Salvado. Mémoires historiques sur l'Australie, p
celles qui sont lancées par. les « adversaires ». Au milieu de ce tumulte, dès que l'un tombe à terre blessé ou mort, le combat cesse à l'instant; les rancunes sont déposées, et chacun s'empresse de porter secours au blessé1. »
Ce furieux combat n'est en réalité qu'une ordalie. Le dernier trait en est une preuve. S'il en fallait une autre, il suffirait de rappeler que les Australiens, comme presque tous les primitifs, ne connaissent pas les batailles rangées et évitent toujours la lutte à découvert. La guerre véritable ne se fait que par surprises et embuscades, le plus souvent par des attaques au point du jour contre un ennemi sans défiance. La « mêlée épouvantable » dont l'évêque Salvado a été témoin était une cérémonie rituelle, jugée indispensable par les deux tribus qui y jouaient un rôle.
Un des premiers et des meilleurs observateurs qui aient' décrit les tribus australiennes du Sud, Grey, dit aussi : « Tout autre crime (que l'inceste) peut se payer par le fait que le coupable comparaîtra et se soumettra à l'ordalie suivante : toutes les personnes qui se considèrent comme lésées par lui pourront jeter sur lui des lances, ou bien il laissera percer à coups de lance certaines parties de son corps, par exemple la cuisse, le mollet, ou le dessous de bras. L'endroit qui sera traversé par la lance est fixé, pour chacun des crimes ordinaires. Parfois un indigène qui a encouru cette peine tend froidement sa jambe à la partie lésée pour qu'elle y fasse pénétrer sa lance... Si le coupable a été blessé dans la mesure jugée suffisante pour son crime, sa culpabilité est effacée. Ou si aucune des lances jetées sur lui ne l'a blessé (car chacun des assaillants n'a droit qu'à un certain nombre de projectiles), il est égale-
1. R. Salvado, ibd., Cf. W. M. Thomas. A brief account of the aborigines of Australia felix. in Letters from Yictorian pioneers, p. 94-96. et la description d'un combat tout semblable chez les Botocudos, par Maximilien de "Wied-Neuwied. Voyage au Brésil, II, p. 186-190 de la traduction française.