‹ La mentalité primitiveChapitre 225 sur 333 · B. H. Codrington. The Melanesiaiv, p · texte numérisé non relu

B. H. Codrington. The Melanesiaiv, p

Léyï-Brubl. — Mentalité. 2o

si la ilèche est empoisonnée, c'est que sa pointe est enduite de produits toxiques. Selon les indigènes, elle n'est chargée que de mana, dont la puissance est telle qu'elle continue à agir de loin sur le blessé.

Je n'insisterai pas sur ces usages presque universellement répandus. On n'a confiance que dans les armes qui ont subi une préparation magique. Par exemple, en Afrique du Sud, chez les Makololo, on se sert d'une « médecine de fusil », à défaut de laquelle, selon une croyance extrêmement commune, personne ne peut tirer droit l.

Ce qui est vrai des armes employées à la guerre ne l'est pas moins de celles qui servent, à la chasse et à la pêche, «t, d'une façon générale, des outils et des instruments. Leur efficacité dépend avant tout de leur ?nana, et le plus souvent c'est le résultat seul qui fait connaître si tel ou tel engin en est suffisamment, ou exceptionnellement muni. Ainsi, « la mentalité Déné voit du mystère partout. Sans avoir égard à sa valeur intrinsèque, ou à sa structure particulière, l'indigène attribue instinctivement des qualités plus ou moins inexplicables à un instrument, à une arme de chasse, à un engin de pêche qui a été heureux, peut-être par hasard. Post hoc,ergo propter hoc paraît être le principe de tous ses jugements. Un vieux filet, par exemple, qui, par un coup de fortune, aura été jeté sur un banc de poissons, sera infiniment plus apprécié, fût-il en loques, qu'un filet neuf qui n'a servi qu'une fois, probablement à un mauvais endroit. On attribue à ces objets inanimés des pouvoirs surnaturels comme ceux des personnes2. » Cette dernière remarque du P. Morice est fort juste. Il vaudrait donc mieux ne pas dire, enmême temps, que le Déné raisonne d'après le principe Post hoc, ergo

1. D. Livingstone. Missionary travels and researches in Soulh Africa, p. 257-58.

2. Father A. G. Morice. The great Déné race. Antkropos, V (1910). p. 141.

r.N«;iNS. outils, talismans 387

pr opter hoc. Pour l'indigène, il n'y a pas de hasard- Si un vieux filet tout usé procure une pêche abondante, c'est que les poissons ont bien voulu y entrer. S'ils ont obéi ainsi à l'influence qui les attirait là, c'est qu'il possédait une vertu mystérieuse intense à laquelle ils ne pouvaient se soustraire. Donc on se défera des autres filets, même quand ils sont en bon état, s'ils ont pris peu de poisson, plutôt que de celui-là, dont le pouvoir est éprouvé. Hearne ayait dit déjà, au sujet d'Indiens de la même région : « Ils vendent souvent des filets neufs, qui n'ont pas été dans leau plus d'une fois ou deux, parce qu'ils n'ont pas érable succès1. » Ces engins ont beau être neufs et bien faits : à quoi bon les garder, s'il leur manque l'essentiel, la vertu magique qui agit sur les poissons?

A Bornéo, pareillement, chez les Kayans, les armes de chasse seront estimées d'après le bonheur -des coups. « Un chasseur qui, avec une seule balle, aura tué un sanglier ou un cerf, extraira la balle afin de la refondre avec du nouveau plomb, et avec ce mélange il fabriquera une nouvelle provision de ballesoude lingots, persuadé que la balle qui a eu du bonheur ensemencera la masse de métal toutentièrc, et communiquera au tout quelque chose de ce qui en a fait le succès. Une pratique analogue s'applique aux graines qui servent de semences2. » Inversement, « si une maison a été en partie détruite par le feu, rien de ce qui en reste n'est employé dans la construction d'une neuve. On sent, d'une manière indéfinissable, que l'usage de matériaux empruntés à la maison qui a brûlé exposerait au même sort le bâtiment neuf, comme si ces matériaux l'infectaient du malheur qui s'est attaché à elle. »

A Samoa, « la qualité d'heureux ou de malheureux était

1. S. Hearne. A journey from Ihe Prince of Wales's Fort in Ihtdson's Bay to the Northern Océan, (1795) p. 329 (note).

2. Hose and Mac Dougall. The pagnn tribesof Bornéo, \, p. 204 ,

constamment attribuée à des objets. On considérait que les hameçons, parexemple, avaient oun'avaient pas de chance. Certains canots, certains bateaux réussissaient bien mieux que d'autres à attirer les requins et les poissons. Les armes aussi étaient jugées courageuses ou lâches *. »

Dans les sociétés primitives africaines, les traits du môme .genre abondent. En voici quelques exemples. « Les Bushmen dédaignent la flèche qui a manqué son coup, ne fût-ce qu'une fois. Au contraire, celle qui a atteint son but double de valeur à leurs yeux. Par suite, quelque temps et quelque peine qu'il leur en coûte, ils aiment mieux en fabriquer de toutes neuves que de ramasser et d'employer de nouveau celles qui ont servi sans succès2. » Arrive-t-il qu'une arme, heureuse d'ordinaire, n'atteint plus le gibier ? C'est qu'un charme plus puissant que le sien agit sur elle pour la paralyser. L'insuccès ne saurait avoir d'autre cause. « En général, après une journée passée à la chasse des buffles ou des hippos, je rentrais avec au moins un de ces animaux. Il arriva que deux jours de suite je ne pus rien abattre, bien que j'eusse vu quantité de gibier... Les hommes qui m'accompagnaient furent tout à fait découragés parce manque de succès. Convaincus qu'il était dû à l'intervention d'un esprit qui avait ensorcelé mon fusil, ils me demandèrent avec instance l'autorisation d'expulser ce malfaiteur intempestif : « Donnez-nous votre fusil, « disaient-ils, et nous ferons partir ce moloki. » Et comme je m'informais du procédé qu'ils comptaient employer, ils me répondirent : « Mettre simplement le canon du fusil dans « le feu, jusqu'au rouge, et chasser ainsi cet esprit mal- « faisant3. »

Au Loango, « les indigènes se risquent quelquefois à la

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