Arcin. La Guinée française, p
3. Villault-Bellefcmd. Relation des côtes a" Afrique appelées Guinée (1669), p. 363-64.
« condamné » qu'il faut fuir, et qu'on abandonne à ses souffrances : c'est un ami qu'on retrouve avec des transports de joie, et qu'on accueille sans craindre d'offenser les puissances invisibles. De là tant de pratiques divinatoires, dans toutes ces sociétés, dès que l'état d'un malade paraît grave, afin de savoir s'il peut guérir. D'autant que le plus souvent, la divination est en même temps une prière, et que, d'autre part, ce qui est prédit comme certain apparaît à la mentalité primitive comme déjà actuel. Si donc la réponse obtenue par le devin est nettement défavorable, tout est fini. La prière n'a pas été exaucée, le malade mourra, sa mort est déjà réelle : on l'abandonne. « Je vis un jour, dit M. Rowley, (en Afrique équatoriale anglaise) une femme qui veillait, pleine d'angoisse, sur son enfant malade'; aucune mère n'aurait pu montrer plus dejendresse. Deux hommes arrivèrent à ce village pour y passer la nuit; l'un d'eux était un medicine-man. Aussitôt la mère fit appel à son savoir-faire. Il regarda l'enfant, et jeta ses dés très sérieusement, afin de voir ce qu'on pouvait espérer pour lui. La mère attendait le résultat avec une douloureuse impatience. Il ne fut pas ce qu'elle souhaitait. Elle supplia l'homme de îtxommencer l'épreuve, en lui promettant une belle récompensai si les présages étaient favorables. L'homme se rendit à sa prière, et cette fois encore, la pauvre femme ne vit pour son enfant que la mort. Pourtant, elle n'avait pas perdu tout espoir : elle redoubla ses instances pour obtenir un coup de dés favorable, elle promit une récompense supplémentaire, tout son bien, tout ce qu'elle avait. Mais le résultat fut encore le même : la mort. Alors désespérée, elle se coucha par terre. Son enfant mourrait ; tout espoir était perdu. A partir de ce moment, il était mort pour elle, et une faible lamentation funèbre sortit de ses lèvres. J'essayai de rendre quelque courage à cette pauvre femme, je lui dis
que le medicine-man n'y entendait rien, et que son enfant pouvait vivre si elle le soignait encore. Mais mes paroles demeuraient vaines : sa foi en l'épreuve divinatoire était aveugle. J'étais de passage, et je quittai le village aussitôt après. L'enfant aura été porté hors du village ; la mère, désespérée, l'aura laissé là, et il y sera mort, sans soins, et, en apparence, abandonné. Et cependant cette mère aimait son enfant, et elle a dû ressentir et pleurer sa perte tout comme font les mères en Angleterre l. »
Gomment aurait-elle pu écouter le missionnaire qui lui conseillait de soigner son enfant ? Pour elle, la seule question était desavoir si son bébé était «condamné », et si la condamnation était sans appel. Trois fois la réponse à sa prière estnégalive. Dèslors, son enfant est mort pour elle. Elle ne l'étrangle pas, comme la jeune femme maori qui a su sa fille « condamnée » par les Etua; mais elle commence ses lamentations de mort, mais elle le laisse transporter hors du village, et exposer dans la brousse. Si le salut du groupe social l'exige ainsi, comment trouveraitelle le courage ou seulement l'idée de s'y opposer"? Etant données les représentations collectives dominantes, elle ne pouvait ni sentir ni agir autrement qu'elle n'a fait.
1. Rev. H. Rowley. The universilies' mission to Central Africa, p. 212-13.