E. Nordenskiôld. La vie des Indiens dans le Chaco, p
Pour que la récolte soit abondante, l'influence mystique des femmes n'est pas la seule qui doive s'exercer. Il faut compter aussi, comme nous l'avons vu, avec celle des ancêtres, que Ton cherche de toutes manières à se rendre favorables (prières, invocations, offrandes, sacrifices, j eûnes, danses, récitation de légendes). Il faut encore, dans nombre de sociétés, l'influence personnelle du chef. Il s'agit d'une sorte d'action de présence, comparable à celle du métal dans la catalyse. Le chef est l'intermédiaire obligé entre le groupe social et les puissances du monde invisible de qui dépend la fertilité du sol et des végétaux. Faute par lui de remplir cet office, ces puissances, parmi lesquelles il faut ranger les ancêtres, deviennent hostiles ou même simplement indifférentes, et la tribu est menacée de mourir de faim.
Par là s'explique, au moins pour une part, la répugnance presque invincible de certains chefs à se convertir. « Mafa (chef mossouto) était surtout retenu par" ses attributions de chef. A ce titre se rattachent, dans ces contrées, des fonctions publiques d'une nature souvent peu conforme aux principes et aux règles de la parole de Dieu. Là où la majorité des habitants est encore païenne, se déclarer chrétien, pour un chef, c'est en quelque sorte abdiquer l. » — « Attendez ma mort, disait un chef des îles Wallis. et vous pourrez sans obstacle travailler à la conversion de l'île. D'ailleurs ce sont nos dieux qui font croître le kawa, le cocotier, le bananier, etc., puisque ces productions n'existent pas dans la terre des blancs ; je craindrais donc, en abjurant leur culte, de mettre la famine dans le pays". »