lbd., XIII, p
les amis résidant au loin eussent le temps de venir dire adieu à celui qui allait disparaître1. » S'il en était ainsi, les indigènes de Samoa constituaient sans aucun doute une exception. Les missionnaires et les voyageurs attestent presque toujours le contraire. A Savage Island, par exemple, « la façon de traiter les malades était très cruelle. On les transportait dans la brousse, et on les plaçait dans une hutte provisoire, où on les abandonnait, pour se rétablir ou pour mourir. Leurs parents leur apportaient à manger, mais personne ne demeurait auprès d'eux : coutume provenant de l'horreur extrême que la maladie leur inspirait 2 ». C'est peut-être chez les Maoris de la Nouvelle-Zélande que Ton a vu le mieux comment l'abandon du malade, et l'insensibilité apparente des siens, naissaient de la représentation mystique de la maladie. « Pour les maladies internes, dit le P. Servant, on ne connaît pas de remèdes. Celui qui en est atteint s'étend désespéré sur la terre, et fait consulter un prêtre maori, pour savoir s'il peut compter sur quelque chance de salut... Si les augures sont défavorables, le prêtre déclare que le malade va mourir. Dès lors, on lui refuse toute nourriture; sa famille même l'abandonne; on le laisse en proie au dieu qui, croit-on, lui dévore la chair et les entrailles. Ainsi le présage du prêtre superstitieux ne manque jamais de s'accomplir; car le patient meurt toujours, sinon de la maladie, au moins de faim3. » On n'ose plus lui donner d'aliments, parce que l'atua (le dieu) s'est installé dans son estomac, et que, de ce fait, l'estomac et le patient luimême sont devenus tapu (tabous). « La plus jeune femme de Tipi, le principal chef de l'endroit, sa favorite, est tombée malade aujourd'hui. Conformément à l'usage