‹ La mentalité primitiveChapitre 192 sur 333 · Elsdon Best. Ibd., p · texte numérisé non relu

Elsdon Best. Ibd., p

retourner... On le comprendra sans peine, si Ton réfléchit que, dans l'opinion de sa tribu, s'il est tombé en esclavage, c'est un effet de la colère des attia (esprits). En devenant esclave, il a perdu son tapu (sa dignité mystique). Prendre pitié de lui, le rétablir dans son rang, serait s'exposer au courroux des atua, ce que les Maoris craignent par dessus tout1. » Earle avait dit déjà : « Si un esclave parvient à se sauver dans son pays, il y est traité avec mépris2. » — De même, en Amérique du Nord, « si quelqu'un d'une nation, même un guerrier, est fait prisonnier, que par hasard il lui ait été fait grâce pour être adopté ou esclave, et qu'il puisse s'échapper pour retourner chez les siens, ceux-ci ne le recevront point, et ne le reconnaîtront plus pour un des leurs3. » — « Si des hommes de la tribu sont faits prisonniers et réduits en esclavage (Shimshians de la Colombie britannique), et que jamais ils reviennent, ils ont perdu la confiance de la nation. D'autre part, les indigènes n'useront jamais de l'influence qu'ils peuvent avoir dans une tribu voisine, pour faire rendre la liberté à leurs parents prisonniers*. » On en voit aisément la raison. C'est celle que Colenso a bien discernée chez les Néo-Zélandais, et qui s'impose partout à la mentalité primitive.

A ses yeux, le malheur disqualifie. Celui qui en est atteint est du même coup déchu moralement. Objet de la colère des puissances invisibles, il devient un danger pour les siens et pour le groupe social. On s'écarte de lui. Ainsi, des missionnaires avaient d'abord été bien accueillis à

1. W. Colenso. On the maori races of New-Zealand. Transactions of the New-Zealand lnstitute, I, p. 22.

2. A. Earle. A narrative ofa nine months résidence in Neiv-Zealand, p. 124.

Page 1