lbd., III, p. 125-26 (Kai
le développement des ignames plantées dans le champ. En rappelant la mémoire des êtres primitifs, à qui l'on rapporte l'origine des fruits des champs, on croit en influencer favorablement la croissance. Une fois les semailles finies, et surtout quand les jeunes plantes commencent à pousser des vrilles, on cesse de conter les légendes1. »
Sans doute ces Papous savent donner aux plantes qu'ils cultivent les soins nécessaires. Ils en distinguent fort bien les différentes espèces, races, et variétés, dont chacune a reçu un nom. Mais faire arriver des ignames à maturité est une entreprise dont le succès dépend d'abord et surtout de causes mystiques. Depuis le moment où les Papous font choix d'un terrain pour le déboiser en y mettant le feu, jusqu'à celui où ils enlèvent leur récolte, s'ils ont pu la défendre jusqu'au bout contre les sangliers, les oiseaux, et autres pillards, ils ont dû préparer, favoriser, hâter la croissance des végétaux par une infinité de pratiques magiques. Les jeux, par exemple, sont une occupation sérieuse et sacrée, obligatoire pendant un temps, interdite à tout autre moment. De même, la récitation des légendes n'est pas seulement l'amusement des veillées, mais elle assurera la présence des « êtres primitifs » à qui l'on doit les ignames, et elle en rendra l'influence plus directe et plus efficace.
Chez les Papous de Kiwai (Nouvelle-Guinée anglaise, embouchure delà Fly River), on s'amuse simplement avec le jeu de la scie, que tout le monde connaît. Mais, « en certaines circonstances, on y attache un intérêt particulier. On y joue le plus souvent lorsque les tiges des ignames nouvellement plantées commencent à pointer hors de terre. On enfonce alors des bâtons dans le sol, pour servir de sup-