‹ La mentalité primitiveChapitre 189 sur 333 · LES NAUFRAGÉS AUX ILES FIDJI · texte numérisé non relu

LES NAUFRAGÉS AUX ILES FIDJI

frage * ». — « Un canot appartenant à Ovalau mit à la voile pour Grau et chavira en route. L'équipage s'accrocha au canot, et fut poussé par le courant vers l'île où ils voulaient aller. Ils y arrivèrent même sains et saufs; mais, pour leur malheur, ils avaient, selon l'expression indigène, « de l'eau salée sur la figure ». Ils touchèrent terre à un endroit où ils auraient été les bienvenus, si ce triste accident ne leur étai t arrivé pendant la traversée. Aussitôtqu'ils atteignirent la grève, ils furent assommés, rôtis et mangés2. »

Les missionnaires témoins d'une coutume si cruelle, et en apparence si inexplicable, n'ont pas manqué d'en rechercher les raisons et l'origine. « Le meurtre des naufragés, dit M. Y\ aterhouse, est une institution reconnue, et ne provient pas simplement de la cruauté des indigènes. C est plutôt un produit de l'éducation. Dès qu'on aperçoit dans l'eau des gens qui « nagent pour la vie », on prépare aussitôt le four où ils seront rôtis. D'après mes recherches, les victimes de cette coutume barbare sont habituellement des indigènes des îles Fidji : c'est à leurs malheurs seulement que ce cruel châtiment est attaché. On considère les Fidjiens qui ont fait naufrage comme abandonnés par les dieux : les massacrer est regardé comme agréable à ces divinités, et même comme nécessaire... Au contraire, des étrangers pourront être secourus. Il y a aux îles Fidji des descendants d'indigènes des îles Tonga qui y avaient fait naufrage3. » Le P. Joseph Chevron écrit de son côté : « Je tiens de personnes bien informées qu'à leurs yeux c'est plus qu'un droit, c'est un devoir de religion de manger les malheureux naufragés que la tempêtejette sur la côte, fût-ce leur père ou leur mère ; lorsqu'ils le peuvent, ils n'attendent même pas que le navire ait échoué pour

1. Wesleyan missionary notices, mars 18o2 (Lettre de M. Waîerhouse).

2. J. Waterhouse. The hing and people of Fiji, p. 201, (1853).

Page 1