‹ La mentalité primitiveChapitre 216 sur 333 · Relations des jésuites, LVIII, p. 54 (Outagamis · texte numérisé non relu

Relations des jésuites, LVIII, p. 54 (Outagamis

2. F. G.Speck. The Creek Indians of Taskigi town. Memoii'sof the American Antkropological Association, II, p. 114.

de porter un coup mortel aux Pieds Noirs, et, dans ce dessein, ils avaient rassemblé toutes leurs forces disponibles, se montant à plus de huit cents hommes. Avant d'aller à la recherche de l'ennemi, on eut recours à toutes sortes de jongleries et de sorcelleries, afin d'assurer le succès de l'expédition. Il fut décidé qu'une jeune fille serait placée, les yeux bandés, à la tête de l'armée, et que partout elle servirait de guide aux combattants. En cas de réussite, l'héroïne était destinée à devenir l'épouse du plus vaillant guerrier... Ceci conclu, ils se mirent en marche pleins de confiance et aussi de présomption, suivant leur guide extraordinaire à travers les collines et les vallées, les ravinsetlesmarais.Unjourelle sedirigeait versleNord, le lendemain vers le Sud ou l'Ouest; mais cette divergence de direction importait peu, car le manitou de la guene était censé laconduire, etlesCreeksinfatués continuaient chaque jour à marcher sur les traces de l'aveugle indienne...1. »

« Celui qui doit commander, dit Charlevoix (au Canada) ne songe point à lever des soldats qu'il n'ait jeûué plusieurs jours pendant lesquels il est barbouillé de noir, n'a presque point de conversation avec personne, invoque jour et nuit son esprit tutélaire, observe surtout avec soin les songes...

« On fait ensuite chauffer de l'eau, on débarbouille le chef, on lui accommode les cheveux, et on les graisse ou on les peint. On lui met différentes couleurs sur le visage, et on le revêt de sa plus belle robe. Ainsi paré, il chante d'une voix sourde sa chanson de mort; ses soldats, c'està-dire tous ceux qui se sont offerts à l'accompagner (car on ne contraint personne), entonnent ensuite, l'un après l'autre, leur chanson de guerre, car chacun a la sienne, qu'il n'est permis à nul autre de chanter; il y en a aussi

1. P. J. de Smet S. J. Voyages dans l'Amérique septentrionale, p. tSO-132.

d'affectées à chaque famille... Puis on délibère... Les chants sont suivis de danses... mouvements assez vifs, figurés et représentatifs des opérations d'une campagne et toujours cadencés. Le festin termine la cérémonie l. »

Tous ces préparatifs, qui continuent les jours suivants et jusqu'au départ des guerriers, sont d'ordre mystique, et ont pour objet de leur assurer l'appui des puissances invisibles. Une fois en campagne, la même préoccupation persiste. « Ils tirent des présages de tout, et les jongleurs, à qui il appartient de les expliquer, avancent et retardent les marches, comme il leur phiît... On campe longtemps avant le coucher du soleil, et, pour l'ordinaire, on laisse devant le camp un grand espace environné d'une palissade, ou plutôt d'une espèce de treillis sur lequel on place les manitous, tournés, du côté où l'on veut aller. On les y invoque pendant une heure, et on en fait autant tous les matins, avant quede décamper. Après cela, on croit n'avoir rien à craindre, on suppose que les esprits se chargent de faire seuls la sentinelle, et toute l'armée dort tranquillement sous leur sauvegarde... En pays ennemi, on ne doit plus faire de feu. Plus de cris, plus de chasse ; il ne faut même se parler que par signes 2. » (Les Indiens de l'Amérique du Nord pratiquaient le langage par gestes).

En Afrique australe, chez les Gafres, la structure sociale et les conditions économiques différaient de celles des Iroquois et des Hurons ; néanmoins, tout compte tenu de ces dissemblances, on voit que la guerre y est conçue et pratiquée d'une façon analogue. « Un chef, chez les Zoulous. avant de combattre avec un autre chef, exerce sa magie sur lui.- On se procure quelque chose qui lui appartient, le premierchef se lave avec de Yintelezi (eau dans laquelle

1. P. F. X. de Charlevoix. Journal d'un voyage dans V Amérique septen' trionale, III, p. 216-18.

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