‹ La mentalité primitiveChapitre 190 sur 333 · Jbd., p · texte numérisé non relu

Jbd., p

accomplir ce monstrueux devoir envers les Européens \ » Le Fidjien tombé à la mer n'ignorait pas le sort qui l'attendait s'il atteignait le bord à la nage. Le Rev. Lyth raconte l'histoire d'un naufragé qui, parvenu au rivage, avait trouvé moyen de se cacher. « Il finit par être découvert par un indigène. Il alla à lui résolument, et insista pour le suivre à la ville, bien que l'autre eût préféré de beaucoup qu'il restât sur la route jusqu'à ce que le chef eût été informé de son arrivée... Quand ils arrivèrent à la ville, les gens s'assemblèrent promptement autour de leur victime. Ils lui touchaient les yeux, en disant : « Oui, « c'est de l'eau salée », c'est-à-dire : « Vous êtes tombé à la « mer : il faut que nous vous tuions2. »

Le meurtre des naufragés était donc, comme les missionnaires l'ont bien vu, une obligation religieuse à laquelle personne n'aurait osé se soustraire. En vertu du même principe, les objets qui se trouvaient dans un canot perdu en mer ne pouvaient plus appartenir à leur possesseur naufragé, si par extraordinaire il survivait. « Un prêtre de Lomaloma mit à la voile en compagnie de quelques canots chrétiens, et fit naufrage. Tous ceux qui étaient à bord se sauvèrent sur le balancier du bateau, qui s'était détaché. Les chrétiens apprirent le sinistre, descendirent au rivage, et virent que le canot du prêtre y avait été amené par le courant. Ils en ôtèrent les nattes et les autres objets qui s'y trouvaient, et ils les renvoyèrent à leur propriétaire. Mais celui-ci refusa quelque temps de les recevoir, alléguant que c'était trop contraire à la coutume de Fidji". » Peut-être s'estimait-il heureux d'avoir eu affaire à des chrétiens, et de ne pas expier son naufrage par la mort. En tout cas, en reprenant les objets perdus avec le canot, il

Page 1