Missions évanqéliques. XXI. p. 105 (M. Lauga
Les blessés sont traités comme les malades, et pour les mêmes raisons mystiques. En particulier, les indigènes blessés par des bêtes féroces (qui ne sont pas, en pareil cas, des animaux ordinaires, mais les instruments soit d'un sorcier, soit de la colère des puissances invisibles) inspirent de la crainte, et l'on s'écarte d'eux. « Chez tous les Béchuanas que j'ai visités, la coutume prévaut d'éloigner à quelque distance des villes et des villages les personnes qui ont été blessées. Deux jeunes gens, qui avaient été blessés par les flèches empoisonnées des Bushmen, avaient été ainsi éloignés du Kuruman. J'allai les voir... et je m'enquis de la raison qui faisait agir ainsi, mais je ne pus rien apprendre, sinon que c'était la coutume. Cet usage inhumain exposait à un grand danger le blessé, souvent hors d'état de se défendre ; car, à moins d'être bien gardée la nuit, sa méchante petite hutte, ou plutôt son simple abri contre le soleil et le vent, devait être attaqué par l'hyène ou par le lion. Peu avant mon arrivée, un malheur de ce genre s'était produit chez les Barolong. Le fils d'un des principaux chefs, un beau jeune homme, avait été blessé par un buffle. Suivant la coutume, on le plaça hors du village, en attendant qu'il fût guéri. Chaque jour on lui apportait sa nourriture, et une personne était chargée d'allumer son feu le soir. Un jour, le feu s'éteignit, et l'homme sans défense, malgré sescris pitoyables, fut enlevé par un lion et dévoré. On pensera peut-être que cet usage a son origine dans l'idée d'éviter les maladies contagieuses, telles que la lèpre. Mais le seul individu que j'aie jamais vu atteint de cette affection n'était pas isolé i . »
Faut-il penser que ce chef exposait, de gaieté de cœur, son fils à un tel danger? Pourquoi fallait-il se conformer à
1. R. Moffat. Miseionary labours and scènes in South Africa. p. 465.
cette coutume? Moffata, sans le savoir peut-être, indiqué la solution de celle difficulté, en parlant de contagion. Il s'agit bien en effet, pour les Béchuan'as, d'en éviter une : mais c'est une contagion mystique. L'accident est une révélation. Si le fils du chef a été blessé parle buffle, c'est qu'il avait été « condamné » [doomed) soit par un sorcier, soit par des puissances invisibles, par exemple par des ancêtres offensés. Peut-être, bien que Moffat ne le dise pas et probablement ne l'ait pas su, a-ton eu recours à la divination pour choisir entre les différentes hypothèses, et a-t-on appris que le blessé avait attiré sur lui la colère des puissances invisibles par la violation d'un tabou, ou par un autre manquement aux coutumes. Dans ce cas, non seulement il est frappé, mais il devient res sacra, et comme tel, il porte malheur. Il faut donc l'isoler, jusqu'à ce que sa guérison prouve que cette colère s'est apaisée.
Pareillement, chez des Gafres, « un loup entra dans une hutte, et enleva une belle petite fille qui dormait juste sous la porte. Les cris de l'enfant firent accourir des hommes, et le loup fut obligé de lâcher sa proie. Toutefois la joue de l'enfant avait été effroyablement déchirée par les dents de la bête, et on pensa qu'il faudrait l'abandonner, suivant la coutume, comme n'ayant guère de chances de vivre ». l A Madagascar, chez les Sakalaves, « si l'accident arrive (si un homme est blessé par un crocodile), il est pris, on l'accuse : certainement il a commis quelque crime contre les ancêtres, ou dédaigné un fady (tabou). C'est une triste chose que d'être mordu par un crocodile. J'en ai vu deux exemples jusqu'à présent... Le malheureux blessé risque de mourir sur place, car il est considéré comme un maudit. 11 doit même se cacher ; on ne peut avoir affaire à lui, et, une fois guéri, il ne devra pas