‹ La mentalité primitiveChapitre 197 sur 333 · A. W. Murray. Missions in Western Polynesia, p · texte numérisé non relu

A. W. Murray. Missions in Western Polynesia, p

3. Société de Marie. Annales des missions d'Océanie, I, p. 93-91, (1841).

constant des indigènes en pareil cas, on la transporta de sa maison dans une case découverte du voisinage, et elle devint tapit, de sorte qu'elle ne devait plus manger... I » La description la plus précise de ces usages est peutêtre celle de J. L. Nicholas. « Aussitôt qu'une personne est arrivée à une certaine phase de sa maladie, on considère que le malheureux est l'objet de la colère de l'Etna (esprit). Incapables de se rendre compte du mal, non moins incapables d'y remédier, les indigènes né peuvent y voir qu'un châtiment surnaturel, infligé par une justice distributive, à laquelle il serait impie de s'opposer par des expédients humains. Plus d'un pauvre malheureux qui, au prix de quelques soins ordinaires, pourrait être bientôt rendu à la santé, est condamné par celte horrible superstition à périr au milieu même des siens, sans qu'aucun effort soit fait pour le guérir2. » Tant qu'il ne s'agit que d'une indisposition plus ou moins anodine, il est licite de soulager le patient par tous les moyens dont on dispose, et de l'aidera se rétablir. Mais si le mal dure en s'aggravant, la colère des puissances invisibles ne peut plus être méconnue, et le malade devient tapu. Nicholas a assisté au long supplice d'un chef néo-zélandais qui mit des semaines à mourir. « Ils exigèrent qu'aucun secours humain ne lui fût accordé aussi longtemps qu'il continuerait à vivre. Leur raison pour placer le pauvre homme sous cet horrible interdit était qu'ils croyaient maintenant Y Etna tout à fait résolu à le faire mourir, et que, dans ce dessein, il s'était définitivement établi dans son estomac, d'où nulle force mortelle ne devait se risquer à le chasser. UEtua ne quitterait plus la place : il resterait là, aggravant les tortures du patient

1. Wakefield. Adventure in Sew-Zealand (1839-1844), I, p. 67.

2. J. L. Nicholas. Narrative of a voyage to Sew-Zealand (1817), II, p. 303.

jusqu'au moment où il jugerait à propos de mettre fin à son existence... Les plus proches parents de Duaterra donnaient encore les mêmes signes du chagrin le plus profond et le plus amer : ils n'en étaient pas moins d'accord avec le reste de sa maison pour le priver désormais de tout secours... et l'abandonnant dorénavant tout à fait au bon plaisir de Y Etna, ils ne se préoccupaient plus que des apprêts de l'enterrement1. »

Le voyageur demande des nouvelles du malade. On lui répond que « YEtua est en train maintenant de dévorer les intestins du chef, et que celui-ci mourra dès que YEtna aura fini. Cette conviction, plus que le mal même, hâte la fin des malades en Nouvelle-Zélande. Dès que les symptômes commencent à paraître dangereux, on pense qu'un remède, quel qu'il soit, serait impie. Et si affligés que soient les indigènes de la perte d'un de leurs parents, ils n'osent jamais murmurer contre le vautour mystique qui Ta fait périr en le rongeant'. » Un missionnaire catholique dit de même : « Paraît-il certain qu'un malade ne peut échapper au mal dont il est atteint? Ses parents lui refusent parfois toute espèce d'aliments; après avoir passablement arrangé sa couche, ils se retirent et l'abandonnent, sous prétexte que leur dieu le mange. Cette manière de parler est si familière aux Océaniens qu'on leur entend dire à tout propos : « Un tel est mort à la « guerre, tel autre a été mangé par le dieu », c'est-à-dire, est mort de maladie. Malgré cette apparente dureté de cœur envers les infirmes, ne croyez pas que nos insulaires soient insensibles à la perte de leurs proches et de leurs amis; l'ancien usage de les pleurer, en se déchirant les membres et le visage, est loin d'être abandonné3. »

i.lbd., II, p. 165-7.

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