N LA MAUVAISE MORT
les plus mauvais, de ceux dont les porcs mêmes ne veulent pas l. »
Les Bassoutos, en Afrique du Sud, considèrent que ceux qui meurent de faim ou sont frappés par la foudre ont succombé à la « mauvaise mort », et ils les traitent en conséquence. « On ne donne pas la sépulture aux victimes de la famine 2. » Et M. Gasalis dit encore ailleurs : « Il m'est pénible de devoir publier le fait affligeant que les Bassoutos n'enterrent jamais les personnes mortes de faim. C'est une conséquence de leur système religieux. Toute inhumation devant être faite avec des sacrifices aux barhno (ancêtres), l'inhumation ne leur paraît pas possible lorsque l'individu décédé n'a laissé aucun bétail, ou n'a aucun ami qui veuille en fournir pour la cérémonie. Aussi, dans des temps de famine et de dénuement complet, voit-on souvent des enfants traîner le cadavre de leur père dans un ravin et l'abandonner là 3. » Au motif indiqué par Gasalis, il s'en ajoute certainement d'autres. Si, non contents de priver ces morts des cérémonies et des sacrifices habituels, les Bassoutos refusent même de les enterrer, c'est que l'horreur inspirée par la « mauvaise mort » est trop grande. On n'ose pas toucher les cadavres, et d'autre part, si on les confiait à la terre, on irriterait les membres du groupe social dont l'influence se fait sentir sur elle, et qui la rendent féconde ou stérile (les ancêtres) : il vaut mieux rompre toute relation avec eux, et c'est pourquoi on les abandonne dans le ravin.
Même traitement pour les victimes de la foudre. Ne pas les exclure du groupe social, aussi vite que possible, ce serait s'exposer être frappé aussi. Un homme a été tué
1 . Berichteder rkeinischenMissionsgesellschaft,ï^l, p. 13i> ; 1899, p. 239-40.