Ibd.. I, p. 349-iiO
Elle agit comme les rayons du soleil chauffent, comme le vent rafraîchit... comme le poison des plantes et le venin des animaux. Cette- conception donne au hasard une très grande force. De mauvaises pensées peuvent être suivies d'un succès apparent. Elles ont alors pour conséquence une mauvaise conscience ; celui qui les a eues s'accuse luimême, ou du moins il se comporte de telle façon que le soupçon s'éveille chez d'autres, et les encourage à accuser, d'autant plus que les indigènes sont très clairvoyants pour tout ce qui touche aux relations personnelles l. » Siledésir de voir mourir quelqu'un équivaut ainsi, dans toute la force du terme, à le tuer, c'est que, comme au mauvais œil, comme au principe malin logé chez les êtres anormaux et chez les sorciers, il lui suffit de sa seule vertu mystique pour atteindre son but.
A la Nouvelle-France, « ils (les Indiens) s'imaginent que celui qui souhaite ou désire la mort à un autre, notamment s'il est sorcier, obtient souvent l'effet de son désir : mais aussi le sorcier qui a eu ce souhait meurt après les autres2. » — Chez les Tén'a, « les désirs du shaman, quand ils se produisent avec une tension particulièrement énergique de la volonté, ont tous cette efficacité, — bien entendu par l'intervention de son démon familier. On peut voir un exemple de ce genre dans la version Ten'a du déluge, où, pour faire réapparaître la terre, le corbeau met tant d'énergie dans son désir, que son effort lui fait perdre connaissance'. » — Chez les Shasla, « dans certains cas de meurtre, les parents et les amis de l'homme assassiné allaient priant que le meurtrier mourût ou fût victime de quelque accident. Si cela lui arrivait en effet, à lui ou à
1. Dr Pechuël-Loesche. Die Loango Expédition. III. 2, p. o35-36.