C. F. Hall. Life voith the Esquimaux, I, p
•2. von Wrangell. Einige Bemerkungen uber die Wilde n eut, der S. W. Kûste von Amerika. Beitràge sur Kennlniss des russischen Reichs (von Baer und Helmersen), I, p. 104.
aimait beaucoup, et il le fit pour empêcher que des innocents ne dussent pâtir par sa faute '. »
Au Groenland oriental, « si une tente, au printemps, n'est pas recouverte de peaux neuves, il n'est pas permis d'y introduire des phoques à crête ou des phoques du Groenland sans avoir attendu quelques jours. Au commencement du printemps, un homme reçut une part de phoque à crête, et l'emporta dans sa tente pour la débiter et en enlever les tendons. La couverture de la tente était en bon étai, mais elle avait servi l'automne précédent. 11 arriva que, après cela, les phoques à crête devinrent très rares, et les autres Esquimaux regardaient cet homme de travers, « parce que sa conduite avait irrité Jes phoques, « et leur avait fait quitter la côte » ". — « Un jour, dit
i . K. Raomussen'. Xeue Menschen, p. 3î>-o6. Des observations analogues ont été recueillies en Afrique australe. « Je citerai, dit M. Junod {The life of a South Africain, tribe, II, p. 294), les paroles mêmes de Mankhelu, le grand « medicine man » de la cour de Nkuna. Jamais je n'oublierai l'accent impressionnant de sa voix, sa conviction profonde, au moment où il me parlait dans les termes suivants, comme s'il me faisait une révélation : « Quand une femme a fait une fausse couche, quand elle a laissé couler son sang sans le dire, et qu'elle a brûlé le fœtus en secret, c'est assez pour faire souffler des vents torrides et pour dessécher tout le pays. La pluie ne peut plus tomber, parce que le pays n'est plus ce qu'il devrait être. La pluie a peur de cet endroit. Elle est forcée de s'arrêter avant d'y entrer, et elle ne peut plus avancer. Cette femme a été très coupable. Elle a ruiné le pays du chef, parce- qu'elle a caché du sang qui ne s'était pas encore convenablement disposé pour faire un être humain. Ce sang est tabou ! Ce qu'elle a fait est tabou ! Cela cause la famine ! » Des purifications sont indispensables pour que la pluie puisse reparaître en cet endroit. — De même, chez les Barotse, « comme c'était au tout premier quartier de la lune, la femme et son mari ne goûtaient pas précisément la perspective d'une si longue quarantaine; ils cachèrent l'accident (une fausse couche). Or cet homme... était un des principaux officiers de l'établissement du roi ; un sekomboa, un homme de quarante-cinq à cinquante ans, un favori de son maître et généralement respecté. Rien n'y fit, L'accident ébruité en moins de vingt-quatre heures, ses pairs, les autres sekomboas, se précipitèrent sur lui, l'entraînèrent, fortement lié, à la rivière, lui arrachèrent les cheveux avec leurs formidables ongles... ils l'étranglèrent sous l'eau jusqu'à ce qu'il fut presque mort, puis le battirent de verges pour le faire revenir à lui-même et l'abandonnèrent sur le rivage par une pluie torrentielle. » Missions évangéliques, LXVII, p. 380 (Coillard).
2. G. Holm. Ethnological sketch of the Angmagsalik Es/cimo, publié par N. Thalbitzer. Meddelelser om Groenland, XXIX, p. 49.
M. Boas, une grande baleine que nous avions harponnée descendit sous un bloc de glace, et après avoir filé cinq cents brasses de ligne, nous fûmes obligés de renoncer, et la baleine fut perdue. Le même soir, revenus à terre, mes indigènes voulurent se rendre à la tente d'une femme qui avait la réputation d'être une habile angakok. Cette femme, après s'être mise en état d'extase, dit que j'avais offensé la déesse de la mer en coupant de la viande de caribou, et en brisant des os sur la glace de la mer1. » — Chez les Esquimaux situés beaucoup plus au nord, et visités par Rasmussen, est-on témoin de la violation d'un interdit, aussitôt Ion s'attend à quelque malheur. Par exemple, les personnes qui sont en deuil doivent s'abstenir d'un grand nombre d'actions. « Un jour, comme il fallait chercher de la glace pour la faire fondre, notre compagnon groenlandais, Jorgen Brônlund, à notre insu, ordonna d'y aller à un jeune garçon qui venait de perdre ses parents récemment. Il pouvait bien, pour une fois, passer outre aux interdictions, se dit Jorgen. Et ainsi Agpalinguark (c'était le nom du jeune homme) était allé chercher de la glace. Mais il avait été vu par deux vieilles femmes à qui cette violation de la coutume parut très inquiétante. Quelque chose allait arriver, pour sûr! Et en effet, deux jours après, une tempête du sud-ouest éclata. La houle ut si énorme, que les vagues déferlèrent très loin sur la terre, et détruisirent toutes les maisons du village. Un des chefs vint alors nous trouver, et il nous pria de ne plus provoquer, à l'avenir, de semblables violations de coutumes. « Nous observons les règles prescrites afin que « le monde se maintienne, car il n'est pas permis que les « puissances soient offensées... En ce pays, les hommes « font pénitence (quand une infraction a été commise)
1. Franz Boas. The Eskimo of Baffin land and lludson bay. Bulletin of the American Muséum of natural history, XV, p. 478.
« parce que les morts sont... d'une puissance sans limites l. »
Ces expressions sont caractéristiques. Si on les rapproche de celles que Rasmusscn et M. Junod rapportaient tout à l'heure, elles éclairent un des aspects sous lesquels la nature se présente aux yeux des primitifs. En vertu des participations mystiques entre le groupe social (composé des vivants et des morts), le sol qu'il occupe, les êtres (visibles et mythiques) qui y vivent et qui y ont vécu, ce que nous appelons l'ordre de la nature ne subsiste que si les conditions habituelles sont maintenues, et, dans beaucoup de sociétés, si l'action personnelle du chef s'exerce comme il faut. Le respect des interdits ou tabous est une de ces conditions essentielles. Une des fonctions du chef est d'empêcher d'abord qu'ils ne soient violés, et, si l'infraction a eu lieu, de la faire expier par les cérémonies appropriées. Comme le « medicine-man » l'explique à M. Junod, une fausse couche secrète, qui permet à la femme et à son mari d'esquiver les tabous expiatoires, met tout le groupe social en danger de mort. La pluie « ne peut plus » tomber. Les moissons seront brûlées, le bétail périra de soif, la tribu sera réduite au désespoir. La femme est « très coupable », et rien ne devra la soustraire au châtiment, qui seul rétablira les conditions normales, et sauvera ainsi la tribu. Quand la solidarité sociale est telle, qu'un membre du groupe peut mettre les autres dans l'impossibilité de vivre, en provoquant un désordre de la nature, aucun crime ne saurait être plus grave que la violation des interdits, qui rompt les participations d'où dépend le bien-être de tous.