H. A. Junod. The life a South African tribe, I, p
2. A. Karasek-Eichhora. Beitrâge zur Kenntniss cler Waschambaa . Riissler-Avchiv., III, p. 188.
3. Fr. M. A. Gondon. Contribution to the elhnography of the Basoga- Batamba. {Uganda Prolectorate), Anthropos, V, p. 'J4ê.
VIOLATIONS DE TABOUS 303v
Les préliaisons de ce genre sont extrêmement nombreuses, et variées selon les sociétés où on les observe. Parfois elles sont si fortes, que les auteurs de l'infraction désespèrent d'échapper aux conséquences qui ne se sont pas encore produites, et vont au-devant d'elles. En voici un cas remarquable recueilli dans l'île de Nias. C'est un indigène converti au christianisme qui parle. « J'étais l'aîné des fils de mes parents, et j'avais une petite sœur. Un jour le prêtre (le medicine-man) vint chez nous. Il regarda mon père, puis jeta un regard furtifsur ma sœur, et dit : « Sais-tu bien qu'il faut quêta fille meure? — Pource quoi ? demanda mon père. — Le prêtre répondit : « Avant «sa naissance, tu as abattu des porcs, tu as tué un serpent, « tu as porté des fardeaux ; c'est pourquoi maintenant ton « enfant doit mourir. Pourquoi te donnes-tu la peine de le « nourrir? tout ce que tu feras ne servira à rien, il faut « qu'il meure. » Désolé, mon père alla trouver ma mère, et lui raconta ce que le prêtre avait dit. Tous deux étaient complètement abattus ; mais que devaient-ils faire ? À la fin, mon père dit à- sa femme : « Tuons cet enfant, il n'a' « plus besoin de manger notre riz ». Et comme j'étais un gars solide, il me fallut chercher un sac, y fourrer ma petite sœur, et l'emporter dans le bois... 1. » L'idée ne vient pas aux parents que l'enfant puisse être sauvée. La violation parle père de certains tabous relatifs à la grossesse rend nécessaire la mort de l'enfant. Le langage du « prêtre » nous paraît impitoyable. Mais peut-être, si l'infraction n'était pas expiée par la mort de l'enfant, le groupe social tout entier aurait-il à en subir les conséquences ?
D'autres fois, la préliaison s'est établie simplement entre l'infraction et un malheur qui la suivra à coup sûr, mais sans être déterminé d'avance. Elle implique unique-
1. Berichte der rheinishen Missionsgesellschaft, 1909, p. 61.
ment cette certitude, que la coutume, ou le tabou, n'aura pas été violé, sans que « quelque chose » arrive. Elle est un sentiment très vif du châtiment qu'exigeront les puissances invisibles, offensées par l'infraction : la mentalité primitive ne croit pas moins fermementà cette conséquence inévitable que nous à la constance des lois naturelles. En quoi consistera la sanction ? L'événement seul le fera connaître, à moins pourtant que, aussitôt l'infraction connue, on ne procède à des purifications et à des cérémonies expiatoires, quidonnent satisfaction aux puissances irritées, ou, d'une façon générale, qui aient la vertu de prévenir le malheur.
Le plus souvent, quand la préliaison est ainsi indéterminée, c'estl'apparition de la conséquence qui fait remonter à la cause. « Quelque chose » est arrivé : un mauvais temps persistant, une sécheresse prolongée, une mort subite, une maladie grave; la chasse ou la pèche demeure infructueuse, etc. C'est donc qu'une infraction a été commise. Mais contre quelle prescription ou quelle coutume? Même est-il certain que le malheur provienne d'une violation de coutume ou de tabou ? Une mort subite, l'insuccès à la chasse, etc., peuvent être dus aussi à d'autres causes : aux maléfices d'un sorcier, au mécontentement d'un ancêtre puissant, par exemple. Comment découvrir celle qui a vraiment agi? Pour s'en assurer, la mentalité primitive, ne connaît qu'une méthode, d'ailleurs infaillible : interroger les puissances invisibles dont il lui faut, plus que jamais dans des circonstances difficiles, connaître les dispositions et se les rendre favorables.
Si donc l'accident n'est pas en lui-même une révélation suffisamment précise, c'est-à-dire si l'on ne sait pas d'avance, quand tel accident se produit, que telle infraction a dû être commise, on aura recours, selon le cas, aux songes, aux ordalies, à la conjuration des esprits, bref, à
une forme de divination, et on se réglera sur ce que l'on aura appris ainsi. « Quelqu'un est-il frappé par un malheur, tombe-t-il malade, ne reneontre-t-il plus d'animaux à fourrure ? la pensée lui vient aussitôt qu'il a commis quelque péché. Il va trouver la devineresse (shaman), et il lui fait continuer ses opérations jusqu'à ce qu'elle lui révèle la cause : alors il fait ce qu'il faut pour expier1. » (Il taille une petite figure d'homme en bois, et il va la suspendre à un arbre dans la forêt). — « L'Indien croit que la malchance ou l'infortune, par exemple un accident, une maladie, une mort, lui sont infligées pour le punir par les puissances malignes, parce qu'il aviolé les prescriptions des « médecines ». Il est impossible, pour les races chrétiennes, de comprendre ou d'apprécierla force de l'influence que la croyance aux « médecines » exerce depuis des siècles sur le caractère de l'Indien et sur sa vie sociale. « Puissance surnaturelle » est probablement ce qui répond le mieux à « médecine » dans l'usage courant des Indiens2. »
Cette croyance se retrouve dans un grand nombre de sociétés. Pour ne citer qu'un autre cas, chez les Fân du Congo français, « chaque fois que notre noir éprouve un accident, un malheur, une calamité, même un simple insuccès, il l'attribuera à son totem offensé par quelque nsem ou souillure rituelle, par la violation d'un eki, etc. D'où la nécessité de l'apaiser. Plus le malheur sera grand, plus la cause ou la faute aura dû être forte, et plus aussi elle devra, même involontaire, être expiée par un sacrifice plus grand3 ».
L'homme atteint d'un malheur, ou qui a subi un échec se demandera donc, presque toujours, s'il ne se croit pas frappé par un ennemi : « Qu'est-ce que j'ai fait ? De quoi
1. G. W. Steller. Beschreibung von dem Lande Kamtscliatka, p. 276.
2. W. Mac-Clintock. The north indian trail, p. 181 (Blackfeet).