‹ La mentalité primitiveChapitre 212 sur 333 · VERTU KYSTIQUE D8 L\ PERSONNE DES CHRIS · texte numérisé non relu

VERTU KYSTIQUE D8 L\ PERSONNE DES CHRIS

— « Voire Dieu, disait au missionnaire le roi d'Uvéa, dans le même archipel, votre Dieu a pu faire les arbres de votre pays, mais ce n'est pas lui qui a fait le kawa ! » Et non seulement le roi limitait la puissance de Dieu, mais de la diversité des plantes il concluait à la pluralité des dieux. Chaque plante, d'après lui, avait son créateur spécial, lequel ne pouvait rien sur les autres plantes l. » La mentalité primitive comme on sait, est surtout concrète, et 1res peu conceptuelle. Rien ne lui est plus étranger que ridée d'un Dieu unique et universel. Elle procède par participations et par exclusions. Les indigènes des îles Wallis ont leur terre, qui fait en quelque façon partie de leur groupe social, avec les végétaux qui y poussent, les animaux qui y vivent, les ancêtres et les puissances invisibles de qui dépend la prospérité du groupe. La société des blancs, qu'ils se représentent sur le même modèle, n'a rien de commun avec lajeur. Donc ni les chefs des blancs, ni les puissances invisibles de leur groupe, qu'ils appellent Dieu, ne peuvent rien pour la prospérité des plantes des îles Wallis. Seul, le chef indigène a qualité pour la procurer, de son vivant, et après sa mort.

À Kiriwina, dans l'archipel des îles Trobriand, « notre grand chef Bulitara me demandait un jour si je possédais ces pouvoirs occultes. Quand je lui dis que je n'y prétendais pas, il me dit : « Qui fait donc le vent, la moisson et la « pluie dans votre pays? — Je répondis : C'est Dieu. — « Ah ! dit-il, c'est cela! Dieu remplit cet office pour votre « peuple, comme je fais pour le mien. Dieu et moi nous « sommes égaux. » Il prononça cette parole tranquillement, de l'air d'un homme qui vient de donner une explication très satisfaisante2. » — « Un chef souverain, ditBrown un

1. R. P. Mangeret. Mgr Bataillon et les missions de l'Océanie centrale, l, p. 172-3.

2. Rev. Fellows hi George Brown. Melanesians and Polynesians, p. 23-6.

peu plus loin, exerçait toujours, selon les indigènes, les fonctions sacerdotales, c'est-à-dire, il se disait en communication constante avec les tabarans (esprits), et, parleur influence, il avait le pouvoir de produire la pluie ou le soleil, les vents favorables ou contraires, la santé ou la maladie, le succès ou le désastre dans la guerre, et généralement de procurer les grâces ou les fléaux pour lesquels on le sollicitait en payant un prix suffisant..1. » En un mot, il participe directement au monde invisible. Ce privilège inestimable explique l'autorité incontestée dont il jouit, le respect religieux qu'on lui témoigne, les pouvoirs surhumains qu'on lui reconnaît et qu'il s'attribue lui-même. Comme Sir James Frazer l'a si bien montré, il est une sorte de « dieu vivant. »

Souvent ce maria personnel du chef se communique à tout ce qui est en contact avec lui, et pour s'assurer la bonne influence qui émane de lui, on lui demandera, pour ainsi dire, de la matérialiser, de telle sorte qu'on puisse l'emporter. Le rajah Brooke, qui jouissait d'un prestige sans pareil .chez les Dayaks, a raconté lui-même 'les sollicitations dont il était l'objet. « Quand je me suis assis sur la natte, ils s'avancent un par un, et ils m'attachent de petites clochettes au bras ; on apporte une noix de coco et on me demande de cracher dedans. On me présente la poule blanche. Je me lève, et je la secoue, en disant : « Puissent les Dayaks être heureux, puissent leurs « récoltes être abondantes, les fruits de leurs arbres mûrir « en la saison, des enfants mâles leur naître, du riz être « emmagasiné dans leurs maisons, etc. » Quand cette prière est finie, la danse commence .. Ils me lavent les mains et les pieds, puis avec cette eau ils arrosent leurs maisons et leurs jardins. Ensuite, ils enterrent dans leurs champs

Page 1