‹ La mentalité primitiveChapitre 176 sur 333 · Kn. Rasmussen. Neue Menschen, p · texte numérisé non relu

Kn. Rasmussen. Neue Menschen, p

On croirait volontiers que les infractions se classent par ordre d'importance, selon que les conséquences en portent plus ou moins loin : c'est-à-dire que, dans les représentations collectives d'un groupe social, on pourrait discerner pourquoi la violation de telle coutume rejaillit sur tout le groupe, et telle autre, au contraire, n'affecte que l'individu qui l'a commise, ou les siens. En fait, nous ne rencontrons jamais que des préliaisons de la forme suivante : « Si telle infraction est commise, telle conséquence, — plus ou moins étendue selon le cas — s'ensuivra » ; ou : « si tel fait se produit, si tel malheur arrive, c'est que telle infraction a eu lieu » ; ou encore, d'une façon moins précisément déterminée, « c'est qu"une infraction a dû avoir lieu » (sans qu'on sache encore laquelle). Gomment la dissimulation d'une fausse couche entraîne-t-elle la disparition de la pluie? Tout arbitraires que les. liaisons de ce genre nous paraissent, elles sont si familières à la mentalité primitive qu'elles lui semblent naturelles. L'indigène observe les prescriptions traditionnelles comme il obéit aux règles, souvent très compliquées, de la langue qu'il parle : sans difficulté, comme sans réflexion. 11 n'imagine pas qu'elles puissent être autres qu'elles ne sont. Il ne se demandera donc jamais pourquoi telle infraction a pour effet de ruiner le groupe entier, tandis que telle autre n'a de conséquences funestes que pour son auteur, ou pour une partie du groupe. Si on l'Interroge sur ce point, il dira que ses ancêtres l'ont toujours cru ainsi, et il s'étonnera, non du fait, mais de la question.

On peut distinguer cependant deux formes principales que ce rapport présente dans une société donnée. Tantôt une conséquence déterminée est attachée à une infraction

déterminée, et l'on infère immédiatement de l'une à l'autre, — que la conséquence s'étende aune ou plusieurs personnes, ou même au groupe entier, peu importe. M. Hobley a cite un très grand nombre de rapports de ce genre dans ses Nouvelles recherches sur les coutumes des Akamba et des Akikuyu. En voici un exemple caractéristique observé par M. Junod. « Chez les Ba-Thonga, si une femme est enceinte des œuvres d'un autre homme que son mari, l'accouchement sera laborieux. Il semblerait qu'il n'y eût pas de relation entre ces deux faits ; mais, pour les Thonga, un accouchement prolongé et difficile prouve que l'enfant n'est pas légitime. Cette conviction est si forte que, lorsqu'une femme sait que l'enfant qui va naître est le fils, non pas de son mari, mais d'un amant, elle le confesse en secret à la sage-femme principale, parce qu'il est « interdit » de mettre au monde un « enfant de l'adultère » en taisant le fait : ce silence causerait à la mère des souffrances inouïes. » ' C'est pourquoi, quand la délivrance se fait longtemps attendre, la sage-femme commence à avoir des doutes sur la légitimité de l'enfant. De même, chez les Waschambaa, autres Bantous, « quand les douleurs de l'accouchement se prolongent, on voit là une preuve que la femme a eu des relations avec plusieurs hommes. » 2 C'est là une croyance assez répandue. Ou bien encore, dans l'Ouganda, « les femmes, pendant leur grossesse, ne doivent pas manger de sel. Si elles le font, on croitque cela cauèera la mort de l'enfant. Quand donc un enfant est né, et qu'il tombe malade, le mari cherche querelle à sa femme, en disant : « Cet enfant meurt d'une maladie qui vient de ce « que vous avez mangé du sel 3. »

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