‹ La mentalité primitiveChapitre 178 sur 333 · R. P. H. Trilles. Le totémisme des Fân, p · texte numérisé non relu

R. P. H. Trilles. Le totémisme des Fân, p

Lêvy-Brchl. — Mentalité. 20

suis-je coupable ? Quelle prescription ai-je enfreinte ? » Sa conscience, ou un examen attentif, lui fera connaître qu'il a manqué à telle ou telle obligation, et il réparera sa faute. Il arrive même qu'un homme, sachant qu'il a commis une infraction, et témoin d'un malheur qui s'étend à tout son groupe social, s'en attribue la responsabilité, et se résout à avouer, afin que l'expiation apaise les puissances irritées. Le missionnaire Wangemann rapporte un scrupule de ce genre chez un individu (Koranna) converti au christianisme. « La sécheresse et la famine s'étant établies, Richard Miles éprouva de tels reproches de sa conscience, qu'il regarda cette sécheresse comme un châtiment pour le péché qu'il avait commis. Une nuit, il se leva de son lit avec sa femme, se mit à genoux et supplia le Seigneur de ne pas châtier la mission tout entière à cause de son péché. Cette môme nuit, la pluie survint. Le matin suivant, Richard Miles se rendit chez le missionnaire pour s'accuser de l'adultère dont il était coupable \ » Un besoin d'expiation tout semblable apparaîtra dans la conscience d'un païen, quand le malheur lui suggérera que les siens subissent le châtiment infligé parles puissances invisibles parce que lui-même a violé un tabou. « Un canot, avec une demi-douzaine d'hommes à bord, alla de Aitutaki à Manuae (Hervey'slsland) à une distance de cinquante-cinq milles, pour y chercher des plumes de perroquet rouge. Leur objet atteint... ils reprirent la mer pour rentrer chez eux, mais furent écartés de leur route par de violents vents contraires. Au bout de quelques jours, les vivres et l'eau commencèrent à manquer, et la menace d'une mort misérable pesa sur eux. Routu, qui commandait le canot, dit à ses compagnons : « Je vois pourquoi nous sommes ainsi « chassés sur l'Océan par des vents défavorables. Nous avons

4. Dr Wangemann. Die Berliner Mission m Koranna Lande, p. loti.

« péché en emportant les plumes des perroquets rouges qui « sont sacrés. Les dieux sont en colère, et exigent un coû- « teux sacrifice. Jetez-moi à la mer, et vous arriverez au « port sains et saufs ». Ainsi fut fait 1. »

Que l'infraction ait été involontaire, que son auteur n'ait même pas su qu'il la commettait : qu'importe? L'offense n'en a pas moins eu lieu, et les conséquences n'en apparaissent pas moins nécessairement. Ce sont ces conséquences mêmes qui donnent l'éveil. La divination alors fait connaître à la fois la faute, et le moyen de l'effacer, s'il se peut.

Au Dahomey, « le bain du féticheur, suivi de sa visite au marché, constitue une véritable cérémonie de purification pour lui et f>our le peuple, purification uniquement religieuse, car elle n'intéresse que les fautes commises volontairement ou involontairement contre les fétiches et leur culte. Il est mêmeà remarquer que les indigènes ne nous ont jamais cité que des exemples de fautes involontaires. On peut, sans le savoir, avoir mangé un aliment défendu dans sa famille, ou avoir acheté au marché des boules de farine cuites dans des ustensiles ou enveloppées dans des feuilles dont on ne doit pas se servir. Il peut arriver aussi à un prince d'avoir pris son bain habituel, alors qu'il n'aurait pas dû le faire, un de ses frères décédés n'ayant pas reçu la sépulture. En tout cela, on n'est coupable que par ignorance ; mais l'ignorance n'est-elle pas due à quelque génie malin qui y plonge les Dahoméens pour exciter contre eux la fureur de leurs propres fétiches?2 » Les observations de ce genre sont innombrables dans les deux hémisphères. Pour n'en plus citer qu'une seule, « quand une personne tombe malade (en Nouvelle-Zélande), et qu'elle ne peut

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