‹ La mentalité primitiveChapitre 226 sur 333 · ENGINS, OUTILS, TALISMANS · texte numérisé non relu

ENGINS, OUTILS, TALISMANS

pêche, même quand la barre est dangereuse, si la prise promet d'être riche. En ce cas, les banganga (sorciers) se hâtent de disposer sur le rivage des bâtons, des torchons, des franges d'étoffe, des paquets de linge, etc. ; le tout formant une chaîne bizarre. Ce sont des charmes destinés à favoriser la capture du poisson, et à empêcher que les filets ne se rompent, que les bateaux ne chavirent, et que les pêcheurs ne périssent. Comme on les a mis là pour cette occasion, une fois la pèche finie, on a l'habitude de les laisser au bord de la mer, à la merci des vagues et des vents. Mais si, malgré les circonstances peu favorables, on a fait tout de même une excellente pêche sans qu'il soit arrivé de malheur, alors ces fétiches d'occasion prennent une plus grande valeur, du fait qu'ils ont été particulièrement heureux. On les ramasse et on les range avec soin, pour s'en servir encore une autre fois l. » Pour la mentalité primitive, en effet, toute expérience qui sort un peu de l'ordinaire, en bien ou en mal, équivaut à une révélation, semblable à celles qu'on obtient par la divination ou par les présages. Il faut donc en tenir le même compte, et se régler sur ce que l'on apprend ainsi des dispositions des puissances invisibles. Dans le cas présent, il est précieux de savoir que, sous la protection de ces charmes, on péchera sans danger, même lorsque la barre est mauvaise. On peut rapprocher de ces faits les réflexions pénétrantes de Thalbitzer au sujet de certaines amulettes en usage chez les Esquimaux. « L'amulette ne représente pas seulement l'animal qu'elle imite ou l'homme qui l'a faite. L'amulette est vivante, parce que, pendant qu'on la faisait, on récitait une formule magique ou un charme, où les qualités dominantes de cet animal ou d'une partie de son corps étaient invoquées. Il importe évidemment assez peu que ce soit

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