‹ La mentalité primitiveChapitre 23 sur 333 · RIEN N'EST FORTUIT · texte numérisé non relu

RIEN N'EST FORTUIT

fonde perçait même à travers son langage. Qui sait si luimême et sa bière n'avaient pas été ensorcelés et n'avaient pas servi d'instruments à une autre personne1"? »

Il est évident que pour des esprits ainsi tournés, l'hypothèse d'un accident est la dernière qui se présenterait, ou plutôt qu'elle ne se présentera jamais. Si on la leur suggère, ils la repousseront, puisqu'ils sont certains que ce que nous appelons fortuit a une cause mystique, et qu'ils ont intérêt à la déceler, si elle ne se révèle pas tout de suite.

« Chez les Ovambo (Afrique allemande occidentale), le chef Ranime voulut récemment faire dresser un bœuf pour le travail. Au moment où l'on cherchait à lui percer les narines, l'animal d'un coup de corne creva un œil à un des indigènes. Aussitôt l'on dit : « L'homme qui a perdu «un œil avait été ensorcelé. » On alla trouver le sorcier, à qui il fallut découvrir l'auteur du sortilège, et qui en effet désigna un des serviteurs de Kanime comme le coupable. Celui-ci, condamné à mort, s'enfuit : Kanime le poursuivit à cheval, l'atteignit et le tua2. » — L'année suivante, « un de mes voisins s'en alla un beau matin, frais et dispos, à la pêche aux grenouilles, dont ils sont très friands. En projetant sa lance, il se fit au bras une blessure profonde, perdit beaucoup de sang, et finit par mourir d'hémorrhagie... Trois jours après, les sorciers commencèrent à rechercher qui avait ensorcelé cet homme. Je m'y opposai. Mais l'on me répondit : « Si nous ne découvrons pas Yomulodi, et si nous ne le tuons pas, peut-être mourrons-nous tous. » A la prière des missionnaires, le chef intervient, mais bientôt il profite de leur absence pour laisser exécuter le coupable3. »

Cette interprétation de la plupart des accidents est tel-

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