‹ La mentalité primitiveChapitre 195 sur 333 · lbd , I, p · texte numérisé non relu

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Lévt-Bruhl. — Mentalité. 22

s'y prendre, étant données leurs idées sur la santé et la maladie — en contrecarrant la volonté des dieux, on les exaspérerait, on aggraverait l'état du malade, et on attirerait la colère divine sur de nouvelles victimes. Des prières, des offrandes, des supplications, des incantations, des sacrifices : point d'autre thérapeutique possible en pareil cas. En outre, la colère des dieux est attribuée soit à l'action d'un ennemi qui les a gagnés à sa cause, soit à une transgression. La gravité du crime fait celle de la maladie. Si celle-ci est mortelle, il faut donc croire que le crime était irrémissible. Dans ce dernier cas, la crainte étouffe d'autant mieux la pitié.

Quantité d'autres témoignages confirment celui d'Ellis. Ainsi, aux îles Wallis, « ces peuples pensent que toute maladie leur vient des dieux irrités; aussi s'empressent-ils de les fléchir par des offrandes de cava. Il enest qui portent leurs malades auprès de quelque chef, comme si son autorité rendait son intercession plus agréable à la divinité1 ». — A Futuna, « nos insulaires ne voient dans les maladies et les infirmités qu'un effet du courroux céleste. Dès que quelqu'un est tombé malade, ils courent à la maison du dieu qui veut le manger. On porte dans ces maisons des fruits, des étoffes, quelquefois les objets les plus précieux, afin d'apaiser le mauvais génie par ces offrandes2. » — A Samoa, au contraire, Turner loue beaucoup l'humanité des indigènes. « Le traitement des malades était comme aujourd'hui, invariablement humain, et tel que l'on pouvait l'attendre. Jamais on ne leur refusait la nourriture qu'ils désiraient, s'il était au pouvoir des leurs de la leur procurer. Si la maladie prenait une mauvaise tournure, on envoyait des messagers pour que

1. Annales de la Propagation de la foi, XIII, p. 12, (1841) (P. Bataillon).

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