‹ La mentalité primitiveChapitre 251 sur 333 · Annual Report, l'ajtua, 1908, p · texte numérisé non relu

Annual Report, l'ajtua, 1908, p

:;. Ibd., 1908, p. L00.

4. Berichte der rheinischen Missionsgesellschaft, 1900, p. 137, Cf. Brenner, Besuch bei den Kannibalen Svmatras, p. 338.

que les flèches, lances, épées, n'ont de vertu que celle qu'elles reçoivent des bazimu (ancêtres, puissances du monde invisible), et que ces mêmes bazimu peuvent rendre inoffensives les armes les mieux conditionnées1. »

Si redoutables que paraissent celles des blancs, on pourra donc en combattre l'effet, et même l'annihiler, à condition d'opposer à leur vertu magique une vertu magique supérieure. Le Gafre, aveuglément confiant dans le pouvoir du sorcier de sa tribu, qui sait le rendre invulnérable, s'exposera sans crainte aux balles et aux obus. L'expérience même la plus cruelle ne le désabusera pas. La seule conclusion qu'il en tirera, est que la magie du blanc, cette fois encore, l'a emporté sur celle du sorcier noir. Mais le jour où celui-ci aurait trouvé le charme qui assure la victoire, les fusils et les canons des blancs seraient à leur tour réduits à l'impuissance. « Après une certaine opération magique, dit M. Junod, chaque guerrier était pleinement persuadé qu'il était invulnérable, que les balles se détourneraient pour passer de chaque côté de son corps, ou môme, si elles le touchaient, qu'elles s'aplatiraient et tomberaient à terre sans lui faire de mal 2. »

Les livres et l'écriture ne sont pas, pour les primitifs, un moindre sujet d'étonnement que les armes à feu. Mais ils ne sont pas plus embarrassés de se les expliquer. Tout de suite, ils y voient des instruments de divination. « Mes livres les intriguaient, dit Moffat, en parlant de certains Bechuanas; ils me demandèrent si ce n'étaient

i. P. A. Arnoux. Le culte de la société secrète des Imandwa au Ruanda, Antkropos, Vil. p. 288.

2. Iï. A. Junod. The life of a South African tribe, I, p. 439-40.

LES LIVRES ET l'ÉCRITURE 425

pas mes bola (dés servant à la divination)1. » Livingstone dit de même : « L'idée qui leur vient à l'esprit est que nos livres sont des instruments de divination2. » On se rappelle la réponse d'un indigène du Transraal à un missionnaire qui lui reprochait de consulter les osselets : « C'est notre livre à nous; tu lis ta Bible tous les jours, et tu y crois; nous lisons la nôtre3. » Gomme les osselets, le livre prédit l'avenir, révèle ce qui est caché, est un guide et un conseiller, bref, une puissance mystique. — « La seule différence, pensent les Barotse, entre leur lequalo et le nôtre, est que le nôtre est une masse confuse de petits signes noirs sur du papier, tandis que le leur est sûrement beaucoup plus raisonnable, puisque il consiste en choses solides*. » — « Pour tous les indigènes qui ne l'ont pas acquise, dit encore Livingstone, la connaissance des lettres est un mystère insondable; il n'y a rien de pareil dans les limites de leur observation, et nous n'avons pas de comparaison, excepté les tableaux, pour les aider à comprendre les signes des mots. Il leur semble surnaturel que nous voyions dans un livre des choses qui ont lieu au loin, ou qui s'y sont passées. Aucune explication ne leur en donne l'idée tant qu'ils n'apprennent pas à lire 5. » — « Sekhome... me demanda un jour si M. Price était en route pour revenir à la mission. Je lui répondis que je n'en savais rien. — Eh bien ! répliqua-t-il, demande à tes livres : ils te le diront. » — « Chez les Matebele, lorsque je me rendis dans le pays, presque tous ceux avec qui j'entrai en relation regardèrent les livres comme les « objets sacrés », ou les « objets divinatoires »

1. R. Moffat. Missionary labours and scènes in South Africa, p. 384.

Page 1