jetées sur lui, et on lui laisse simplement un petit bouclier pour se protéger; ou bien il doit accepter le combat singulier avec un parent de la femme, ou avec un membre de la tribu choisi à cet etïet1. » M Howitt dit aussi : « En cas d'enlèvement d'une femme mariée, l'usage était, chez les Wollaroi, que le séducteur fit face à un certain nombre de parents de la femme, armés de lances, tandis que lui-même n'avait qu'une lance pour parer leurs coups2. »

Au Queensland, M. W.-E. Roth a observé la même pratique, et il l'a décrite avec saprécision habituelle. « L'indigène déclaré coupable peut, au prix d'un prodigieux effort physique et mental, et avec l'aide de ses deux seconds, réussir à échapper, sans blessure grave, aux trente ou quarante lances qui ont été jetées sur lui pendant qu'il s'y est exposé, c'est-à-dire pendant une bonne heure ou plus. S'il arrive sans dommage au bout de l'ordalie, — ce qui dépend en grande partie de sa conduite antérieure et de l'influence d'amis puissants, — ses accusateurs, finalement, accourront, se jetteront à son cou, en versant d'abondantes larmes, et feront la paix avec lui. Ils trouveront alors un autre coupable : ce sera généralement dans la tribu la plus faible du voisinage, et le membre de cette tribu le plus dépourvu d amis. Dans ce district, il faut, après la mort de tout personnage considérable, que quelqu'un soit tué 3. » D'après

i. W. E. Stanbridge. On the aborioines of Victoria. Transactions of the Ethnological society, I, (1861), p. 288.

-. A. W. Howitt. The native tribes of South East Australia, p. 217, cité par E. S. Hartland. Primitive paternity, I, p. 295.

o. W. E. Roth. Xorth Queensland Ethnography. Bulletin 9, n°6, p. 387.

les termes du Dr Roth, il s'agit bien ici d'une ordalie, mais ilressortaussidecestermes qu'ellen'apaspourbut d'établir la culpabilité d'une certaine personne. Elle est destinée à satisfaire un mort dont la colère serait redoutable, et qu'il ne faut décevoir à aucun prix. Il exige une vie : si l'ordalie n'a pas de résultat mortel, on vachercher ailleurs une victime qui ne coûte pas trop cher.

Même cérémonie dans les tribus de l'Australie occidentale observées par Févêque Salvado. « Si les parties conviennent que le délinquant soit puni, alors le chef de la famille outragée le condamne à une peine proportionnée au délit, et qui quelquefois consiste à lui traverser la cuisse avec le ghici. Il est placé à distance comme but, et l'offensé lui lance autant de ghicis qu'il en a à sa disposition ; tant mieux pour le patient s'il estassez adroitpour les éviter tous. Les ghicis épuisés, la vengeance est assouvie; il ne se parle plus de rien. La paix est faite1. » Parfois l'épreuve est un combat où accusateurs et accusés sont accompagnés de leurs parents et de leurs amis ; mais la lutte s'arrête au premier sang. C'est surtout quand plusieurs tribus sont intéressées dans l'affaire que les choses se passent ainsi. « Les femmes commencent à échanger des insultes, et excitent les hommes à un tel point que, hors d'eux-mêmes, chantant avec frénésie, ils s'élancent par bonds irréguliers, fontmillecontorsions, courent incertains d'un endroit à un autre, et, prenant leur barbe entre leurs dents, le ghici en arrêt, tantôt ils s'avancent les uns contre les autres, tantôt ils s'éloignent, toujours en criant et bondissant, jusqu'à ce qu'un ghici lancé donne lieu à une épouvantable mêlée. Les armes volent desdeux côtés; les femmes cependant, courant et tempêtant, donnent courage aux hommes et les pourvoient d'armes en ramassant

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