LES BLANCS SONT DES SORCIERS
comme deux fois de suite ses prières restèrent sanssuceès, il lui fallut, pour sa sûreté personnelle, quitter le pays1. »
— De même chez les Zoulous, voisins des Xosa, « auparavant, quand l'objet et le caractère du missionnaire n'étaient pas aussi bien compris qu'aujourd'hui, les gens venaient s'adresser à lui pour leur procurer une averse en cas de besoin. Encore aujourd'hui, ils ont souvent l'air dépenser qu'il aune espèce d'empire magique sur les nuages... En outre, comme le missionnaire avait naturellement l'habitude de mettre des vêtements foncés et épais au moment où les vents violents et pluvieux commençaient à soufiler, beaucoup d'indigènes en concluaient à une liaison mystérieuse entre la redingote noire et l'averse abondante". »
— Moselekalze ne manqua pas de demander à MotTat s'il « savait faire pleuvoir' ». — Chez les Béchuanas, au cours d'une longue sécheresse, les missionnaires sont accusés à plusieurs reprises d'en être cause. « Quelques semaines après mon retour d'un voyage à Griquatown, on fit une belle découverte: la pluie avait été empêchée par un sac de sel que j'avais rapporté dans ma voiture... A la longue, le peuple s'irrita et éclata en malédictions contre mon confrère Hamilton et moi-même, qui étions la cause de tous leurs malheurs. Notre cloche, disaient-ils, en sonnant pour les offices, faisait peur aux nuages. Nos prières aussi avaient leur part de reproche : « N'est-il pas « vrai, me dit le chef, furieux, que vous vous prosternez « dans vos maisons, et qu'en priant vous parlez à quelque « chose de mauvais sous la terre ?... » A la lin, le faiseur de pluie, ne sachant plus que devenir, accuse formellement les missionnaires. « Ne voyez- vous pas, quand les nuages
i. H. Liechtenstein. Reisen im siïdlichen Afrika, I, p. 410-11. '1. Hev. L. Grout. Zululand, p. 132-133.
3. R. Moffat. Missionary labours and scènes in South Africa, p. 55(k Cf. À. Merensky, Erinnerungen ans dem Missionsleben in S. 0. Afrika. p. 154.
« arrivent, que Hamilton et Moffat les regardent? » Tous en tombent d'accord de bon cœur; il ajoute alors que nos visages blancs effrayent les nuages, et que, tant que nous serions dans le pays, il n'y aurait pas à espérer de pluie1. » Les mêmes faits ont été observés ailleurs, à Sumatra, à Bornéo, en Amérique du Sud, etc. Partout les premiers missionnaires ont été pris pour de puissants sorciers, non pas proprement en leur qualité de missionnaires, qui n'était nullement comprise, mais simplement en tant que blancs, et doués comme tels de pouvoirs magiques redoutables. « Quand nous commençâmes à parler de déplacer la mission (à cause du manque d'eau), Fakee nous répondit : « Pourquoi ne faites-vous pas pleuvoir? Je sais bien « que votre mission est dans un endroit sec; je vous y ai « placés exprès, pensant que vous vous y procureriez de « la pluie pour vous-mêmes, et que nous en aurions du « même coup. » Il eût été vain de discuter. Il ajouta : « Pourquoi me parlez-vous de Dieu ? Vous êtes Dieu « vous-même; donnez-nous de la pluie2. » On adressera aussi bien la même demande à un autre blanc qui résidera dans le pays. Ainsi, chez les Bangala, un administrateur européen se voit sollicité par eux. « La veille, une députation m'avait demandé audience, à l'effet d'obtenir, de ma puissante magie, la cessation des pluies. Mon aveu d'impuissance n'ayant pas été pris au sérieux, je me fis professeur de météorologie à l'usage du vulgaire r. »
Si les blancs sont des sorciers, et disposent à volonté des forces du monde invisible, leurs armes et leurs instru-